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Sureté nucléaire : l'ASN juge inacceptables les irrégularités constatées sur le site d'Areva au Creusot

Lors de la présentation devant le Parlement du bilan 2015 de l'ASN, son président a qualifié d'inacceptables les irrégularités découvertes à l'usine d'Areva au Creusot. Il a aussi pointé les difficultés rencontrées à l'approche du grand carénage.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Mercredi 25 mai, Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a présenté à l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) le rapport de l'Autorité sur l'état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015.

Reprenant les éléments de langage des années précédentes, Pierre-Franck Chevet qualifie l'année 2015 de "globalement bonne", tout en faisant état d'"un contexte préoccupant pour l'avenir". La présentation du bilan est surtout l'occasion pour le président de l'ASN de revenir sur les sujets d'actualité. Cette année, les problèmes de certification des pièces produites par l'usine Areva du Creusot figurent en bonne place.

Les pratiques inacceptables d'Areva

Pierre-Franck Chevet est revenu sur la découverte des défaillances à l'usine du Creusot (Saône-et-Loire). Tout a débuté à l'issue des premiers examens effectués sur la cuve de l'EPR qui ont abouti à "une évaluation pas très positive". Deux questions se sont alors posées. Est-ce que d'autres pièces souffrent des mêmes défauts de ségrégation de carbone dans l'acier ? "La réponse est oui", répond-il, rappelant que quelque 400 dossiers présentent des irrégularités.

Deuxième question : comment l'anomalie a-t-elle été découverte ? Pierre-Franck Chevet déplore que les tests complémentaires à l'origine de la découverte des défauts de la cuve de l'EPR aient été réalisés à la demande insistante de l'ASN, Areva les jugeant inutiles. Ces défauts n'ont pas été découverts par "la voie classique" des contrôles en interne, critique-t-il. L'ASN a donc demandé à l'entreprise de faire un audit de ces procédures. Le résultat a fait apparaître des "irrégularités", explique Pierre-Franck Chevet, précisant qu'"[il] emploie ce mot à dessein" car des anomalies avaient été détectées en interne mais pas déclarées à l'ASN ou à l'opérateur qui a reçu les équipements. Concrètement, Areva ouvrait des "dossiers parallèles" pour suivre ces défauts, sans les diffuser aux acteurs concernés. Ces pratiques sont "inacceptables", assène-t-il.

Si elles ont cessé à partir de 2010, d'autres découvertes restent possibles. En effet, pour l'instant, Areva, qui prend au sérieux ces défaillances selon l'ASN, n'a audité que son usine du Creusot (Saône-et-Loire). Un travail similaire doit être conduit pour les sites de Saint-Marcel (Saône-et-Loire) et de Jeumont (Nord).

140 à 150 postes nécessaires

Du côté des préoccupations de l'ASN, son président est revenu sur les besoins en personnel. L'Autorité fait face à des "enjeux sans précédent" et elle manque de moyens humains. "On était devant un mur, maintenant nous y sommes", explique Pierre-Franck Chevet, rappelant que l'ASN a alerté de longue date sur ce sujet. Elle aurait besoin de recruter 140 à 150 personnes, mais elle n'a obtenu que dix postes par an pour les années 2015, 2016 et 2017. Dans l'immédiat, Pierre-Franck Chevet se satisferait de 30 postes supplémentaires en 2017 qui s'ajouteraient au dix déjà validés. "Des discussions sont en cours avec le ministère de l'Environnement, mais on ne peut pas dire qu'elles soient faciles", rapporte le président de l'ASN, qui comprend bien les difficultés budgétaires auxquelles fait face le Gouvernement.

Les causes de la surcharge de travail à venir sont connues. Il s'agit principalement de la prolongation au-delà de 40 ans du parc nucléaire français. L'ASN a déjà publié ses premières orientations en matière de renforcement de la sûreté, mais il reste encore beaucoup de travail avant que soient établies les règles définitives d'ici fin 2018 ou début 2019. La surcharge d'activité est aussi liée au fait que l'ASN tient particulièrement à ce que cette prolongation donne lieu à "une consultation du public renforcée".

La visite des 40 ans s'annonce difficile

Quant aux quatrièmes visites décennales à proprement parler, elles devraient entrainer une nouvelle surcharge de travail. Tout d'abord, les réacteurs de recherche et les sites du cycle du combustible (fabrication des combustibles et gestion des combustibles usés) n'ont pas fait l'objet de visites décennales comme les réacteurs EDF. Ce sera donc une première pour une cinquantaine d'installations. Ensuite, l'ASN n'entend pas prendre de retard. Aujourd'hui, les conclusions de la visite des 30 ans sont rendues au 33ème, voire 34ème anniversaire. Une telle situation n'est pas admissible pour la quatrième visite décennale, car les enjeux sont importants, explique l'ASN.

Faute de moyens, l'ASN donnera la priorité aux installations en fonctionnement. La menace, à peine voilée, avait déjà été brandie en janvier 2015 : l'instruction du dossier de sûreté de l'EPR "nouveau modèle", ainsi que le suivi de la construction d'Iter, du réacteur Jules Horowitz du CEA et de l'EPR de Flamanville (Manche) pourraient être retardés. Or, les trois chantiers rencontrent des problèmes et Areva, EDF et le CEA font face à des difficultés financières. Cette situation "crée potentiellement un risque pour la sûreté", alerte Pierre-Franck Chevet. La réorganisations du secteur crée "une zone potentiellement à risque", estime-t-il, ajoutant que l'ASN sera attentive à ce que la restructuration industrielle soit menée à terme et dans de bonnes conditions.

Dans la continuité des années précédentes

Plus globalement, en matière de sûreté, 2015 s'inscrit dans la continuité des années précédentes. En terme d'exploitation des installations nucléaires de base (INB), 938 événements significatifs ont été déclarés à l'ASN. Un seul incident a été classé au niveau 2 de l'échelle internationale des événements nucléaires (Ines) (graduée de 0 à 7) et 89 ont été classés au niveau 1. Ces chiffres évoluent dans le bon sens, que ce soit en termes de qualité et de quantité, juge le président de l'ASN.

Trois centrales nucléaires se démarquent pour leurs bons résultats en terme de sûreté : Penly (Seine-Maritime), Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) et Fessenheim (Haut-Rhin). S'agissant de la centrale alsacienne, le rapport précise que "l'exploitation au quotidien des réacteurs est globalement satisfaisante", même si "l'année 2015 a été marquée par un événement relatif à une fuite d'eau dans la salle des machines". A l'opposé, trois sites se distinguent par leurs insuffisances : l'usine de fabrication de combustibles nucléaires (FBFC) de Romans-sur-Isère (Drôme) et les centrales de Cruas (Ardèche) et Gravelines (Nord). Quant à la société CIS bio international, qui a fait l'objet de trois consignations pour des non-conformités en matière de protection incendie, elle pose des problèmes, mais "on est sur le point d'aboutir", explique Pierre-Franck Chevet.

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