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Plomb dans l'eau potable : un traitement de l'eau en amont ne résout pas tout

La mise en place d'un traitement de l'eau potable aux orthophosphates pour réduire la dissolution du plomb des anciennes canalisations est efficace mais pas partout. Le remplacement des branchements anciens doit rester une priorité selon l'Anses.

Eau  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°376 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°376
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La France n'en a pas fini avec ses canalisations en plomb. Alors qu'un vaste plan de remplacement des canalisations les plus anciennes est en cours depuis plusieurs années, le plomb est encore présent à certains robinets comme l'a rappelé en janvier 2017 l'association UFC-Que Choisir. La norme de 10 µg/L en vigueur depuis 2013 a du mal à être respectée partout. Et si elle l'est en sortie de l'usine d'eau potable, la distribution dans le réseau détériore la situation.

Les orthophosphates sont efficaces pour limiter la corrosion

Pour enrayer le phénomène, Eau de Paris et le syndicat des eaux d'Ile-de-France expérimentent depuis 2004 un traitement complémentaire dans une dizaine d'usines franciliennes. Ces deux distributeurs ont ajouté des orthophosphates dans l'eau distribuée. L'ajout d'acide phosphorique ou d'orthophosphates peut en effet être envisagé pour les eaux moyennement et fortement minéralisées, présentant un pH d'équilibre inférieur à 7,5, afin de former une couche protectrice sur les parois internes des canalisations.

Dans un rapport publié le 21 novembre, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) considère que ces traitements permettent de manière générale de diminuer la concentration en plomb dans l'eau distribuée au robinet. "L'ampleur de cette diminution varie cependant selon les sites du fait notamment des caractéristiques de l'eau distribuée, de la nature du réseau, etc. Ainsi, le traitement ne permet pas de respecter en permanence et à tous les points d'usage, la limite réglementaire de qualité du plomb dans les eaux destinées à la consommation humaine", note l'agence. Saisie sur l'intérêt de maintenir ces traitements, l'agence se prononce donc favorablement mais du bout des lèvres au regard du manque flagrant de données disponibles.

Mais la surveillance doit s'accentuer

Alors que les expérimentations durent depuis plus de 10 ans, l'Anses remarque que "les données disponibles ne permettent pas d'évaluer avec précision les impacts du traitement de l'eau aux orthophosphates sur la qualité de l'eau distribuée, ni lors de sa mise en œuvre, ni au moment de son arrêt". Elle s'appuie sur les distributeurs pour préciser qu"aucun effet négatif n'a été signalé quant à la qualité physico-chimique ou microbiologique globale des eaux distribuées traitées aux orthophosphates". Les effets négatifs sur l'environnement semblent limités dans les zones concernées par le traitement, ajoute-t-elle.

Pour mieux suivre ces traitements, l'agence recommande que toute nouvelle mise en œuvre d'un traitement aux orthophosphates soit accompagnée d'études visant à mieux déterminer les différents impacts du traitement, en particulier sur la qualité microbiologique de l'eau distribuée et sur l'environnement. "Une étude de biosurveillance pourrait par exemple contribuer à évaluer l'impact sanitaire du traitement de l'eau destinée à la consommation humaine aux orthophosphates", précise-t-elle.

Pour l'Anses, ces traitements ne pourront pas résoudre le problème des dépassements de normes s'agissant du plomb dans l'eau potable. "La réduction des expositions de la population au plomb reste un objectif prioritaire de santé publique qui passe par une combinaison d'actions. Le traitement des eaux distribuées par des orthophosphates constitue une mesure de protection collective possible, mais non suffisante à elle seule." L'agence recommande donc de poursuivre les remplacements sur le réseau également dans les réseaux privés à l'intérieur des habitations.

L'Agence rappelle aussi aux consommateurs les mesures simples à mettre en œuvre : laisser couler l'eau avant de la prélever pour les usages de boisson ou la cuisson des aliments si l'eau a stagné longtemps dans le réseau (cette eau peut en revanche être utilisée pour d'autres usages non alimentaires afin d'éviter le gaspillage) et ne pas utiliser l'eau du circuit d'eau chaude pour la préparation de boissons chaudes et de denrées alimentaires, une température élevée favorisant la dissolution des métaux.

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