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“Les recycleurs doivent devenir les conseillers matière de l'économie circulaire”

Xerfi publie une étude sur l'économie circulaire et le marché du recyclage. Son auteur, Thibaud Brejon de Lavergnée, explique à Actu-environnement pourquoi les recycleurs devront revoir leur modèle économique, faute de quoi ils pourraient figurer parmi les perdants de l'économie circulaire.

Interview  |  Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
   
“Les recycleurs doivent devenir les conseillers matière de l'économie circulaire”
Thibaud Brejon de Lavergnée
Directeur d’études pour Precepta, auteur de l'étude "Le marché du recyclage et l'économie circulaire – Des opportunités et des modèles innovants".
   

Actu-environnement : Vous vous êtes intéressés à la place des recycleurs dans l'économie circulaire. Quelles sont les principales conclusions ?

Thibaud Brejon de Lavergnée : Nous sommes partis d'un état des lieux de l'économie circulaire et des points forts des recycleurs. Contrairement à certaines idées reçues, l'économie circulaire dépasse la problématique du recyclage. Ce n'est pas nécessairement favorable aux recycleurs, car ça remet en cause leur stratégie de volume.

De plus, ce nouveau modèle économique attire de nouveaux concurrents venus d'horizons très variés : industriels, start-up ou encore économie sociale et solidaire. Le risque, pour les recycleurs, est de voir se développer un modèle sans y participer réellement.

En partant de leurs compétences, nous avons donc cherché de nouveaux business model adaptés aux problématiques posées par l'économie circulaire et aux atouts des recycleurs. En l'occurrence, nous pensons que les recycleurs doivent devenir les "conseillers matière" de l'économie circulaire, pour reprendre le terme de François-Michel Lambert qui préside l'Institut de l'économie circulaire.

AE : Pourquoi les recycleurs ne tireront pas forcément partie de l'économie circulaire ?

TBL : Spontanément, on associe étroitement économie circulaire et gestion des déchets. Mais en réalité c'est bien plus et ce n'est pas forcément bon pour les recycleurs. A court terme, la baisse progressive du gisement de déchets devrait être compensée par un meilleur tri qui procurera plus de matières aux recycleurs. Et, toute chose égale par ailleurs concernant le prix des matières premières et secondaires, une hausse des volumes génère une hausse de leur chiffre d'affaires.

Mais à moyen terme, la tendance de baisse des volumes à recycler est inéluctable et le gisement va se tarir. En effet, plusieurs approches de l'économie circulaire pas nécessairement favorables au recyclage se conjugueront : l'écoconception, le réemploi et la réparation, l'économie de fonctionnalité, l'écologie industrielle, ou encore l'allongement de la durée de vie des objets… Selon nous, une stratégie basée sur une hausse des volumes à recycler est vouée à l'échec.

Les recycleurs ne voient pas toujours les choses de cette manière, d'autant que, malgré la chute des prix des matières, leur stratégie de croissance via la hausse des volumes à recycler fonctionne. Il est toujours difficile de remettre en cause un business model qui marche plutôt bien.

AE : Vous évoquiez un rôle de conseiller matière. Quel est-il ?

TBL : Par conseiller matière, nous entendons un rôle d'accompagnateur des entreprises pour l'utilisation de la matière afin de préserver aussi longtemps que possible sa valeur initiale. Il s'agit, notamment, de devenir des acteurs de l'approvisionnement de l'entreprise et de l'écoconception.

Nous considérons que la création de valeur se déplacera vers l'amont, et notamment vers l'écoconception. Compte tenu de leurs compétences, les recycleurs pourraient devenir des spécialistes de l'allongement du cycle de vie de la matière en conseillant les entreprises en matière d'éco-conception afin que leurs produits soient plus facilement recyclables, notamment en limitant les matières indésirables qui restreignent les possibilités de recyclage. La matière pourrait alors être mieux récupérée et réutilisée en cascade, les recycleurs proposeraient alors des offres de location de matière.

Les recycleurs deviendraient ainsi des acteurs essentiels de l'approvisionnement durable des entreprises. Ils seraient des chefs d'orchestre qui jouent un rôle de pivot dans les nouvelles symbioses industrielles qui se mettent en place.

AE : Cette place de chef d'orchestre ou d'architecte est convoitée. Certaines collectivités locales et certains éco-organismes aimeraient l'occuper. Ce type d'acteur ne peut-il pas y prétendre ?

TBL : Notre vision de conseiller est une approche très concrète, il ne s'agit pas d'apporter des conseils généraux. L'économie circulaire, et tout particulièrement au travers du volet écologie industrielle, crée des zones d'échanges de flux de matières et d'énergie. Ces échanges ont lieu sur des territoires donnés, plutôt qu'à l'échelle du pays, entre des acteurs variés et en relation directe.

Un leader est nécessaire pour tout organiser. Mais, il ne s'agit pas d'un planificateur national qui organiserait les flux, pour tel ou tel type de ressource. Il s'agit plutôt d'un leader local, qui organiserait les flux sur le terrain en partant de sa connaissance des acteurs, de leurs besoins spécifiques et des flux disponibles.

Nous pensons que les recycleurs, et Suez et Veolia en particulier, sont les mieux placés. S'ils bénéficient d'une bonne connaissance du tissu économique local, il n'est pas du tout certain que des acteurs publics ou les éco-organismes disposent en interne des ressources nécessaires à ce travail.

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