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Nucléaire : les prescriptions de l'ASN à la lumière de Fukushima

L'Autorité de sûreté nucléaire a rendu publiques les 900 prescriptions que devront mettre en œuvre les exploitants nucléaires français d'ici 2018 pour renforcer la sûreté de leurs installations, à la lumière des premiers enseignements de Fukushima.

Risques  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Nucléaire : les prescriptions de l'ASN à la lumière de Fukushima

"Malgré les précautions prises, un accident ne peut jamais être exclu. C'est ce que nous avons toujours dit, quitte à ne pas être entendus". Lors de la présentation du rapport sur l'état de sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2011, André-Claude Lacoste, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a tenu à rappeler qu'en matière de nucléaire, le risque zéro n'existait pas. Et si depuis plus d'un an, la France et l'Europe ont multiplié les travaux, évaluations et réflexions pour tirer les leçons de la catastrophe japonaise, "cela peut prendre encore dix ans pour comprendre ce qui s'est passé à Fukushima. Pour la catastrophe de Three Mile Island [survenue en 1979 aux Etats-Unis], il aura fallu six ans". Pour l'heure, l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima est considéré comme étant lié au tsunami, et pas au séisme intervenu auparavant. "A partir de là, il peut y avoir deux lectures : les Japonais auraient dû (ou pu) prévoir ce tsunami ou alors l'ampleur de ce phénomène était au-delà de ce qui était prévisible". Mais si c'est cette deuxième thèse qui l'emporte un jour, comment travailler à un renforcement de la sûreté nucléaire face à l'imprévisible ou à l'improbable ?

 
Une sûreté nucléaire "assez satisfaisante" en 2011 en France Soixante six incidents ont été déclarés par EDF à l'ASN en 2011 (tous classés 1, sauf deux classés niveau 2). Sur les 19 centrales nucléaires exploitées par EDF en France, l'ASN estime qu'en 2011, quatre sites se sont distingués positivement : Penly pour la sûreté nucléaire, Blayais pour la radioprotection et Golfech pour la radioprotection et la protection de l'environnement.
En revanche, deux sites sont en retrait : Chinon en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection et Saint-Alban en matière de sûreté nucléaire et de protection de l'environnement. Ce dernier site est épinglé depuis trois ans par l'ASN, qui a indiqué avoir convoqué son directeur.
Si l'ASN a constaté des progrès dans la lutte contre les incendies (mais avec une grande hétérogénéité selon les sites), elle souligne une dégradation des équipements sous pression et une application insuffisante de la réglementation. Cela a conduit l'ASN à ne pas renouveler la reconnaissance du service d'inspection de Saint-Alban.
 

Premières prescriptions techniques issues de l'ECS

Cette question en suspens n'empêche pas l'ASN d'avancer dans sa volonté d'accroitre "les marges de sûreté pour répondre aux situations extrêmes". L'autorité a rendue publiques les 900 prescriptions adressées aux exploitants à l'issue des évaluations complémentaires de sûreté (ECS), menées après la catastrophe de Fukushima. Les grandes lignes de ces prescriptions avaient déjà été présentées par l'ASN le 3 janvier dernier. Elles devraient renforcer la robustesse des installations face à des événements pas forcément pris en compte lors de leur conception (séismes et inondations d'ampleur exceptionnelle, combinaison d'événements, perte des sources électriques et de refroidissement…).

Ces prescriptions concernent 32 sites (19 centrales EDF, 8 installations d'Areva et 5 du CEA) et devront être mises en œuvre selon un calendrier s'échelonnant jusqu'en 2018. "Les mesures prises vont conduire à un renforcement significatif des marges de sûreté au delà [du] dimensionnement [des installations]", indique l'ASN. "Ces nouvelles exigences correspondent à des travaux considérables et à des investissements massifs".

Les prescriptions concernent notamment la mise en œuvre d'un "noyau dur", au sein de toutes les installations, permettant de maintenir, même en cas d'événement de grande ampleur, les fonctions essentielles à la sûreté (locaux de crise robustes, moyens mobiles d'intervention, moyens de communication, d'évaluation de l'état du site et de l'environnement, d'alimentation de l'eau de secours, dosimètres…). Ce noyau dur prévoit aussi des moyens électriques "bunkerisés", pouvant résister aux événements extrêmes. Ceux-ci devront être mis en place d'ici 2018 et en attendant, les exploitants disposent d'un délai d'un an et demi pour mettre en place des moteurs diesel de secours provisoires.

Les prescriptions concernent également la résistance au séisme, aux inondations (notamment à Cruas, Tricastin et Fessenheim), le renforcement des alimentations en eau et en électricité et enfin la gestion des accidents graves et la gestion de crise (prise en compte des risques industriels dans des situations extrêmes et coordination avec les exploitants industriels voisins).

Réflexions à plus long terme

Mais Fukushima a révélé également que les failles pouvaient être organisationnelles et humaines. Au Japon, il a fallu faire appel à certains sous-traitants qui connaissaient mieux certaines caractéristiques de l'installation que les salariés de la centrale. En France, EDF compte 20.000 salariés et travaille avec 20.000 sous-traitants. Cette situation interroge l'ASN : "Ce sujet sera au cœur du comité d'orientation sur les facteurs sociaux, organisationnels et humains que nous avons installé début juin. Mais c'est une réflexion de long terme, qui sera menée avec toutes les parties prenantes".
Sur la gestion de crise, à court terme, EDF est chargé de déployer une force d'action rapide nucléaire (Farn) qui sera en mesure d'intervenir fin 2012 sur un réacteur accidenté et fin 2015 sur l'ensemble des réacteurs d'un site accidenté. Enfin, Fukushima a également posé la question de la gestion de crise au niveau des autorités de sûreté et de leur coordination. "Comment cela se passerait si un tel accident survenait en France ou en Europe ? Quelle organisation entre les différentes autorités européennes ? Nous devons bâtir un système où nous nous faisons mutuellement confiance pour pouvoir déléguer des tâches. Fukushima a révélé une certaine défiance : le Japon a classé au départ l'accident niveau 3 ou 4 alors que nous le classions niveau 6".

Réactions4 réactions à cet article

 

Et combien va coûter cette "sûreté nucléaire" ?

Kulthian | 29 juin 2012 à 11h37
 
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Au risque de décontenancer certains, de m'attirer les foudres d'autres, il ma faut exprimer un doute qui est de nature à remettre fondamentalement en question une des affirmation de cet article : contrairement à ce qui est affirmé là il n'est peut-être pas aussi certain que cela que la catastrophe "nucléaire" de Fukushima soit le résultat du tsunami, qui à lui seul aurait peut être eu les mêmes conséquences ceci dit, mais certains éléments contradictoires permettraient d'affirmer que la centrale était déjà suffisamment touchée par les seules conséquences du séisme précédent.
Les informations qui nous parviennent sont filtrées, je suis régulièrement "le blog de Fukushima" sur over-blog, jetez-y un oeil, et un peu d'attention.

Daniel JAGLINE | 30 juin 2012 à 02h46
 
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Depuis toujours, les normes de sécurité sont renforcées chaque fois qu'une catastrophe se produit. Et pourtant, cela n'empêche pas de nouvelles catastrophes de se produire.
Les experts du nucléaire le disent eux-mêmes : "Malgré les précautions prises, un accident ne peut jamais être exclu. C'est ce que nous avons toujours dit, quitte à ne pas être entendus". Cela donne le sentiment que les principaux responsables et acteurs du nucléaire se dégagent de toute responsabilité quant aux risques que génére l'utilisation de la technologie ultra dangeureuse qu'ils ont eux-mêmes créés et qu'ils défendent bec et ongles.
Renforcer toujours plus les normes de sécurité c'est bien mais, concernant le nucléaire, il s'agit surtout d'une manoeuvre pour maintenir une technologie très dangereuse en service tout en essayant de rassurer le commun des mortels et faire "passer la pilule".
La catastrophe de Fukushima est loin d'être terminée, je dirai même qu'elle est toujours d'une brulante actualité.
Dire qu'il faudra je cite : "cela peut prendre encore dix ans pour comprendre ce qui s'est passé à Fukushima" est bien prétentieux. Pourquoi ?
Je vous conseille de vous rendre sur le site du réseau "Sortir du Nucléaire" et de lire l'article traitant du combustible usagé stocké dans la piscine n°4 à ciel ouvert à Fukushima et des risques encourus lors d'un nouveau séisme qui pourrait se produire dans un avenir proche selon les experts en sismologie.

Agathe | 30 juin 2012 à 12h36
 
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Messieurs, de nombreuses personnes vous ont entendu contrairement à ce que vous dites : ""Malgré les précautions prises, un accident ne peut jamais être exclu. C'est ce que nous avons toujours dit, quitte à ne pas être entendus".

Les écoutez vous seulement ?

Nombreuses sont les manifestations pour sortir du nucléaire alors seriez-vous sourds et aveugles à défaut d'être muets ? Ou alors vous adressez-vous peut-être uniquement aux dirigeants et industriels de ce monde ?

Agathe | 30 juin 2012 à 12h41
 
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