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Le suivi de la qualité des rejets des systèmes d'assainissement reste un enjeu

Le suivi de la qualité des rejets des systèmes d'assainissement se confronte à de nombreuses contraintes. Le groupe de recherche Rhône-Alpes sur les infrastructures et l'eau a mis en lumière des retours d'expériences lors d'une journée thématique.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com

Comment assurer un suivi de la qualité des rejets des systèmes d'assainissement ? C'est autour de cette question que le groupe de recherche Rhône-Alpes sur les infrastructures et l'eau (Graie) avait organisé sa 14e journée d'échange sur l'autosurveillance des systèmes d'assainissement.

D'un point de vue législatif, au niveau européen, la collecte, le traitement des eaux usées des communes et la surveillance des rejets sont encadrés par la Directive européenne sur le traitement des eaux résiduaires urbaines (ERU). Celle-ci est, par ailleurs, en cours d'évaluation en vue d'une évolution. Au niveau national, l'arrêté du 21 juillet 2015 fixe des prescriptions techniques ainsi que les modalités de la surveillance du bon fonctionnement du système de traitement. Ce dernier comprend la station d'épuration comme les déversoirs d'orage. Certaines notions de ce texte ont été explicitées dans deux commentaires techniques, l'un sur sur la conception des ouvrages et l'autre sur l'autosurveillance.

L'estimation des rejets des déversoirs d'orage en question

Si le cadre est posé sur le papier, sur le terrain en revanche, la mise en application s'avère plus compliquée. L'estimation des déversements des déversoirs d'orage (DO) questionne. Le prélèvement d'un échantillon moyen proportionnel au volume écoulé, la mesure du flux rejeté, la modélisation,... différentes voies sont possibles, mais avec une fiabilité des données obtenues et une facilité de mise en œuvre qui sont variables. "La qualité de la donnée a un coût, a pointé Jean-Luc Bertrand-Krajewski, enseignant chercheur et directeur du laboratoire Déchets, eaux, environnement, pollutions de l'Insa de Lyon. La collectivité et le gestionnaire doivent trancher sur ce qu'ils souhaitent atteindre et à quel prix".

 
Des évolutions dans le paysage de l'assainissement Dans le secteur de l'assainissement, des évolutions sont à noter. Attendu depuis plusieurs années, le portail national de dépôt des données d'autosurveillance Vers'eau est désormais accessible. Une période de transition est toutefois prévue : le dépôt des données devra dans ce laps de temps être réalisé sur l'ancien et le nouveau système.

La nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) devrait également être modifiée : les rubriques "déversoirs d'orage" et "station d'épuration" devraient fusionner en une rubrique "système d'assainissement".

Enfin, suite au rapport "une décennie des eaux pluviales", du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), une feuille de route devrait être diffusée.
 

Les différents retours des expériences présentés lors de cette journée ont souligné les dilemmes rencontrés par les gestionnaires des systèmes d'assainissement pour mesurer les impacts du système sur le milieu. Parmi eux, Valence Romans Agglo a décrit la démarche initiée pour le système d'assainissement de Valence. "Nous avons sélectionné trois ouvrages en fonction des critères demandés par la police de l'eau : les déversoirs d'orage qui déversent plus de 20 fois par an et la sensibilité du milieu, précise Virginie Daniel, responsable de l'unité diagnostic permanent pour Valence Romans Agglo. Les équipes ont été confrontées à différents obstacles pour estimer l'impact du déversoir d'orage sur le milieu. Tout d'abord, la comparaison de l'état du milieu avec des rejets, et sans, est délicate : la morphologie du cours d'eau est en effet différente en amont et aval, de la même manière une activité agricole présente en aval et pas en amont du déversoir d'orage. La temporalité des prélèvements n'est également pas la même : période de 24 heures pour l'analyse de différents paramètres du système d'assainissement et des mesures ponctuelles dans le milieu.

Autre difficulté : la liste des polluants retenus dans l'arrêté du 21 juillet 2015 ainsi que ceux des campagnes de l'action de recherche et de réduction des rejets des substances dangereuses dans l'eau (RSDE) ne correspondent pas à ceux de la liste de la Directive cadre européenne sur l'eau.

Villefrance Beaujolais Agglo a rencontré des contraintes du même ordre dans la réalisation de l'exercice. En outre, en 2015, la communauté d'agglomération s'est lancée dans une campagne pour connaître le fonctionnement de l'état des eaux en utilisant le S3E. L'outil a été élaboré par le ministère chargé de l'écologie. Son objectif était d'intégrer l'ensemble des indicateurs et des règles du suivi dans un système unique pour une évaluation à l'échelle du site. " Cela nous a coûté très cher : 15.000 euros par an pour 10 stations, note Gaël Lorini, responsable du Service qualité des eaux Villefranche Beaujolais Agglo. Un autre manque : les micropolluants apportés par le ruissellement ne sont pas pris en compte.

Evaluer le gain d'une réduction des rejets

Ils ont finalement choisi d'adopter une attitude pragmatique. "Nous voulions quelque chose de plus concret qu'une analyse S3E. Nous sommes partis du principe que si nous avons moins de rejets, nous aurions moins de polluants", précise Gaël Lorini, responsable du Service qualité des eaux Villefranche Beaujolais Agglo.

Ils estiment désormais le gain pour chaque tranche de travaux de lutte contre les eaux claires parasites. Qu'elles proviennent de l'infiltration de la nappe phréatique ou encore des eaux pluviales, ces eaux surchargent la station d'épuration et peuvent entraîner des rejets non traités dans le milieu naturel. De la même manière, ils évaluent également l'apport du remplacement du réseau unitaire en séparatif ou du stockage des eaux de pluie.

La biosurveillance pourrait apporter une réponse pour le suivi des rejets. Une équipe de chercheur de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement (Irstea) a ainsi élaboré un système standardisé d'évaluation de la qualité écotoxicologique des rejets. Ils se servent pour cela d'espèces robustes qu'ils placent dans des conditions de léthargie. Leur pari : confrontés à des polluants, les organismes auront un réflexe de fuite et une hyperactivité. "Nous avons aujourd'hui établi une correspondance avec le test Daphnies", souligne Arnaud Chaumot, un des scientifiques de ce projet.

Ils s'intéressent également aux rejets des déversoirs d'orage. "Aujourd'hui, notre armoire pour réaliser le suivi fait près d'un m2, donc est difficile à mettre dans un déversoir d'orage mais nous travaillons à la rendre plus petite", précise le chercheur.

Son équipe s'intéresse également à l'identification de la signature moléculaire de la toxicité pour disposer de nouveaux indicateurs.

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