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Transition énergétique : Négawatt présente son scénario 2022 avec un peu d'avance

Contre-point des prochains scénarios de RTE, le nouveau scénario réalisé par Négawatt repose sur une baisse drastique de notre consommation énergétique et un appui presque total des énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Energie  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
Transition énergétique : Négawatt présente son scénario 2022 avec un peu d'avance
Actu-Environnement Le Mensuel N°419 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°419
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En amont de la parution de l'édition 2022 de son scénario quinquennal, le 26 octobre prochain, Négawatt, association d'experts indépendants, dévoile aujourd'hui la synthèse de son analyse prospective de transition énergétique. Ce scénario s'oriente vers deux cibles : la neutralité carbone en France (émissions « importées » incluses) en 2050, ainsi que la réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau européen d'ici à 2030. Il s'appuie également sur les 17 Objectifs de développement durable promus par les Nations unies qui proposent, selon l'association, « un socle pertinent pour considérer la diversité des enjeux sociaux, économiques et environnementaux autour des choix de transition énergétique ».

La sobriété reste le modus operandi

Parmi les choix, opérés par les experts de l'association dans l'élaboration de leur scénario pour 2050, figurent notamment une réduction drastique de la consommation énergétique et l'abandon des nouveaux projets de centrales nucléaires au profit d'un mix occupé presque à 100 % par des énergies renouvelables. Le scénario Négawatt 2022 s'inscrit ainsi en contre-point des propres scénarios de RTE, mandaté par le gouvernement, très attendus des professionnels de l'énergie et publiés le 25 octobre prochain.

Les travaux de RTE – dont les grandes lignes ont été survolées lors du Colloque national éolien, la semaine dernière à Paris – se basent, en effet, sur une augmentation de la consommation et sur le nucléaire, dans trois scénarios sur six. L'association Négawatt, quant à elle, privilégie comme toujours la sobriété et l'efficacité énergétique, avant la production à outrance. « Les limites planétaires vont nous imposer une sobriété dans nos modes de vie, déclarait déjà Yves Marignac, porte-parole de l'association, à l'occasion de ce même colloque. Il faut dimensionner les besoins et les services avant d'envisager le développement massif des énergies renouvelables, pour éviter de produire trop inutilement. »

96 % d'énergies renouvelables en 2050

Pour respecter l'objectif inscrit dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), le scénario Négawatt 2022 prône une division par deux de la consommation d'énergie finale en 2050, par rapport à aujourd'hui. Il cible même une division par trois de la consommation d'énergie primaire – détaillée plus bas. L'association mise ensuite, une fois cette sobriété mise en œuvre, sur un mix énergétique s'appuyant à 96 % sur des « ressources énergétiques renouvelables », multipliant leur production par trois. « Les 4 % d'énergies fossiles restantes sont uniquement destinés aux usages matières premières, (mais) les usages énergétiques sont couverts à 100 % par des sources renouvelables », précise l'association dans un communiqué.

Négawatt prévoit, plus exactement, d'atteindre 300 térawattheures (TWh) d'électricité produite par l'énergie éolienne en 2050 – en multipliant, notamment, par 2,1 le nombre de turbines à terre. Le solaire photovoltaïque produira, quant à lui, environ 160 TWh d'électricité et le biogaz 140 TWh. « En valorisant les excédents d'électricité renouvelable qui apparaissent dans le scénario à partir de 2030, le "power-to-gas" rend possible une augmentation des puissances installées d'éolien et de photovoltaïque, et contribue ainsi à la sécurité du système électrique, explique Négawatt. Outre l'avantage de pouvoir être stockés, le méthane et l'hydrogène renouvelables ainsi produits s'ajoutent au biogaz issu de la méthanisation pour répondre à de nombreux besoins : se déplacer, alimenter l'industrie, se chauffer, produire de l'électricité, etc. »

Concernant justement le biométhane, Négawatt envisage la généralisation de la valorisation des résidus de culture, des déjections animales, des biodéchets et des couverts de végétaux provenant de toutes les terres arables. En parallèle, « aucun des 56 réacteurs (nucléaires) actuellement en activité n'est prolongé au-delà d'une durée de fonctionnement de cinquante années, certains sont arrêtés dès quarante ans et aucun nouveau réacteur n'est mis en service » d'ici à 2050, étaye Négawatt, qualifiant, qui plus est, l'EPR de Flamanville « d'échec industriel majeur ».

Rénover les bâtiments et revoir la mobilité

 
Il faut dimensionner les besoins et les services avant d'envisager le développement massif des énergies renouvelables, pour éviter de produire trop inutilement  
Yves Marignac, porte-parole de Négawatt
 
Et pour que ce mix énergétique soit possible, il faut développer une politique de sobriété en parallèle. Les analystes de l'association comptent plus particulièrement sur une accélération de la rénovation énergétique des bâtiments et sur une évolution significative des modes de mobilité. Négawatt affiche, en effet, l'objectif de rénover la « quasi-totalité » du parc immobilier existant d'ici à 2050, en donnant la priorité aux logements de type F et G qualifiés de « passoires thermiques ». Pour cela, son scénario préconise, par exemple, de rendre progressivement systématique la rénovation des maisons individuelles à chaque changement de propriétaire ou de locataire, mais aussi de réorienter le financement de la rénovation vers les bâtiments basse consommation (BBC).

En matière de mobilité et de transport, Négawatt prévoit une évolution technologique contribuant à une baisse de 60 % de la consommation moyenne des voitures (et de 20 % pour les poids lourds) d'ici trente ans. La nature de la motorisation et des carburants nécessitera, elle aussi, de nets changements, voués à écarter toute trace d'essence ou de gazole :

- Composition du parc automobile en 2050 : 59 % de véhicules électriques, 37% de véhicules hybrides rechargeables électrique-GNV et 4 % de véhicules à hydrogène.

- Composition du parc poids lourds en 2050 : 74 % alimentés au gaz renouvelable, 14 % à l'hydrogène et 12 % à l'électricité.

Le scénario Négawatt 2022 entend, en outre, reporter la majorité des déplacements vers le vélo ou le ferroviaire, prescrivant l'abandon de tout nouveau projet routier ou aéroportuaire, d'interdire à terme la vente de véhicules à essence ou diesel « au plus tard en 2035 » et les vols intérieurs d'ici à 2050, ou encore d'instaurer une redevance kilométrique sur le fret routier reversée au financement du fret ferroviaire.

Le rôle des matières premières et de l'agroécologie

   
Évolution de la consommation énergétique et de l'utilisation des matières premières entre 2021 et 2050, selon le scénario Négawatt 2022. © Négawatt
 
   
Hormis le volet purement énergétique de ses travaux de prospection, l'association associe, cette année, à son scénario quinquennal deux autres volets analytiques : négaMat et Afterres 2050. Le premier prescrit l'évolution possible des consommations de matériaux et matières premières. Ainsi, en 2050, négaMat prévoit une réduction de la consommation de matières premières extraites située entre 76 % pour le fer et le sable et 95 % pour le cuivre (par rapport aux niveaux de 2014). En comparaison, la consommation de la bauxite (pour l'aluminium) augmentera de 5 % et du lithium (pour les batteries) de 54 %. Dans cette optique, Négawatt préconise, entre autres, d'augmenter la durée légale de garantie des équipements électroniques (pour forcer les fabricants à allonger leur durée de vie) ou de réglementer le volume des autres produits, notamment textiles, mis sur le marché. Le scénario fixe, en outre, un taux de recyclage des métaux à 95 % et du verre et des plastiques à 85 % d'ici à 2050.

Le volet Afterres 2050 – réalisé en collaboration avec l'association Solagro – est consacré, quant à lui, à la transition agroalimentaire. Il envisage une réduction de 50 % de la consommation de viande en 2050 ainsi qu'un doublement des élevages en pâturage (conjugué à une réduction équivalente des élevages intensifs) dès 2030. Dans l'hypothèse d'un renforcement de l'agroécologie, il compte également sur la constitution de suffisamment de puits de carbone naturels pour contribuer à diviser par trois les émissions de méthane (contre une division par neuf pour l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre).

Les bénéfices humains de la transition énergétique

Atteindre la neutralité carbone en 2050, par le truchement du scénario de l'association, s'accompagnerait également de bénéfices sur la santé et l'emploi. Vouée à réduire la pollution de l'air, la transition énergétique imaginée par Négawatt conduirait, d'une part, à éviter plus de 10 000 décès par an entre 2035 et 2050 et à augmenter de trois mois l'espérance de vie moyenne des Français. D'autre part, l'association l'estime capable de créer plus de 250 000 emplois dans le secteur de la rénovation des bâtiments (et jusqu'à 300 000 en 2040) ainsi que près de 90 000 dans celui des énergies renouvelables (voire 135 000 en 2040).

En somme, le scénario 2022 « (esquisse) un projet de société socialement juste et apaisée, respectant les limites physiques de la planète pour offrir à moyen et long termes des conditions de vie décentes à tous nos concitoyens et à leurs descendants, conclut Négawatt, qui présentera, le 26 octobre, des propositions concrètes, vouées à le réaliser, à destination des candidats à la prochaine élection présidentielle. Chaque dixième de degré compte : le temps d'agir est venu en orientant toutes nos politiques sur le chemin de la sobriété, de l'efficacité et des ressources renouvelables, tout en accompagnant les transformations et mutations nécessaires, y compris sur le plan social et économique. »

Réactions7 réactions à cet article

 

Négawatt devrait rajouter à son étude , l'impact positif de l'arrêt progressif des centrales nucléaires sur la consommation d'eau dont la ressource se fait rare .
Les centrales nucléaires utilisent 57 % de l'eau douce qui est pompée en France (source EDF).Certes cette eau est ensuite restituée , de la même façon que je rejette l'eau après ma douche , mais chez moi les effluents ne contiennent pas de tritium ni de cadmium,cuivre , phosphates , nitrates ...
De plus , Négawatt devrait faire le calcul , je l'ai fait , des rejets thermiques dus au faible rendement (30%) des centrales nucléaires:ils dépassent celui des voitures particulières.Je ne parle pas du CO2, je parle des rejets thermiques ,qui conduisent l'été à arrêter une partie des centrales pour éviter de trop faire monter la température des fleuves.

Darwin | 21 octobre 2021 à 10h06
 
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J'ai beau être favorable à l'idée d'une baisse de la consommation en général, énergétique en particulier, les propositions de Négawatt sont comme celles des acteurs écologistes en général, complètement surréalistes !
Une contradiction repose par exemple sur le biométhane et l'agroécologie quand "Négawatt envisage la généralisation de la valorisation des résidus de culture, des déjections animales, des biodéchets et des couverts de végétaux pour toutes les terres arables" : pensent-ils, ces écolos des villes, que la Nature les attende pour "valoriser" ces résidus, déjections et biodéchets ? Ont-ils déjà entendu parler de l'humus et de la matière organique des sols ? Leur stratégie transformera nos champs et nos prairies en steppes désertiques en 10 ou 20 ans !
Quant à ce sempiternel mantra sur le remplacement de la voiture par le vélo, voilà une idée de vieux célibataire urbain qui n'a pas à se déplacer pour aller travailler, faire ses courses ou emmener ses enfants à l'école, chez le médecin ou au sport !
Bref ! De bien beaux discours !

Avrilly27 | 21 octobre 2021 à 14h02
 
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« Les limites planétaires vont nous imposer une sobriété dans nos modes de vie.
Dans un pays petit, que 550000 km2 environ 70 millions d'habitants alors que l'équilibre jusqu'au début des années 60 était considéré de 45 millions, avec 400000 nouveaux entrants par an réussir ce projet est irréalisable, la France de 100 millions d'habitants rèvée par De Gaulle, encore plus par Giscard et la suite sera le Trafalgar de ces grandes idées bâties sur le sable de dirigeants incapables de fermer les frontières.

pemmore | 21 octobre 2021 à 17h46
 
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récemment actu-Environnement rappelait un article sur les camions roulant au gaz,
https://www.actu-environnement.com/ae/news/transport-routier-etude-montre-camions-gnl-pollue-plus-que-camion-diesel-38249.php4

La fameuse neutralité carbone sur le process de méthanisation est un leurre. Pour rappel sur le CO2 rejeté dans l'atmosphère, seul 29% revient au sol, 27% dans les océans et 44% reste dans l'atmosphère pendant des siècles. Alors dire que c'est neutre parce que les végétaux mis dans les méthaniseurs a déjà capté le CO2 c'est un peu limite, non??

AUCASOU | 22 octobre 2021 à 14h13
 
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@AUCASOU personne ne dit que le biométhane est neutre en carbone, il affiche d'ailleurs un poids carbone de 44g/kWh PCI dans la Base Carbone de l'ADEME.
Les intrants ne se limitent pas non plus aux végétaux, on parle ici de valoriser les biodéchets, les déjections animales et des végétaux.
Par contre, dans un autre registre, je suis tout à fait d'accord avec vous sur l'aberration de compter comme neutre le bois énergie (ou la biomasse de manière générale), compte tenu de ce que vous rappelez fort justement.

gwakos | 26 octobre 2021 à 11h17
 
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Serions d'accord pour dire que l'enjeu est de limiter le rechauffement et que le CO2 n'est qu'un parametre de mesure?
Le CO2 n'est que la conséquence de nos actions de "brûlis énergétique" qui consomme trop facilement des corps à fort stock d'énergie; alors que nous devrions apprendre à canaliser ces flux energétiques qui parcours gratuitement notre planète , ce qui abattrait le dogme de l'énergie réservée et profitable aux nantis mais changerait si drastiquement nos sociétés et notre rapport à la faune et la flore.
Alors evidemment centrer sur le CO2 est un biais cognitif pour ramener le nucléaire dans le débat et eviter de parler du réchauffement occasionné par des centrales qui occultent leur faible rendement et l'absence de maitrise long terme

ilgele63 | 26 octobre 2021 à 11h32
 
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On ne sait pas ce que demain sera fait,on couvre des milliers d'ha de panneaux solaires, une bonne idée en soi, mais va t'on résoudre le problème de stockage? moi je pense que oui.
Quand aux pertes de surfaces agricoles c'est peut être un faux problème visiblement certains panneaux ne piquent que 30% de la lumière ce qui permet la culture en serres de type hydroponique ou autres.

pemmore | 26 octobre 2021 à 15h30
 
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