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L'Ukraine veut créer une réserve de biosphère à Tchernobyl

Près de 30 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le gouvernement ukrainien projette de créer une réserve de biosphère au sein de la zone interdite entourant la centrale, en dépit de risques environnementaux et sanitaires toujours en débat.

Décryptage  |  Risques  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine entre en fusion et s'enflamme, libérant un nuage radioactif qui a touché toute l'Europe. Depuis la catastrophe, classée au plus haut de l'échelle internationale des événements nucléaires (niveau 7), une zone d'exclusion de 30 kilomètres de rayon (s'étalant sur 2.600 kilomètres carrés) entoure le réacteur accidenté. Environ 135.000 habitants vivant dans cette zone ont été évacués suite à l'accident et l'activité agricole interdite. L'accès à cette zone reste aujourd'hui contrôlé.

Les territoires les plus contaminés sont situés à 10 km de la centrale comme la ville fantôme de Prypiat (à 2 km) prisée aujourd'hui par les touristes. "Dans ces territoires, situés à l'ouest et au nord du réacteur accidenté, la contamination du sol dépasse le million de Becquerels par km². Vingt ans après l'accident, plus de 95% de l'activité totale déposée est concentrée dans les quinze premiers centimètres de sol", prévient l'Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). En 2011,"on observe toujours de très fortes activités de césium 137 dans les produits naturels récoltés dans les forêts des territoires les plus contaminés. Elles atteignent parfois plusieurs dizaines de milliers de becquerels par kilogramme dans les champignons, le gibier et les baies sauvages", ajoute l'IRSN, "contrairement aux produits agricoles dont la contamination a généralement fortement diminué au fil du temps".

D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans les régions de Zhytomir et de Rivné en Ukraine (ainsi que dans les régions de Gomel et de Mogilev en Biélorussie et de Briansk en Russie fortement touchées), le lait de vache pouvait contenir en 2011 des concentrations de césium 137 dépassant les 100 Becquerels par litre, supérieurs aux doses maximum admissibles. L'activité du césium 137 baisse seulement de moitié tous les trente ans.

La nature reprend ses droits

Dans cette zone d'exclusion, contaminée en "tâche de léopard" et quasi inhabitée, les scientifiques restent divisés sur les effets à long terme des radiations (anomalies génétiques) sur la flore et la faune sauvage pourtant très présentes : sangliers, loups, renards, aigles, ours ou encore lapins y ont été observés.

Le 5 août 2014, l'ex-ministre ukrainien de l'Ecologie Andrii Mokhnik avait annoncé dans un communiqué un projet de réserve de biosphère qui couvrirait 230.000 hectares de la zone d'exclusion, en mettant en avant cette prolifération de la faune et de la flore aujourd'hui. La réserve de biosphère comprendra une aire de conservation des écosystèmes de la région ainsi que des activités de recherches scientifiques "utiles pour l'ensemble de la communauté internationale" et de restauration des territoires contaminés, avait-il souligné. "Les experts du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) ont commencé à élaborer leur projet d'installer [dans la zone, nldr] un Centre de recherche et de protection de l'environnement", avait-il ajouté.

Zone réduite au profit de la réserve

Le 8 mai 2015, son successeur Ihor Shevchenko a confirmé le projet de réserve au sein de cette zone interdite qui sera désormais réduite de 30 à 10 km, selon l'agence de presse Interfax Ukraine. La réserve de biosphère concernera donc les deux-tiers restants de la zone d'exclusion qui se limitera aux territoires les plus contaminés dans le rayon moyen de 10 km du réacteur accidenté. Au sein de cette réserve, les activités économiques "durables" ainsi que l'installation d'habitants y seraient autorisées, a précisé le ministre en assurant que "les niveaux de radiation ne posent pas de problème de sécurité", d'après Interfax. Ce projet sera pris "par décret", a précisé M. Shevchenko, après sa validation par le Président ukrainien.

Quid de la sûreté des populations ?

Si les anti-nucléaires ne s'opposent pas aux recherches en faveur de la biodiversité, ils dénoncent l'impact de la zone diminuée sur la sûreté des populations. Or, une centaine de résidents illégaux continueraient d'y vivre. Tandis que le bilan sanitaire de cette catastrophe fait toujours débat sur l'augmentation des cancers de la thyroïde ou des leucémies. La députée européenne écologiste Michèle Rivasi, fondatrice de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a alerté "d'une grave menace pour la santé publique" alors que la zone d'exclusion "est toujours fortement contaminée en césium 137 et strontium 90". Dans le district d'Ivankiv, à 40 km de Tchernobyl, "80% des enfants souffrent de problèmes cardiovasculaires selon le professeur Bandajevsky qui dirige les recherches du centre écologie et santé", a-t-elle ajouté, en s'interrogeant : "Comment donc garantir la sûreté des populations qui retourneraient dans l'actuelle zone d'exclusion alors même que des problèmes de santé continuent d´être découverts dans des zones moins contaminées ?".

En mai dernier, Mme Rivasi a demandé à la Commission européenne la conduite d'une expertise concernant ce projet. "On ne peut pas sacrifier une nouvelle génération à vouloir prouver que le retour à la normale est possible. Les derniers feux de forêt dans la région ont prouvé que le risque radioactif restait imminent pour les populations directement exposées", a poursuivi l'eurodéputée. Depuis le début de l'année 2015, trois incendies de forêt se sont en effet déclarés dans la zone d'exclusion (300 ha fin avril, 130 ha fin juin et 32 ha le 10 août) entraînant une hausse de la concentration de césium 137 dans l'air. Selon le site d'informations Sputnik, les autorités ukrainiennes faisaient valoir, durant ces incendies que la situation était sous contrôle et que le niveau de rayonnement de fond était dans la norme.

La contamination au césium 137 et au strontium sur le site va "perdurer pendant des périodes très longues", a prévenu Jérôme Joly, directeur général adjoint de l'IRSN, contacté par Actu-Environnement. Mais "la reconquête de ces territoires se pose", a-t-il souligné. Le Japon s'interroge également depuis la catastrophe de la centrale Fukuskima le 11 mars 2011. "La question est de savoir ce que les autorités ukrainiennes veulent faire concrètement, où et comment ? Les risques peuvent être limités ou significatifs. Les dépôts radioactifs étant très hétérogènes, en fonction des territoires qu'ils vont choisir, cela changera la donne. Cela dépendra également de l'activité des personnes sur la zone et des mesures de gestion mises en œuvre. L'exposition pourra ou non augmenter", a expliqué M. Joly.

Sécuriser Tchernobyl

Pour Yuriy Sapiga, directrice de l'ONG Green Cross Ukraine, "ce projet de réserve de biosphère, en cours de développement, sera rendu possible seulement après l'achèvement de la construction du sarcophage. D'ici là, il serait illogique et erroné de commencer tout travail concret pour la création de la réserve". Cet été, le gouvernement a confirmé deux mesures visant à sécuriser Tchernobyl.

Le 30 juillet dernier, Valerii Voshchevskii, vice-Premier ministre d'Ukraine a annoncé la mise en place d'un groupe de travail d'experts chargé d'élaborer "une stratégie afin de réorganiser la gestion de la zone d'exclusion" concernant les déchets radioactifs stockés dans cette zone sur 800 sites (leur volume total et leur niveau de contamination sont toujours à l'étude) et l'entreposage du combustible usé. "Nous serons ainsi capables de minimiser les risques et les menaces liés à la catastrophe de Tchernobyl et d'attirer les investissements nationaux", a déclaré M. Voshchevskii dans un communiqué.

Ce dernier a également confirmé le 20 juillet l'achèvement d'ici novembre 2017 du nouveau sarcophage qui doit recouvrir le réacteur accidenté de la centrale. Son objectif est de protéger l'environnement des rayonnements et permettre le démantèlement de l'ancien sarcophage datant de 1986 et des restes du réacteur. Un écroulement du vieux sarcophage aboutirait à la mise en suspension de poussières radioactives (plusieurs tonnes) qui pourraient, à nouveau, contaminer le voisinage du site, selon l'IRSN. La nouvelle arche s'avère donc indispensable. Ses travaux avaient été entamés dès 2010 par le consortium Novarka formé par les sociétés françaises Bouygues et Vinci. Mais attendue en 2014, l'enceinte a été retardée par les crises politiques du pays et des difficultés financières et techniques. Son coût est de 1,5 Md€, auxquels il faut ajouter les travaux de décontamination préalables et des mesures sanitaires qui portent la facture finale à 2,15 Mds€.

Les Etats membres de l'UE font partie des 43 pays donateurs finançant ce nouveau sarcophage, aux côtés des Etats-Unis, de la Russie, du Japon, du Canada et de la Chine. Les donateurs, réunis à Londres en juillet, ont abondé ce fonds administré par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). M. Voshchevskii estime "nécessaire" de lever 30 millions d'euros supplémentaires pour terminer les travaux du sarcophage. "Une nouvelle étape marquante de ce chantier vient d'être franchie", a annoncé ce 1er septembre Bouygues Construction. Les deux parties de l'arche ont été assemblées cet été, conformément au calendrier prévu.

Réactions1 réaction à cet article

 

Nous aussi nous devrions créer une zone d'exclusion par rapport aux différents Présidents sous la botte d'Areva et vis à vis de notre inoubliable PDG d'Areva que nous à empoisonné durablement et que nous a laissée une ardoise des plusieurs milliards avec bien sûr nos amis dEDF à l'appuis et que pourront dorénavant se dorer la pilule durablement hélas dans les îles Caïmans!

Maes | 26 avril 2016 à 11h20
 
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