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Transition énergétique : un observatoire pour vérifier l'atteinte des objectifs

Les principaux acteurs de la transition énergétique se sont réunis pour créer un observatoire indépendant et neutre qui évaluera l'atteinte des objectifs climatiques et énergétiques français. Les premiers résultats confirment le retard pris.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Ce jeudi 13 septembre, les principaux acteurs de la transition énergétique ont présenté un Observatoire climat-énergie qui propose "un état des lieux partagé sur le climat et l'énergie" basé sur les objectifs règlementaires fixés par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Il doit "permettre un débat éclairé" sur la politique énergétique et climatique française.

Cet observatoire est une initiative du Cler et du Réseau Action Climat (RAC). Pour autant, il n'est pas partisan : "Dans un souci de neutralité de l'information, cet outil se limite à ne présenter que des écarts par rapport à des objectifs." Les indicateurs retenus ont été sélectionnés par un comité de pilotage qui réunit des entreprises, avec Entreprises pour l'environnement (EpE), des experts, avec l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), et les pouvoirs publics, avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Qui assure le suivi des objectifs ?

"Nous nous sommes fixé de beaux objectifs, sans se donner les moyens de les atteindre", constate le député LREM Matthieu Orphelin, qui estime que "la plupart des hommes politiques n'ont pas conscience de l'écart entre l'action mise en œuvre et ce qu'il faudrait effectivement faire". Il est donc nécessaire de mesurer et présenter clairement ces écarts pour "rester connecté" à la réalité. C'est le premier objectif de l'Observatoire : rendre accessible tout une série de chiffres relatifs à la transition énergétique. Ces données, qui proviennent de sources officielles, telles que les services du ministère de la Transition écologique ou RTE, sont souvent difficiles à trouver pour les non-initiés.

Les chiffres sont ensuite comparés aux différents indicateurs de la SNBC et de la PPE. L'Observatoire a retenu neuf grands indicateurs assortis de sous-indicateurs complémentaires. Afin d'assurer la neutralité de l'analyse les données ne sont pas commentées. Les résultats médiocres, voire mauvais, parlent d'eux-mêmes. Ils doivent attirer l'attention des décideurs, car ils montrent que "les prochaines PPE et SNBC partiront de plus haut, pour viser des objectifs plus bas", alerte Claire Tutenuit, déléguée générale d'EpE.

Outre l'information du public, l'Observatoire doit aussi ouvrir un débat sur le suivi des textes règlementaires qui fixent les objectifs nationaux de la transition énergétique. Qui contrôle le respect de la règlementation ? Cela pourrait être l'Etat, un comité d'expert ou le Parlement, explique Andreas Rudinger, chercheur à l'Iddri. Matthieu Orphelin aimerait que le Parlement "produise un peu moins de textes législatifs et fasse plus de contrôles". Mais ce n'est pas simple : l'Assemblée s'engage dans cette voie, mais "on ne change pas du jour au lendemain". Surtout, "le gouvernement n'est pas du tout content"

Les retards s'accumulent

Les premiers résultats de l'Observatoire ne surprendront pas les experts énergie et climat : trois ans après l'adoption de la loi de transition énergétique, la France n'a pas ou peu progressé. Elle a même parfois régressé. Sur les neuf principaux indicateurs, un seul est dans le vert : les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur industriel sont inférieures de 0,8% au plafond fixé par le budget carbone français. Pour le reste, tous les plafonds d'émissions de CO2 inscrits dans la SNBC sont dépassés en 2017 : le plafond d'émissions de GES nationales est dépassé de 6,7%, celui de l'agriculture de 3,2%, celui du transport de 10,6% et celui du bâtiment de 22,7%...

Le constat est similaire pour les objectifs de la PPE. L'Observatoire a appliqué une modélisation linéaire pour décliner annuellement les objectifs à 2018, 2023, 2025 ou encore 2030. Là aussi, la France ne tient pas le rythme qu'elle devrait suivre pour atteindre ses objectifs. En 2017, la consommation d'énergie s'écarte de 4,2% de la trajectoire menant à l'objectif de baisse de 7% entre 2012 et 2018 et la consommation d'énergie fossile dépasse de 4,5% le point de passage pour atteindre une baisse de 30% entre 2012 et 2030. Le retard par rapport au chemin menant à 23% d'énergies renouvelables en 2020 était de 12,8% en 2016. Reste le nucléaire qui, lui non plus, ne suit pas la trajectoire menant à une réduction de sa part dans le mix électrique français à 50% d'ici 2025, même si l'approche linéaire n'est pas forcément la plus pertinente pour suivre cet objectif.

Réactions10 réactions à cet article

 

Peut-être eut-il fallu préciser que le député LREM Matthieu Orphelin - quelle drôle d'idée !!!! - a d'autant plus ses entrées à l'ADEME qu'il en est "sorti" en juin 2017 ;-)

C'était le patron du département Déchets après Daniel Beguin et avant Marc Cheverry

Sagecol | 14 septembre 2018 à 09h47
 
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C'est vrai que ça manquait: un observatoire ! Alors que l'ADEME avec son millier de salariés est incapable d'observer. Cela en dit long sur cette agence blindée d'incompétence et de petits politicards verts en échec électoral...

Albatros | 14 septembre 2018 à 12h42
 
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"Nous nous sommes fixé de beaux objectifs, sans se donner les moyens de les atteindre" : c'est au moins l'oeuvre d'un cabinet d'énarques (certes aux ordres du politique) !
Cet observatoire est donc hélas très utile sur le principe et il le sera dans la pratique s'il arrive bien à fournir l'info. nécessaire pour redresser la barre. Car une fois de plus, on ne peut que déplorer que la France, au-delà des discours ciselés et ronflants, est une très mauvaise élève en matière de protection de l'environnement. La pesanteur de nos décideurs et rouages administratifs en la matière est sidérante. Qui sait, elle est peut être même un tant soit peu coupable.

Pégase | 18 septembre 2018 à 09h33
 
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Arrêtez donc avec les termes scolaires ! Cela ne fait rien avancer de prétendre que la France est "mauvaise élève" et de plus c'est souvent faux.
Le problème de la France, ce sont ses politiques velléitaires et infondées. Exemple:
En Europe, on doit saluer la sagesse de la Commission qui travaille à situer les données avant d’établir les objectifs. En témoigne la phrase « -Mesure du Gaspillage Alimentaire : une méthodologie commune devrait être établie d’ici fin mars 2019. A la suite de l’analyse de l’état des lieux européen, la Commission pourra fixer des objectifs de réduction pour 2030. »
En France, comme on a les meilleurs fonctionnaires du monde, on est plus forts car on décide de diviser par deux un chiffre que l’on ne connaît pas… Et en 2025 ! On est les meilleurs d’Europe (dans la velléité).
Si on sait déjà le résultat, l’ADEME n’a plus qu’à remplir des tableurs Excel préformatés… En effet, « Identifier les indicateurs permettant de montrer que les acteurs engagés répondent à l’objectif d’une réduction de 50% du GA d’ici 2025 » signifie que si par hasard, des indicateurs pertinents ne le permettaient pas, ils seraient exclus… ?!

Je réitère l'idée que l'ADEME, avec sa "force de frappe"- qui est aujourd'hui un coût - fasse ce boulot qui est sa raison d'être.

Albatros | 18 septembre 2018 à 11h25
 
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@ Albatros : se voiler la face en se cherchant quelques arbrisseaux afin de cacher la forêt ne fait rien avancer non plus. Les faits sont là : la France est régulièrement épinglée par Bruxelles pour ses manquements en matière de respect de ses engagements communautaire environnementaux (Natura 2000, qualité de l'air, gestion de la ressource en eau, etc.).
Mais si vous êtes allergique aux termes scolaires (tout comme à l'Ademe visiblement), je peux faire dans la métaphore médicale si vous préférez : casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la fièvre ! Et ça, c'est une pratique courante chez nous, en France.

Pégase | 18 septembre 2018 à 13h06
 
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@ Pégase
Il serait bon d'utiliser le même thermomètre partout en UE et c'est bien loin d'être le cas. Dans quasiment tous les domaines environnementaux (déchets, taux de recyclages, qualité de l'eau, gaspillages, ENR,...), les "métriques" français de départ ne sont pas les mêmes que ceux de nos voisins et amis (D, NL, UK, PL, IT...).
Il faut parcourir l'Europe pour une analyse de ces données et construire une unité de mesure commune avant de parler performances (et l'Ademe ne l'a jamais fait malgré ses 1000 salariés)

Albatros | 18 septembre 2018 à 19h06
 
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Après avoir connu l'ANRED,un des géniteurs de l'ADEME j'ai eu professionnellement et je garde des reproches à faire à l'ADEME, mais je ne pense pas que les salariés glandouillent.

Ils se plaignent peut-être au contraire d'être débordés.

Sagecol | 19 septembre 2018 à 15h57
 
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En tout cas, ils n'observent pas... 1000 personnes, nom d'un chien, on devrait être bien meilleurs !
Respect à Sagecol. Moi je n'ai connu que l'ADEME et j'ai l'expérience de sacré Glandus sur un dossier très récent : perte du fichier, incompréhension...
Quant à leur feuille de chou autopromotionnelle, elle est dispensable, même sur papier recyclé...

Albatros | 19 septembre 2018 à 16h22
 
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Peu importe les métriques, étalons, barèmes, abaques, etc. dont les uns et les autres se servent pour mesurer leurs progrès : ceux-ci sont clairement insuffisants au regard des enjeux et de la réalité des faits. Bien sûr que l'ensemble des états membres est concerné. Mais la température du bain de la grenouille grimpe inexorablement. Donc soit elle se bouge les fesses et agit dans le sens de sa sauvegarde soit elle se laisse engourdir puis cuire bêtement.
Quant à l'Ademe, qui n'est en rien le sujet de l'article (sauf erreur de ma part), on peut passer à autre chose ?

Pégase | 19 septembre 2018 à 21h00
 
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Nous sommes au coeur du sujet mon cher Pégase : la légitimité de l'ADEME doit sauter aux yeux pour constituer l'observatoire en question car c'est la raison d'être de cette agence. 1000 personnes, bigre, ce n'est pas rien !
Doit-on déduire de vos propos qu'aucune mesure ne serait nécessaire et qu'il faut... quoi faire au juste ? Sans tenir compte de faits qui ont autant de réalité que votre constat...
Ne serait-ce pas confondre agitation et action ?

Albatros | 20 septembre 2018 à 14h54
 
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