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Transition énergétique : l'Iddri pointe les incohérences de la programmation énergétique française

La programmation de l'énergie masque les enjeux de la transition énergétique plutôt que d'y répondre. Si les questions politiques ne sont pas tranchées d'ici 2023, le calendrier de la transition énergétique sera probablement compromis.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Transition énergétique : l'Iddri pointe les incohérences de la programmation énergétique française

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) part de la situation actuelle sans poser réellement les enjeux associés à la transition énergétique. "Elle pose un énorme souci de mise en cohérence de la réduction de la part du nucléaire et du développement des renouvelables", explique Michel Colombier. Faute de poser correctement les enjeux, la France n'a pas de vision des marges de manœuvre dont elle dispose pour piloter sa politique énergétique. "Il faut faire des choix", alerte le directeur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Il appelle à une "planification volontariste". Par ailleurs, l'Iddri regrette que la PPE ne retienne qu'un scénario de stabilité de la demande électrique, alors que l'objectif français de division par deux de la consommation énergétique d'ici 2050 est parmi les plus ambitieux au monde.

Pour appuyer ce discours, l'Institut a publié, mardi 28 février, deux études qui soulignent les incohérences de la PPE et les questions auxquelles doit répondre la politique énergétique hexagonale. La première étude est un travail exploratoire qui identifie "les enjeux qui émergent, quels que soient les choix politiques". La seconde se focalise sur les enjeux associés à la demande électrique française.

Trancher la question nucléaire

Bien sûr, la question du devenir du parc nucléaire français figure en bonne place dans les travaux de l'Iddri. L'Institut ne cherche pas à savoir s'il faut continuer ou pas la politique nucléaire française, mais il veut plutôt attirer l'attention sur les enjeux des années à venir. Le premier est technique : il est essentiel de savoir au plus vite si la prolongation de vie des réacteurs est possible. La réponse est délicate, car le retour d'expérience sur le vieillissement des installations est faible. L'enjeu est aussi économique. Quel sera le coût réel du grand carénage ? Surtout quel sera le coût de production des réacteurs prolongés ? La réponse dépend de la durée de la prolongation (10 ou 20 ans), du facteur de charge (qui devrait reculer si la demande électrique baisse) et du potentiel de vente de l'électricité excédentaire sur le marché européen (quels seront les besoins de nos voisins ? quel sera le prix de marché ?). Enfin, le futur du nucléaire dépendra aussi de l'atteinte, ou non, des objectifs fixés pour les renouvelables, du devenir du parc thermique français et des possibilités d'effacement de consommation.

En refusant d'aborder de front ces questions, il est probable que la France soit contrainte de reporter dans le temps ses objectifs de transition énergétique, alerte l'Iddri. En effet, le premier scénario étudié, qui s'appuie sur les hypothèses basses de la PPE en matière de développement des renouvelables et de réduction de la part du nucléaire à l'horizon 2023, aboutit à une situation insoluble. Pour respecter la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production électrique en 2025, il faudra réduire la production nucléaire de 112 térawattheures en deux ans, c'est-à-dire fermer près de 20 réacteurs. Cela implique une évolution du parc de production français peu réaliste, quand bien même les pouvoirs publics décideraient d'accélérer le déploiement des renouvelables sur ces deux années. D'où l'importance de réfléchir dès à présent aux enjeux de la transition, notamment en terme de consommation.

Penser la structure de la demande électrique

A court terme, la demande électrique est relativement stable, mais à long terme elle peut varier sensiblement car sa structure évolue, met en garde Nicolas Berghmans. "Trop souvent, déplore le chercheur de l'Iddri, la demande est considérée comme une question liée aux conditions économiques". Cette vision est fausse. Cinq facteurs l'impacteront à long terme. Le premier est l'évolution de la pointe électrique hivernale qui est le premier critère de dimensionnement du parc de production. Grâce à l'efficacité énergétique, on observe aujourd'hui une stabilisation de la pointe, mais le long terme est incertain. Il dépend notamment des choix qui seront faits pour le chauffage des bâtiments et l'intégration des véhicules électriques.

Les choix de rénovation énergétique des bâtiments seront déterminants. Deux aspects sont à considérer : la qualité de l'isolation thermique des bâtiments et le choix du vecteur énergétique retenu pour les besoins de chauffage résiduels. Si la rénovation n'est pas ambitieuse et si les pompes à chaleur (PAC) sont privilégiées, la demande électrique et la pointe de consommation pourraient augmenter. Aujourd'hui, la rénovation des bâtiments affiche des "résultats médiocres", juge Nicolas Berghmans, estimant que "les résultats ne sont pas au niveau des ambitions" affichées en matière de baisse de consommation énergétique. S'agissant de l'intégration des véhicules électriques, le point clé est la recharge des batteries. La période de recharge "naturelle" est le soir, lorsque les propriétaires rentrent chez eux. Selon le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité RTE, un parc de 4 millions de voitures électriques peut entrainer une demande de 4 gigawatts, un niveau important lors des pointes de consommation. Les dispositifs de report de charge et le choix des véhicules (100% électrique ou hybride rechargeable) détermineront les besoins futurs.

Les dispositifs de pilotage de la demande constituent un dernier enjeu. Le concept est ancien, mais de nouvelles questions se posent. L'une des principales est celle de son potentiel : Est-il pertinent d'investir massivement dans l'effacement diffus chez les particuliers alors que l'efficacité énergétique des équipements domestiques réduit le potentiel de gain ? Ne doit-on pas privilégier l'effacement chez les énergo-intensifs ? Enfin, la décentralisation du système électrique pose la question du devenir des réseaux. Elle se pose surtout pour le réseau de transport qui pourrait devenir une "assurance" face aux déficits ponctuels des réseaux de distribution plus autonomes. RTE serait alors moins sollicité, mais à des niveaux aussi élevés qu'actuellement.

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