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Déchets plastique : Interpol s'inquiète de la hausse du commerce international illicite

Les restrictions à l'importation des déchets plastique imposées en Asie ont entrainé une forte augmentation des pratiques frauduleuses. Interpol alerte en particulier sur le recours croissant à des pays de transit pour brouiller les pistes.

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com

Interpol note « une augmentation alarmante du commerce illicite » de déchets plastique. L'organisation internationale de police criminelle signale en particulier une forte augmentation des expéditions illégales vers l'Asie du Sud-Est, par le biais de pays de transit pour camoufler l'origine des déchets.

Interpol a publié le 27 août une « analyse stratégique des tendances criminelles émergentes sur le marché mondial des déchets plastique depuis janvier 2018 », qui présente une vue d'ensemble complète des nouvelles routes de trafic et de la criminalité sur ce marché. Outre le trafic de déchets, le document alerte aussi sur l'augmentation des brulages de déchets et des décharges sauvages en Europe et en Asie, ainsi que sur la multiplication des documents contrefaits et des enregistrements frauduleux.

Transbordement multiple

« Même si le manque de données comparables avant et après janvier 2018 constitue un défi majeur par la plupart des pays, certaines tendances clés sont ressorties clairement et systématiquement de l'analyse des données », explique Interpol, qui liste une série de pratiques frauduleuses.

L'organisation, qui a analysé les routes commerciales empruntées par les déchets plastique, note en particulier une pratique nouvelle qui consiste à expédier illégalement des déchets via des pays de transit pour dissimuler l'origine des déchets. « L'utilisation des pays de transit peut s'expliquer par le fait que les expéditions transrégionales convergent vers les grands ports », explique-t-elle. Pour autant, « cette situation affaiblit également la traçabilité des déchets, ce qui profite au commerce illicite », notamment grâce aux transbordements successifs. Généralement, de fausses destinations finales sont déclarées au départ et les déchets passent entre les mais de plusieurs courtiers, ce qui rend difficile l'identification des pays d'origine. « Cela implique un certain niveau d'organisation, et, potentiellement, l'implication d'un réseau criminel à l'origine, au transit et, la plupart du temps, à destination. »

À cette pratique, s'ajoutent des délits plus classiques : des expéditions illégales de déchets plastiques (notamment dans les pays d'Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi que dans les pays d'Europe de l'Est), des traitements illégaux des déchets dans les pays exportateurs et importateurs, ou encore des déclarations erronées pour faciliter les expéditions illégales.

Un important marché privé de débouché légal

A l'origine des trafics se trouvent les bouleversements récents du marché des déchets plastique. Depuis 2016, d'« importantes restrictions à l'importation perturbent le marché existant des déchets plastique ». Le mouvement débute en avril 2016, lorsque l'Inde impose une interdiction partielle d'importation des déchets plastique. Il prend réellement de l'ampleur avec les restrictions successives imposées par la Chine à partir de 2018. La nouvelle stratégie chinoise marque une rupture, explique Interpol, rappelant que 45 % des déchets plastique se trouvent ainsi sans débouché.

Avant la mise en œuvre des restrictions chinoises, 85 % des exportations européennes de déchets plastique, soit 2,6 millions de tonnes, étaient destinées à la Chine. De même, les États-Unis y envoyaient plus de la moitié de leurs exportations de plastique (soit 16,2 millions de tonnes). Environ 35 % des plastiques recyclables australiens suivaient le même chemin. Dans un premier temps, ces exportations ont très fortement chuté et ces déchets plastique ont été dirigés vers d'autres pays, ou enfouis et incinérés dans les pays d'origine.

Rapidement, les exportations de plastique ont été réorientées vers d'autres pays. « Au premier trimestre de 2018, les exportations de déchets des États-Unis vers la Malaisie ont augmenté de 330 %, de 300 % vers la Thaïlande, de 277 % vers le Vietnam, de 191 % vers l'Indonésie, et de 165 % vers l'Inde », illustre Interpol, ajoutant que « cette situation a présenté (…) des défis en matière de pollution dans les pays d'accueil, étant donné que beaucoup n'ont pas les infrastructures nécessaires pour gérer leurs propres déchets ménagers ». Conséquence : ces pays ont à leur tour pris des mesures restrictives et renforcé leurs contrôles aux frontières.

Réactions2 réactions à cet article

 

Tous ces pays récepteurs sont donc transformés en poubelles tournantes, il faut faire voter des lois internationales pour obliger les pays utilisateurs à gérer leurs déchets plastiques : zéro sortie du territoire. Point.

gaïa94 | 31 août 2020 à 23h46
 
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Il est temps de mettre en place, chacun à son initiative, une taxe carbone aux frontières.

MR | 10 septembre 2020 à 17h37
 
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