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Surveillance à long terme des aliments après Lubrizol : l'Anses préconise une révision de la stratégie

L'Anses préconise à la Direction général de l'alimentation de revoir sa copie sur le suivi de la pollution sur le long terme post incendie de Lubrizol. Retour sur les principales recommandations.

Risques  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
Surveillance à long terme des aliments après Lubrizol : l'Anses préconise une révision de la stratégie

Après la phase d'analyse des conséquences immédiates de l'incendie de Lubrizol, vient désormais la surveillance à moyen et long terme de la pollution qui pourrait contaminer les aliments. En septembre dernier, les risques liés aux retombées de l'incendie de l'établissement classé Seveso seuil haut Lubrizol avaient en effet conduit à une mise sous consigne du lait, des œufs, du miel et des poissons d'élevage, ainsi que de l'ensemble des productions végétales destinées à l'alimentation humaine ou animale des communes concernées. Le ministère de l'Agriculture avait finalement choisi de lever cette restriction en octobre dernier, après une lecture favorable d'un avis de l'Anses.

Dans cette nouvelle phase, l'accent est mis sur la surveillance des expositions secondaires aux polluants qui auraient migrés et se seraient accumulés dans l'eau, les sols, les végétaux.

Pour cela, la direction générale de l'alimentation (DGAL) du ministère de l'Agriculture a conçu une stratégie de surveillance. Celle-ci vise le lait, les œufs, le miel, les poissons d'aquaculture et les productions végétales issues de la Seine-Maritime, de l'Oise, de la Somme, de l'Aisne et du Nord. Elle devrait se dérouler sur une année.
Elle se décline en trois volets : le premier concerne le suivi dans la zone de rémanence. Il cible les exploitations situées dans des communes liées à des retombées de suies pour lesquelles la concentration est supérieur à 50 μg/m2. Il prévoit une campagne de prélèvements tous les deux mois sur un maximum de soixante exploitations de communes différentes.
Le second volet organise la surveillance des exploitations situées dans les communes qui ont été mises sous arrêté préfectoral mais qui n'ont pas fait l'objet de prélèvements au cours de la première phase. La DGAL table sur une campagne de prélèvements tous les quatre mois.
Enfin le dernier volet, à l'échelle départementale, se penche sur les exploitations situées en dehors des communes définies par arrêté préfectoral. Cent communes seraient désignées dans une approche par sondage. Dans chacune d'elles, une exploitation choisie par les services déconcentrés ferait l'objet d'un prélèvement unique.

La surveillance en trois volets n'est pas adaptée, selon l'Anses

La DGAL a soumis sa stratégie au groupe d'expertise collective d'urgence (Gecu) Lubrizol de l'Anses. Et, pour les experts, cette surveillance en trois volets n'est pas adaptée. « Le GECU recommande de regrouper les volets 1 et 2 en un seul volet de surveillance de l'exposition différée, indique l'Anses. Le GECU note que le troisième volet proposé par la DGAL manque de puissance statistique pour la surveillance des expositions différées aux contaminants liés à l'incendie de l'usine Lubrizol. De plus, ces données ne seront pas comparables aux autres données disponibles ».

Autre modification proposée : une mutualisation des résultats obtenus par les différents services de l'État. Selon l'Anses, ce croisement permettrait de mieux distinguer le niveau de contamination de l'environnement dû à l'incendie par rapport aux bruits de fond classiques, d'améliorer la prise en compte de la persistance et le transfert des contaminations dans le sol, l'eau de surface, les eaux souterraines mais également la transmission éventuelle dans la chaîne alimentaire.

« Une synergie de communication commune des résultats des études menées par, ou à la demande des services de l'État (ARS, DREAL, Agence de l'eau, DGCCRF...), devrait être établie, notamment avec la mise en place d'une base de données commune avec tous les résultats, par molécule et par matrice, afin de pouvoir suivre et interpréter les données autrement que par l'observation ponctuelle d'un dépassement de seuils », précise l'Anses.

Prévoir des prélèvements de sols

Parmi les recommandations concernant les campagnes de prélèvements, l'Anses préconise d'effectuer certains prélèvements à la même période que ceux effectués en première phase afin d'obtenir une image un an après l'incendie. « Hormis les prélèvements des échantillons de lait et d'œufs disponibles toute l'année, il est préférable de prévoir plus de lieux d'échantillonnage pendant la période agricole, et en tenant compte des rotations culturales », indique l'Anses.

 
Dans cette nouvelle phase, l'accent est mis sur la surveillance des expositions secondaires aux polluants qui auraient migrés et se seraient accumulés dans l'eau, les sols, les végétaux.  
 
Elle conseille également que les prélèvements des productions agricoles soient couplés avec des prélèvements de sols pour évaluer la contamination du sol par les retombées du panache.

Elle appelle à ce que des prélèvements de sols soient également effectués dans des jardins familiaux ou ouvriers. « La base de données des contaminations en éléments traces et métalliques dans les sols – GIS SOL - pouvant être utilisée comme élément de référence », rappelle-t-elle.

Par ailleurs, elle recommande de rechercher les produits d'extinction en utilisant comme marqueur l'acide perfluorohexanoïque (PFHxA).

S'adapter au manque de données sur les sols

« Compte tenu de la non disponibilité de résultats importants, dont les mesures de contamination de prélèvements de sols, recommandés dès ses premiers avis, tous les contrôles préconisés dans le présent avis ne jouent pas le même rôle dans le plan de surveillance post-accidentel : certains sont plus destinés à effectuer un balayage (« screening ») d'un sujet non caractérisé à l'issue des contrôles de la première phase, regrette l'Anses. Il faut donc concevoir le dispositif dans une logique adaptative ».

Selon elle, le dimensionnement des actions de gestion-post accident requière la compilation de l'ensemble des données de contamination pour les différents milieux, et l'identification de celles qui sont à relier directement aux retombées du panache de l'incendie.

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