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Les effluents vinicoles asphyxient les cours d'eau

En cette période de vendange, la filière viticole est pointée du doigt. Chargés en polluants, les effluents de caves sont accusés de perturber l'équilibre biologique des rivières, malgré les réglementations en vigueur.

Eau  |    |  Lauriane Rialhe Actu-Environnement.com
   
Les effluents vinicoles asphyxient les cours d'eau
   

Une "drôle" de pollution vient de faire son apparition dans les rivières des côtes viticoles. Huit zones de rejets ont été identifiés cette année dans le Beaujolais, le Mâconnais, la Côte chalonnaise et la Côte de Beaune. Chaque année en période de vendanges, les effluents vinicoles sont rejetés pendant les activités de pressurage, les opérations de soutirage et de clarification du vin. Interrogée par le journal de Saône-et-Loire, la fédération de pêche explique que les eaux de lavage du matériel (bennes, machines à vendanger…) se retrouvent soit directement dans les cours d'eau, soit dans les stations d'épuration, qui se retrouvent alors en surcharge, et donc inopérantes.

La pollution provenant des rejets vinicoles s'observe visuellement : les cours d'eau sont violets ou noirâtres, dégagent une forte odeur de vin et il s'y développe des colonies de bactéries du genre "Sphaerotilus", vulgairement appelées "queues d'agneau". Ces colonies consomment la matière organique rejetée mais surtout l'oxygène de l'eau. Totalement asphyxié, le milieu offre alors peu de chance de survie à la faune aquatique. Si leur but n'est pas d'accabler les viticulteurs et caves coopératives, les différents organismes de protection de l'eau s'indignent du peu d'aménagement prévu pour le traitement de ces déchets.

La réglementation en vigueur

La loi sur l'eau, le code rural, le code de santé publique et le règlement sanitaire départemental s'appliquent aux exploitations vinicoles. Les autres lois concernées sont celles relatives aux Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), mais la réglementation appliquée dépend de la capacité de production d'une exploitation : depuis 1997, le code de la santé publique impose le traitement des effluents non domestiques (vinicoles et viticoles) aux chais non soumis à la réglementation des ICPE (de moins de 500 hectolitres par an). Les chais produisant plus de 500 hl de vin par an ont été intégrés à la nomenclature des ICPE, mais sont encore classés en deux catégories.

La ressource en eau est gérée par les Agences de l'eau, établissements publics qui perçoivent des redevances et attribuent des subventions, mais la redevance payée par les producteurs d'effluents ne met pas à l'abri d'éventuelles sanctions pour pollution en cas de contrôle ou de plainte.

Les principaux critères pour évaluer la charge polluante des rejets de caves concernent les matières en suspension, les matières oxydables, les matières azotées, mais aussi la demande biochimique en oxygène (qui correspond à la quantité d'oxygène nécessaire, pendant 5 jours, aux micro-organismes dans l'eau pour oxyder une partie des matières carbonnées), et la demande chimique en oxygène (qui correspond à la quantité d'oxygène qu'il faut fournir grâce à des réactifs chimiques puissant pour oxyder les matières contenues dans l'effluent).

En Saône-et-Loire, en vue de limiter ce type de pollution, l'Agence de l'eau, le Conseil général et le Conseil régional ont d'ailleurs accordé des subventions aux exploitations afin d'aider au traitement de 95 % des effluents, à la remise à niveau de certaines aires collectives de lavage et au traitement de 50 % des effluents issus du lavage des machines à vendanger.

Comment diminuer la charge polluante des effluents vinicoles ?

Réduire la consommation d'eau est la première solution à la diminution de charge polluante des effluents vinicoles. Le volume d'eau nécessaire pour produire 1 hectolitre de vin varie selon les caves, de 30 à 250 litres. Selon la Chambre d'agriculture de Gironde, les mesures d'économie d'eau peuvent prendre plusieurs formes : éviter le gaspillage par un entretien régulier des canalisations, poser des pistolets d'arrêt automatique sur les tuyaux d'eau et optimiser les lavages en installant par exemple des minuteurs sur les rince-fûts ainsi qu'en réalisant un pré-nettoyage à sec permettant d'éliminer le maximum de particules solides.

Pour diminuer le volume de polluants des effluents, l'Institut français de la vigne et du vin propose aussi de récupérer les sous-produits, bourbes et lies très chargés en matières organiques et valorisables en distillerie. Les résidus comme le jus de détartrage à la soude peuvent être recyclés par les entreprises spécialisées, et le dégrillage permet aussi d'éliminer les éléments grossiers et les corps étrangers, un opération qui peut aussi être réalisée dans un bac de décantation.

Selon la Chambre d'agriculture de Gironde, la charge polluante du moût ou du vin est d'environ vingt fois supérieure à celle des effluents.

Traitement et épuration des effluents vinicoles

La mise en œuvre d'un système de traitement représente généralement un lourd investissement. Il existe différentes possibilités parmi lesquelles il est souvent difficile pour les viticulteurs de choisir. Dans la mesure où elles sont reconnues par l'Agence de l'eau, elles permettent toutes de satisfaire aux normes de rejet imposées par la réglementation.

L'épandage, un procédé rustique utilisé par de nombreux viticulteurs et qui comprend diverses contraintes réglementaires (LIEN), consiste à dégrader la matière organique des effluents avec l'aide du sol et des plantes. Le stockage aéré favorise, lui, le développement de micro-organismes qui vont dégrader progressivement la pollution soluble. Parmi les autres procédés proposés par l'Institut français de la vigne et du vin : les boues activées, les traitements anaérobies par méthanisation, l'évaporation naturelle et forcée, le lit de sable, le lit planté, le filtre gravillonnaire à recirculation, le support de compost, ou l'épandage sur taillis à très courte rotation. Autant de techniques qui permettraient de répondre, de manière collective ou individuelle, aux besoins de pratiquement toutes les exploitations vinicoles, selon les différentes Chambres d'agriculture.

Réactions3 réactions à cet article

 

Moralité : en toutes circonstances, ne jamais mettre de l'eau dans son vin !

Bacchus | 15 septembre 2011 à 14h48
 
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Les exploitations viticoles sont classées en tant qu'ICPE. De plus, un système de récupération des eaux de lavages (machine à vendanger, pressoir, appareil de traitement, ...) doit être installé.

mr dron | 15 septembre 2011 à 15h20
 
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Mr dron ce que vous écrivez est faux !

Toutes les exploitations ne sont pas classées en ICPE, loin de là, cela dépend de leur production moyenne annuelle comme précisé dans l'article.
Pour ce qui est du système de récupération, je ne suis pas certain qu'il soit obligatoire. De plus, après avoir récupéré, il faut traiter et c'est là que les problèmes se posent il me semble...

x | 12 octobre 2011 à 20h09
 
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