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Linky, pierre angulaire d'un cluster de l'énergie ?

Thierry Legrand, consultant spécialisé, revient sur les opportunités offertes par les compteurs intelligents et l'open innovation comme fondements des réseaux intelligents.

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Environnement & Technique N°349 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°349
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Quelque chose de très stimulant se joue actuellement dans le petit monde de la distribution d'électricité. Alors que le territoire français s'apprête à recevoir une greffe géante, celle de 35 millions de compteurs communicants Linky, ERDF s'assure que l'opération ne se soldera pas par un rejet massif en favorisant l'émergence d'un écosystème sain. Le distributeur devient la pierre angulaire d'un cluster français de la distribution d'énergie, au sein duquel tout le monde trouve son compte : clients, producteurs, mais aussi le tissu entrepreneurial du pays, par le biais de l'open innovation.

Révolution en pointillés

Le compteur communicant Linky n'a pas écopé du surnom de « première brique des smart grids » par hasard. Il constitue en effet un point d'entrée privilégiée vers les réseaux intelligents, en offrant un certain nombre d'avantages, dus à la finesse des données qu'il récolte en temps réel. Si Linky permet ainsi, par exemple, une détection plus rapide des incidents réseaux ou une diminution drastique du coût de relève des index de consommation, il sera surtout à l'origine d'une meilleure compréhension de sa facture d'électricité par chaque client.

Jusqu'à présent, ces factures, à la fois rudimentaires et absconses, plaçaient bien souvent le consommateur dans la situation désagréable de ne pas comprendre ce qu'il avait à payer. Un récent sondage Ifop-Qinergy indique ainsi que 9 Français sur 10 ne comprennent pas l'intégralité de leur facture d'électricité. Un manque de transparence que comblera Linky, en livrant des informations précises et complètes. Le smart meter orchestrera ainsi, par exemple, la décomposition de la courbe de consommation en autant de courbes que d'appareils électriques présents dans le foyer. But de la manœuvre ? Permettre au client final de savoir ce que chaque appareil consomme exactement. Une visibilité accrue, premier pas vers une utilisation moindre des appareils les plus énergivores.

Fondement des réseaux intelligents made in France, Linky pose un certain nombre de jalons, mais ne permet pas tout. En soi, il ne délivre par exemple pas les données aux clients, qui auront à se rendre sur un site Internet dédié pour en prendre connaissance. La possibilité de consulter en temps réel ses données de consommation reste ouverte, mais il faudra pour cela s'équiper d'un appareil d'affichage déporté. De la même manière, Linky n'offre pas à lui seul de solution d'energy metering, c'est à dire de solution de pilotage de ses appareils électriques à distance, et il faudra pour avoir accès à cette technologie se tourner, par exemple, vers les offres de fournisseurs d'accès à Internet (FAI), dont les boxes rempliront cette fonction.

On le voit, si Linky constitue une base solide, il laisse pour le reste aux autres acteurs de l'énergie (mais pas que) le soin d'ajouter leur valeur, à la façon d'un texte à trous. Il encadre mais ne limite pas, au contraire il invite à prolonger la réflexion et… l'action. Au premier rang des acteurs sollicités dans ce sens, on retrouve bien entendu les producteurs d'électricité, qui auront à rivaliser d'ingéniosité pour ajuster leurs offres aux données auxquelles ils auront accès.

Les producteurs en quête d'offres sur mesure

Tout l'enjeu pour eux sera de faire en sorte d'inciter leurs clients à consommer moins, ou mieux, en formulant des offres mieux calibrées. Leur valeur ajoutée résidera par exemple dans leur capacité à dépasser l'actuel cadre binaire heures creuses heures pleines (HP/HC), en proposant une tarification plus fine, plus flexible que ce qu'offre aujourd'hui ce service figé, qui se base sur les besoins du réseau au moment de l'installation des compteurs sans modification possible.

Plus encore qu'à la maitrise de la demande en énergie (MDE), les compteurs communicants ouvrent le champ à une véritable souplesse des prix du kilowattheure, et permettront ainsi, en sortant du modèle de tarifs plats pour entrer dans celui des tarifs dynamiques, d'envoyer par exemple des signaux d'effacement tarifaire heure par heure, à la façon de push sur un téléphone. Charge aux fournisseurs d'intégrer au mieux cette technologie dans leurs offres pour les personnaliser, en faire des propositions sur mesure. C'est par exemple ce qu'a commencé à faire Direct Energie, troisième fournisseur d'énergie français, en lançant le premier une offre adaptée à Linky, Tribu, proposant au consommateur de bénéficier d'heures creuses à la carte.

De son côté, GDF Suez (Engie) vient de mettre à disposition des Lyonnais (déjà équipés, pour beaucoup, en compteurs communicants) une offre baptisée Dolceweekend, qui étend les heures creuses au week-end. Objectif : faire bénéficier les particuliers d'une réduction de 30 % des tarifs du vendredi 23h au lundi 7h (en plus des nuits de la semaine de 23h à 7h) ce qui devrait entrainer des économies de 60 à 130 euros sur la base d'une facture annuelle de 1.500 euros.

La mise à disposition du consommateur d'outils d'analyse et de pilotage de sa consommation sera également déterminante. Plusieurs projets sont déjà expérimentés dans ce sens. Tribu de Direct Energie permet ainsi de suivre et de piloter avec finesse sa consommation d'électricité depuis un ordinateur, un smartphone ou une tablette, en intégrant un certain nombre d'objets connectés (prises intelligentes, détecteurs de mouvement, modules compteur, etc.), de comparer sa consommation à celle d'autres foyers, ou de programmer des alertes de consommation. EDF vient quant à elle de lancer un service baptisé e-equilibre, permettant de suivre en ligne sa consommation, mais également de la comparer, et planche sur des applications pour smartphone intégrant une foule d'indicateurs précis.

L'open innovation comme solution(s)

Les start-up sont elles aussi invitées à tirer leur épingle du jeu, dans le cadre de démarches open innovation, buzzword, désignant la façon dont le département R&D d'un grand groupe industriel s'adjoint les services de structures plus légères et agiles pour enrichir son offre de façon innovante. ERDF travaille d'ores et déjà avec un certain nombre de start-up, parmi lesquelles Upetec, spin-off de l'Irit proposant un outil de maintenance prédictive basée sur le Big data, permettant de réaliser « jusqu'à 30 % de gains sur la maintenance », selon Tony Marchand, directeur général du cluster Digital Place. Dans la même veine, un rapprochement a également été engagé avec Sigfox, dont le service radiographie le réseau en milieu rural et permet de mettre à jour l'origine des perturbations.

Le gestionnaire de réseau souhaite prolonger le mouvement, et vient de lancer un concours. En partenariat avec l'Interpôle Smart Grids France, ce concours s'adresse aux start-up gravitant autour des smart grids, et proposant des solutions dans des secteurs comme le Big data et le data analytics, l'observabilité et le pilotage en continu du réseau électrique ou encore la relation client.

En faisant appel à ces jeunes pousses, ERDF entend bénéficier d'une capacité d'innovation accrue, lui permettant de répondre rapidement et efficacement aux enjeux de la mutation énergétique et numérique en cours. Philippe Monloubou, président du directoire du distributeur, explique dans les colonnes de la Tribune : « Il nous faut être à la pointe des nouvelles technologies, stimuler l'innovation, aussi bien avec nos partenaires que nos salariés, pour contribuer à l'émergence de nouvelles opportunités, idées, projets notamment dans le domaine des réseaux électriques intelligents. »

Cette sollicitation de jeunes acteurs technologiques montre que si les contours du réseau électrique de demain sont d'ores et déjà tracés, leur degré de sophistication et d'efficience dépendra de l'implication de chacun : des consommateurs et des fournisseurs, on l'a vu, mais aussi du tissu entrepreneurial français, pour qui le système smart grid représente de nombreuses opportunités (et inversement). Alors que le développement des smart grids devrait être à l'origine de la création, d'ici 2020, de 25 000 emplois pour un chiffre d'affaires de 6 milliards d'euros, les start-up cleantech prévoient pour 64 % d'entre elles de doubler leur chiffre d'affaires, selon l'Observatoire des start-up françaises. La greffe semble être en train de prendre.

Avis d'expert proposé par Thierry Legrand, consultant spécialisé sur les smart-grids, rédacteur en chef de les-smartgrids.fr

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