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La transition écologique résistera-t-elle à la crise ?

Que ce soit en France ou en Europe, les pressions sont nombreuses pour alléger les ambitions climatiques et environnementales face à la crise économique. Pour l'instant, les discours sont rassurants mais l'incertitude et la méfiance restent de mise.

Gouvernance  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
La transition écologique résistera-t-elle à la crise ?

À l'heure où de nombreux acteurs appellent à baser les plans de relance économiques en préparation sur les secteurs d'activités favorables à la transition écologique, il semble que l'enjeu soit surtout de préserver les acquis. La crise économique qui débute est propice aux remises en question et plusieurs signaux démontrent que le lobbying est intense pour affaiblir les ambitions environnementales.

Appels à alléger ou à retarder les normes environnementales

Ainsi, dans une lettre dévoilée par le site d'information Contexte, l'Association française des entreprises privées (Afep) demande à l'Europe de retarder l'application du nouveau plan d'actions sur l'économie circulaire ou encore de reporter d'un an l'application de la directive sur les émissions industrielles : « Ce n'est pas le moment de modifier un cadre juridique qui est efficace et a fait ses preuves », affirme l'Afep. Dans un courrier rendu public par le JDD, le Medef demande à la ministre en charge de l'environnement un moratoire sur la préparation des nouvelles dispositions énergétiques et environnementales, notamment celles élaborées en application de la loi économie circulaire et de la loi mobilité.

 
« Il y a clairement une volonté de la part de certains lobbies de "rejouer le match" sur des mesures pourtant adoptées à une très large majorité par les députés et sénateurs il y a seulement quelques mois  
Laura Chatel, Zero Waste
 
Dans un courrier adressé à ces fédérations, le député LREM Matthieu Orphelin, fait aussi état de documents et d'échanges avec le Gouvernement, menés par le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), visant à revenir sur la réglementation européenne qui impose, à partir de 2020, des émissions moyennes de 95g CO2/km pour les voitures neuves. Sans oublier des demandes de l'Association du transport aérien international (IATA), visant à reporter le système de compensation des émissions du transport aérien, qui devait se mettre en place cette année. « Permettez-moi de trouver tout cela particulièrement choquant, au moment même où l'État injecte des dizaines de milliards d'euros dans les mesures de soutien à l'économie et va même investir 20 milliards d'euros directement au capital de certaines des entreprises que vous représentez », s'insurge le député.

« Il y a clairement une volonté de la part de certains lobbies de "rejouer le match" sur des mesures pourtant adoptées à une très large majorité par les députés et sénateurs il y a seulement quelques mois, estime Laura Châtel, responsable du plaidoyer à Zero Waste France. Au-delà des courriers officiels, nul doute que les tractations en coulisse se font pressantes pour amoindrir l'ambition environnementale de tout ce qui peut l'être ».

Tous les secteurs sont concernés

L'association Foodwatch dénonce, quant à elle, une tentative d'affaiblissement de la réglementation relative aux résidus de pesticides. Dans une lettre envoyée par Bayer à la Commission européenne, l'association a découvert que la société y fait pression pour réclamer le statu quo sur les pesticides. « Bayer écrit que les agriculteurs, notamment de l'Afrique de l'Ouest et de l'Amérique latine, ont à gérer les objectifs de développement durable des Nations unies, la pauvreté rurale et le changement climatique. Bref, on ne va quand même pas s'embarrasser de nouvelles règles européennes », ironise Foodwatch.

Parallèlement, le député européen socialiste Éric Andrieu, s'est étonné de voir arriver en commission Environnement du Parlement européen, un projet de règlement visant à relever les taux de résidus de pesticides sur les aliments. Le projet de règlement de la Commission européenne prévoit de fixer des limites maximales de résidus pour plusieurs substances, notamment pour le flonicamide sur les fraises, les mûres, les framboises, et d'autres petits fruits et baies, entre autres, pour l'haloxyfop-P sur les graines de lin, et pour la mandestrobine sur les fraises et les raisins. « Je suis inquiet qu'une telle proposition, issue de la Commission européenne, soit arrivée jusqu'à nous. C'est l'intérêt général qui doit primer, pas l'intérêt d'une poignée, dans ce cas-ci, de quelques grands groupes industriels », estiment Éric Andrieu.

La proposition a été rejetée pour l'instant mais elle suscite l'inquiétude chez les parlementaires. Surtout que la Commission européenne a prévu de présenter, d'ici quelques semaines, une nouvelle stratégie de la ferme à l'assiette promise dans le cadre de son Green deal. Une stratégie sur la biodiversité est également attendue. Pour l'instant la présentation de ces deux textes a été reportée à cause de la crise sanitaire. Mais les parlementaires craignent un autre report, voire une annulation pure et simple. Le Green deal européen vendu comme un nouvel ordre vert par la Commission n'aurait pas encore été appliqué qu'il serait déjà bien menacé ?

L'Europe promet un maintien de cap

Face à ces doutes grandissants, la commission de l'environnement du Parlement européen a échangé avec Frans Timmermans, chef d'orchestre du pacte vert européen et de la loi européenne sur le climat, également attendue. La semaine dernière, le Parlement avait appelé à proposer un paquet de relance et de reconstruction qui ait pour moteur le pacte vert et la transformation numérique, afin de faire repartir l'économie. Frans Timmermans a acquiescé et ajouté que le pacte vert européen n'était pas un luxe mais une bouée de sauvetage pour sortir de la crise du coronavirus. « Des réponses paneuropéennes sont nécessaires et une relance verte est non seulement possible mais essentielle, car l'Europe serait doublement perdante si nous mobilisions, dans un premier temps, les investissements pour restaurer la vieille économie, avant de la rendre verte et durable. »

Si tous les députés s'accordent à dire que la crise sanitaire est la priorité absolue, nombre d'entre eux ont souligné la nécessité de conserver le calendrier relatif à certaines parties importantes du pacte vert. Frans Timmermans a déclaré que le calendrier de la loi européenne sur le climat serait inchangé, avec une proposition de révision des objectifs de réduction pour 2030 en septembre. Il a ajouté que la stratégie de l'UE en matière de biodiversité et la stratégie de la ferme à l'assiette demeuraient des priorités importantes mais devaient être reportées de quelques semaines.

La France publie sa PPE et sa SNBC

En France aussi, la ministre de la Transition écologique a été amenée à rendre des comptes devant les parlementaires de la Commission développement durable lors d'une audition en visioconférence. Là aussi les discours sont rassurants. En réponse à la lettre du Medef, la ministre a déclaré : « nous allons continuer le travail sur les textes d'application des deux lois [économie circulaire et loi mobilité] en tenant compte des difficultés des acteurs économiques à participer aux concertations ». « Le cadre politique est là avec le Green deal et avec notre PPE et SNBC. Je suis convaincue que nous avons le socle pour une sortie de crise qui prendra pleinement en compte les enjeux de la transition écologique », a-t-elle ajouté.

Premier fait concret qui pourrait appuyer ce discours : le Gouvernement a publié les décrets relatifs à la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et à la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). La publication très attendue de ces deux textes-clés de la politique énergétique met un terme à une démarche entamée mi-2017. Pour Élisabeth Borne, cette publication « incarne notre volonté intacte de poursuivre la transition écologique de notre pays. » Le Syndicat des énergies renouvelables y voit aussi un bon signe pour la relance du secteur : « cette publication apporte, dans cette phase d'incertitude importante, une visibilité pour les différentes filières des énergies renouvelables. Dans la crise sanitaire que traverse notre pays avec les conséquences économiques et sociales qu'elle va entraîner, ce texte constitue un élément d'ancrage essentiel pour la relance du secteur.

Les ONG, quant à elles, auraient préféré une mise à jour des ambitions à la hausse pour en faire le plan de relance français : « Le Gouvernement ne retient pas les leçons de la crise sanitaire, estime Anne Bringault, du Réseau action climat. Au lieu d'engager la France vers une plus grande résilience face à la crise climatique qui s'aggrave, il publie une feuille de route sans les mesures suffisantes pour atteindre les objectifs fixés, alors même qu'ils sont déjà insuffisants. Il ne se donne pas les moyens de préparer une reprise de l'économie cohérente avec l'Accord de Paris.»

Réactions11 réactions à cet article

 

avec le covid 19 on a atteint les exigences de 2050 en matière des réductions d'émissions de CO2 ... et pourtant le climat continuera à se dérégler tant qu'on ne végétalisera pas massivement les continents en fonction des saisons (l'été n'était pas une saison sèche avant l'apparition de l'agriculture, c'était même la saison la plus pluvieuse : plus d'évaporation = plus de précipitations).
Au dessus des villes il existait un nuage permanent de pollution qui a disparu avec l’Arrêt des activités (dans certaines villes de Chine ils n'"avaient pas vu le soleil depuis des années ...).

bizarrement les ONG françaises focalisent sur l'agriculture sans jamais s'attaquer à la pollution massive des villes . pourtant les citadins ne se sont pas trompés, à l'arrivée du covid beaucoup se sont réfugiés à la campagne ... d'ailleurs à chaque crise ou guerre on fuit les villes ... le problème de la planète ne serait la ville justement ????

laurent | 24 avril 2020 à 10h23
 
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Le cynisme des lobbies industriels, particulièrement ceux de l'automobile et de la chimie, persiste à nous mèner dans le mur. Les marchands de SUV et de pesticides veulent profiter de ce qu'il pensent être une situation inespérée pour rebattre les cartes. Dans l'élaboration du Green Deal, la position de l'Allemagne sera déterminante. Sera-t-elle politiquement capable de résister aux pressions de ses majors, VW, BMW, Mercedes, Bayer-Monsanto, Hoechst et autres, qui affichent désormais sans complexe leur stratégie irresponsable : “business as usual… and even stronger than previously“

Basil Beck | 24 avril 2020 à 11h32
 
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L'unanimité est réelle dans la population pour la transition écologique, c'est à dire la recherche de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce n'est pas le cas pour la transition énergétique, qui se résume à la réduction de la part du nucléaire, pour des raisons politiques (alliance EELV et autre ONG médiatiquement porteuses).
Les EnR sont du domaine de la finance privée, avec des syndicats qui défendent d'abord l'intérêt de leurs adhérents.
Y aura -t-il un peu d'intérêt pour la défense de l'intérêt général ?

benoit 49 | 24 avril 2020 à 12h15
 
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Les acteurs économiques ne peuvent supporter le choc + l'incertitude réglementaire, et les pouvoirs publics nationaux et européens ne peuvent gérer à la fois l'urgence et la création de nouvelles régulations : il faut mettre tous les acteurs aurtour d'une table, le bashing ne sert à rien d'autre qu'à bloquer.

ltdrogo | 24 avril 2020 à 12h56
 
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Est ce du "bashing" que de demander que les règles soient changées ? Le prix de l'énergie baisse, le prix du pétrole est au plus bas, voire négatif. Idem pour l'électricité. Seul le prix de l'éolien reste élevé, constamment élevé et garanti élevé pour les 20 prochaines années.
Les acteurs de l'éolien, dit autrement les promoteurs éoliens pourraient être appelés à s'adapter aux lois du marché. La fin du régime de prix garanti est inéluctable, sauf lobbying intense. honnête.

benoit 49 | 24 avril 2020 à 15h43
 
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Si la transition écologique passe à la trappe, la confiance en les institutions nationales et européennes sera à l'évidence une autre victime de cette crise...

Pégase | 24 avril 2020 à 16h07
 
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Songeons aussi à la nécessaire réforme de la PAC ,au service de l'agriculture chimique .
Quant au lobby éolien il se manifeste comme à l'ordinaire .

sirius | 24 avril 2020 à 16h28
 
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Cette crise pourrait bien nous offre un moment de vérité quant aux capacités de l'UE de réellement changer de cap. Moment fort intéressant, bien que dramatique (comme toute crise grave).
A nos décideurs européens d'être à la hauteur des enjeux structurels et non uniquement conjoncturels. Et offrir enfin aux citoyens européens la qualité de vie à laquelle ils aspirent en plus grand nombre.

Pégase | 27 avril 2020 à 17h30
 
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@Sirius

Je partage tout à fait votre remarque sur la PAC.
Nous ne pouvons pas demander aux agriculteurs de changer de pratiques si tous leurs cadres réglementaires, financiers et de filière les incitent à continuer comme avant.

Je ne comprends toujours pas votre rejet épidermique de l'éolien en revanche.
Il est prouvé que cela produit, et beaucoup. Avec le solaire PV, l'hydro et la somme des autres énergies type méthanisation, le stockage, c'est un quart de la solution à terme. Avec des tarifs qui ont essuyé les plâtres du démarrage de la filière, certes, mais qui évoluent à la baisse. Comme pour le solaire. Comme l'hydro en son temps. Et pas comme le nucléaire, soit dit en passant.

On va renflouer des Vinci des Air France à coups de milliards, pour un gain environnemental au mieux nul, voire négatif. Tapez donc sur les vrais problèmes !

Après, que vous n'aimiez pas l'image des éoliennes, c'est votre droit et je peux comprendre, même si je ne partage pas. Au moins leur présence visible répond-elle concrètement à un vrai besoin.

Aussi, il me semble que l'éolien dans la continuité de tous vos commentaires, est bien la paille qui vous empêche de voir les autres poutres dans les yeux de la nature, sauf lorsque vous citez la PAC où je vous rejoins tout à fait.

krakatoe | 04 mai 2020 à 15h26
 
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Krakatoé, quand on a inventé les moulins à vent on a eu la même opposition qu'avec les éoliennes, si on allait tous chercher des bidons d'énergies au pied des éoliennes personne ne se plaindrait !
pour faire taire tout le monde il faudrait remplacer tous les poteaux à Haute tension (que plus personne ne voit d'ailleurs ...) par des éoliennes !

laurent | 05 mai 2020 à 12h09
 
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Les adeptes qui veulent rejouer le match, en revenant sur les mesures salutaires de respect de l’environnement qui ont déjà été prises, devraient voir plus loin que le bout de leur nez: nous avons franchi mondialement un seuil critique de dégradation de la planète par le développement irresponsable tous azimuts d'une économie décomplexée. La crise du covid 19 en est la conséquence directe. Or ce genre de crise va revenir à des horizons de plus en plus proches si nous ne changeons pas d'orientations.L'Etat, déjà exsangue, ne sera pas toujours là pour pallier au désastre, ni les banques d'ailleurs, ni les assurances.Que se passera t-il quand la proximité des crises fera que l'économie plongera définitivement ? Ces grands patrons obtus doivent envisager cette réalité; comment renfloueront -ils alors leurs entreprises? S'ils étaient vraiment intelligents , ils comprendraient qu'ils ne s'en sortiront pas sans un virage drastique vers l'économie viable du futur, qui passe par une remise à niveau des exigences environnementales tirées vers le haut et même le très haut , sinon les rats sombreront avec le navire. Or , une économie viable ne veut pas dire économie au rabais bien au contraire!

gaïa94 | 12 mai 2020 à 12h11
 
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