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Incinérateur d'Ivry : le manque d'information sur la valorisation des déchets organiques pointé du doigt

L'Autorité environnementale a rendu son avis sur le projet de reconstruction du plus gros incinérateur français. Si le dossier du Syctom est très complet sur la nouvelle usine d'incinération, il l'est moins sur l'unité de valorisation organique.

Déchets  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
Incinérateur d'Ivry : le manque d'information sur la valorisation des déchets organiques pointé du doigt

C'est un projet hors-norme sur lequel l'Autorité environnementale nationale (Ae) a rendu son avis mercredi 21 mars. Le projet de reconstruction de l'incinérateur d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), mis en service en 1969, a été lancé en 2003 par le Syctom "Agence métropolitaine des déchets ménagers" et ne devrait s'achever, pour la dernière tranche, qu'en 2027. Cette installation traite les déchets ménagers et assimilés de treize communes du Val-de-Marne, de douze arrondissements parisiens et d'une commune des Hauts-de-Seine. Soit 1,4 million d'habitants. Il présente la caractéristique d'être situé dans une zone extrêmement urbanisée puisque limitrophe du 13e arrondissement parisien.

Le projet, dont le coût s'élève à 962 millions d'euros, prévoit de construire une nouvelle unité d'incinération sur les terrains encore disponibles sur le site en maintenant l'incinérateur actuel en fonctionnement. Cela doit permettre d'assurer la continuité du traitement des déchets et de la production de chaleur qui alimente le réseau de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU). La capacité de cette nouvelle unité sera de 350.000 tonnes par an (t/an). Soit moitié moins que celle de l'usine actuelle. Le projet prévoit ensuite la déconstruction de l'incinérateur historique et l'installation d'une unité de valorisation organique (UVO) à sa place, accompagnée d'un ouvrage de liaison à une plateforme portuaire située en bord de Seine.

Schéma de fonctionnement de l'UVO © Autorité environnementale
 
L'UVO serait constituée, selon le dossier du maître d'ouvrage, de deux installations. L'une permettant d'accueillir les biodéchets collectés séparément (avec une prévision de 30.000 t/an) et de les conditionner avant transfert vers des installations de méthanisation et/ou de compostage extérieures. L'autre de séparer les ordures ménagères résiduelles (OMR) en plusieurs fractions valorisables (fraction organique résiduelle, métaux, fraction combustible résiduelle). Cette dernière fraction, à haut pouvoir calorifique, serait incinérée dans l'unité d'incinération et la fraction organique résiduelle serait, quant à elle, transférée vers des installations de méthanisation extérieures. L'installation pourrait évoluer vers un atelier de tri-préparation de combustible solide de récupération (CSR), a indiqué le maître d'ouvrage dans un document transmis aux rapporteurs de l'Ae.

La compatibilité avec la loi de transition énergétique interrogée

Si le dossier du Syctom présente "de manière très complète" la première phase du projet, la deuxième phase fait l'objet d'une présentation "moins approfondie des choix techniques envisagés", relève l'Ae, soulignant que le maître d'ouvrage utilise le conditionnel pour présenter ces choix. Conséquence pour l'Autorité ? Cela ne lui permet pas "d'apprécier de manière suffisamment précise les incidences de l'ensemble du projet sur l'environnement en fonction des options qui seront retenues". Pourtant, les enjeux environnementaux ne sont pas minces, rappelle l'Ae, qu'il s'agisse de la compatibilité du projet avec la politique de réduction, de tri et de valorisation des déchets, des pollutions et nuisances émises par l'établissement, du risque d'inondation avec les crues de la Seine, ou encore de l'intégration urbaine et paysagère du projet.

L'Ae recommande par conséquent au maître d'ouvrage de décrire plus précisément les options envisagées pour l'unité de valorisation organique en terme de capacité de traitement mais aussi d'objectif de qualité des fractions issues du tri. Elle demande aussi de préciser les destinations envisagées pour les biodéchets et fractions organiques appelées à sortir du site, celles-ci n'étant pas mentionnées dans le dossier. Mais aussi de justifier le recours à la voie fluviale plutôt qu'au réseau ferroviaire, alors que le site est contigu à la gare de fret de la SNCF.

Dans son avis, l'Autorité recommande aussi de réexaminer la pertinence de l'installation de traitement des OMR au sein de l'unité de valorisation organique au regard des dispositions de la loi de transition énergétique. Celle-ci vise en effet la réduction des volumes d'OMR grâce notamment à la mise en place d'un tri à la source des biodéchets d'ici 2025, soit deux ans avant la mise en service de cette unité.

Réagissant immédiatement à la publication de l'avis, le Syctom rappelle dans un communiqué que "la demande d'autorisation d'exploiter, qui fera prochainement l'objet d'une enquête publique, ne porte que sur l'unité de valorisation énergétique". L'établissement public justifie par conséquent le manque de précision sur l'unité de valorisation organique par la poursuite des études et de la concertation "recommandée par le garant à l'issue de la troisième phase de concertation post-débat public de 2016".

Ne pas oublier les alternatives à la reconstruction

L'Ae formule un certain nombre d'autres recommandations à l'attention du maître d'ouvrage. Elle lui demande de préciser les modalités de mesure des émissions de dioxines et furanes bromés dans les rejets de l'unité d'incinération et leur surveillance dans l'environnement. Mais aussi d'apporter des précisions sur la gestion des déchets en période de crue de la Seine. En ce qui concerne l'étude de dangers de l'installation, elle recommande d'analyser les effets d'une crue exceptionnelle.

Enfin, concernant les alternatives au projet, l'Autorité recommande que deux scénarios délaissés par le Syctom soient présentés au même niveau que les autres solutions de substitution. Ces scénarios sont le remplacement de l'incinérateur existant par un simple centre de transfert et le "plan B'OM", présenté par les associations Zero Waste et le Collectif 3R lors de la concertation. Celui-ci proposait de ne pas reconstruire l'installation en raison de la mise en place de mesures de prévention et d'évitement conduisant à une diminution des besoins de traitement par le Syctom de l'ordre de 800.000 tonnes de déchets par an.

Le plan B'OM conduira à "augmenter les capacités d'incinération des unités de valorisation énergétique de Saint-Ouen et d'Issy-les-Moulineaux, choix inacceptable dans un souci d'équité territoriale, et à maintenir l'envoi en installation de stockage des déchets non-dangereux (ISDND) d'importantes quantités de déchets ménagers bruts, contrevenant ainsi aux principes édictées par la loi de transition énergétique", réagit le Syctom. Ce dernier rappelle que ses prévisions de gisement, tout comme celles de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie (Driee) sont très éloignées de celles des associations.

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