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Méthanisation agricole : la filière se penche sur les critères de durabilité

Comment allier développement de la méthanisation agricole, transition agro-écologique et projets de territoires ? Les acteurs de la filière ont planché sur des critères de durabilité. Une attention forte est portée aux cultures intermédiaires.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Méthanisation agricole : la filière se penche sur les critères de durabilité

Selon la loi de transition énergétique, la production de gaz renouvelable devra couvrir, en 2030, 10 % de la consommation de gaz. La méthanisation agricole devrait fournir un tiers de ces besoins, en s'appuyant notamment sur les cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE). Dans ce contexte, le WWF France et GRDF ont réunis les acteurs de la filière pour définir les conditions de durabilité du développement de la méthanisation agricole.

« Les demandes pour la construction de nouveaux projets sont en forte croissance. (...) Le modèle de méthanisation agricole avec injection cohabite ainsi progressivement avec le modèle historique de l'unité de méthanisation avec cogénération adossée à l'élevage », notent-ils. Or, la montée en puissance des installations ayant recours aux CIVE, « associée à des contraintes de coûts de production excessives, pourrait occulter les intérêts agronomiques liés à l'introduction de la méthanisation dans les systèmes agricoles ».

La durabilité de la filière passera donc par la mise en œuvre de pratiques agro-écologiques à l'échelle de la parcelle et de l'exploitation, et par l'intégration territoriale des projets de méthanisation.

Cultiver des CIVE dans les bonnes conditions

Les cultures intermédiaires, en venant s'insérer entre deux périodes de cultures principales (interculture), peuvent apporter de nombreux services agro-écosystémiques : amélioration de la structure du sol, lutte contre l'érosion, recyclage des éléments minéraux, stockage de carbone, maintien de la biodiversité associée, gestion des adventices…

Pour les cultures intermédiaires à vocation énergétique, l'objectif est double : assurer ces services agronomiques et produire de la biomasse pour la méthanisation. « L'objectif est de produire trois cultures en deux ans, avec deux cultures alimentaires et une interculture pour la méthanisation », détaille le document.

Dans ce cadre, les services agro-écosystémiques peuvent être « maintenus voire maximisés à condition de s'adapter aux conditions pédoclimatiques locales », estiment les acteurs. Il faut faire attention à l'espèce et à la variété choisies, et à l'itinéraire technique en fonction des conditions pédoclimatiques du territoire. Le retour au sol des digestats de méthanisation, en substitution des engrais minéraux, est essentiel, à condition de veiller à la qualité de leur stockage ainsi qu'aux qualités agronomiques et sanitaires des matières retournant au sol.

 
Les cultures intermédiaires, en venant s'insérer entre deux périodes de cultures principales (interculture), peuvent apporter de nombreux services agro-écosystémiques.  
 
« Des travaux de recherche et des expérimentations complémentaires sont en cours ou à mener pour garantir la compatibilité totale de ces pratiques avec la transition agro-écologique », concluent les acteurs, qui estiment nécessaires les partages de bonnes pratiques et une montée en compétences de la filière sur ce sujet.

Intégrer les projets dans les territoires

« Si la pratique des CIVE permet de renforcer les liens entre acteurs agricoles au sein d'un territoire, l'exportation de leur biomasse à des fins énergétiques ne doit toutefois pas concurrencer les usages de la biomasse préexistants, telle que l'alimentation animale lorsque l'interculture était dédiée à la production de cultures dérobées notamment », précise le rapport. Les CIVE ne doivent pas non plus concurrencer la production alimentaire et décaler les cultures principales.

Pour éviter les tensions et favoriser l'acceptabilité des projets de méthanisation, le dialogue entre les différents acteurs est essentiel, notent les acteurs. « Les retours d'expérience démontrent que les coopérations autour du projet entre acteurs territoriaux sont à favoriser, et les possibilités sont multiples : mutualisation d'ingénierie, de flux de biomasse / déchets ou encore de ressources financières ». La mise en place de cette gouvernance locale « ne peut s'envisager sans la participation des riverains de l'exploitation agricole et des citoyens du territoire », estiment-ils également.

Réactions9 réactions à cet article

 

Je me répète

Quand plus de gens auront compris que la viande et les produits laitiers ce n'est pas recommandable déjà pour soi, mais aussi pour les petits paysans voisins de la forêt amazonienne.

Et quand en plus les fanes de radis et de carottes ou les trognons de choux-fleurs - bio évidemment - seront utilisés pour améliorer la qualité nutritive de la soupe.

Alors il faudra veiller à ne pas surdimensionner ces "usines à gaz" nécessitant au minimum des passages de polluants camions.

A moins et encore que par drones ..... ou par dirigeables ..... on regroupe toute la production non exploitable plus intelligemment du département :-)))

Sagecol | 24 mars 2020 à 10h26
 
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Bonjour Sagecol

La méthanisation agricole à l'echelle communale, en plus de la production de gaz renouvelable et la réduction des emissions de méthane est un levier pertinent pour assurer une fertilisation organique de qualité, un traitement local des biodechets, une baisse de produits phytosaniyaires...un atout pour ameliorer les pratiques agricoles. Je vous invite à vous rendre sur des unités de méthanisation agricole pour voir et échanger avec des agriculteurs équipés depuis plusieurs années de ce type d'unité.
Cependant une attention particulière doit etre portée sur par exemple : des transports limités dans un rayon de 10-15km , une non concurrence avec l'alimentation humaine et animale, un financement des ces productions d'énergies vertes par les acteurs locaux...

Thomas17 | 24 mars 2020 à 11h47
 
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Votre commentaire parle du passé et du présent.

Mais quel est votre point de vue sur l'approvisionnement du futur ?

A fortiori une fois qu'on aura enfoui comme compost en perma-jardinage ou en permamaraîchage une partie (?) de ce qui restera à gérer ?

Sagecol | 24 mars 2020 à 14h40
 
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A travers ma connaissance approfondie des dossiers de méthanisation dans le LOT 46 , les riverains et citoyens ont été souvent oubliés quand il s’agit de méthanisation agricole.
Ce n’est pas le principe de la méthanisation qui est en cause mais la méthanisation profit, à n’importe quel prix, qui ne se préoccupe pas des sols, de l’eau qui est chez nous d’origine souterraine et polluée par les nitrates, les germes pathogènes (en 2019-2020, Cahors est restée sans eau potable pendant 3 semaines) , pesticides, perturbateurs endocriniens … puisque nous n’avons pas de filtration .
Dans le LOT, pays à 80% KARSTIQUE sans sols et 20% de sols hydromorphes avec ZONES HUMIDES, épandre du digestat liquide est la pire des solutions.
Les sols pauvres qui occupent une grande partie du territoire sont des lieux de pacage et non de CIVE. Quant aux hectares « cultivables »ils doivent être préservés et enrichis en matière organique ce qui n’est pas le cas avec des effluents liquides (lisiers et digestats) qui iront dans l’eau du robinet.
Nous assistons à la multiplication d’élevages INDUSTRIELS pour justifier les méthaniseurs. A quand les CIVE au lieu de l’alimentation animale pour alimenter en méthanogène les digesteurs ? Tous sont en cogénération : certains ne récupèrent même pas la chaleur, participant ainsi au réchauffement climatique ! Un autre « optimise » son BIOGAZ en important 30% de GNL !

LILI | 25 mars 2020 à 15h03
 
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@ Thomas17 : la première installation de méthanisation dont j'ai eu connaissance (quelque part en France) a été montée il y a un vingtaine d'années par un élevage industriel porcin sur caillebotis pour en valoriser le lisier. J'ai alors eu l'occasion de discuter avec l'un des associés et n'ai pas détecté dans ses propos une quelconque préoccupation environnementale...
@ LILI : "Nous assistons à la multiplication d’élevages INDUSTRIELS pour justifier les méthaniseurs" : vous mettez très exactement le doigt sur le fond du problème !
Idem avec les algues vertes échouées sur les côtes bretonnes (notamment) : en autorisant leur ramassage pour méthanisation, l'Etat continue à cautionner le système d'élevage hyper intensif breton, le pérennisant alors que la population, les pêcheurs et les acteurs du tourisme n'en peuvent plus. Encore une fois, une petite minorité très organisée et influente est en capacité de mettre à mal l'intérêt de la grande majorité.
Mais chuuut !, je fais certainement là de l'odieux agribashing et risque ainsi d'avoir maille à partir avec la milice Demeter...

Pégase | 26 mars 2020 à 11h32
 
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Bonjour Pégase

Ça vous poserez un gros problème de ne pas céder à la dictature anglophone et de parler d'

AGRI-DENIGREMENT
;-))))))))


.

Sagecol | 26 mars 2020 à 11h59
 
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Bonjour Sagecol,
vous avez parfaitement raison : mea culpa donc ! Mais pour ma défense, c'est ce terme qui revient en boucle dans les déclarations des ministres de l'Intérieur et de l'agriculture si bienveillants envers ces agri-managers, pardon !, ces gros bonnets de l'agriculture intensive (c'est quand même nettement plus long en français ;-))

Pégase | 26 mars 2020 à 12h21
 
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Qu'elle soit à la ferme ou industrielle , la méthanisation doit être ADAPTÉE aux sols , à l'EAU , et au contexte social dans lequel ,elle s'installe.

Dans le LOT, la société ANDROS ( confitures et plus) a 4 méthaniseurs sur site avec 1400 employés, qui utilisent 950 000 tonnes de déchets par an ( pas 50 000 T) . Il en ressort 1440 tonnes de "boues" solides non odorantes (pas 45 000 T) qui seront épandues sur 405 hectares ( pas 4 500 ha) par 12 agriculteurs dont la moitié sont en régime "MAEC" d'où la moitié dose par hectare.
( entre parenthèses, le méthaniseur de GRAMAT)

Pourquoi , tous les méthaniseurs lotois ne sont-ils pas sur ce modèle plutôt que produire du digestat BRUT LIQUIDE toxique pour notre EAU et très probablement pour nos sols ?

LILI | 26 mars 2020 à 14h28
 
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Utiliser des CIVEs comme cultures énergétiques est une aberration, qui va de paire avec la méthanisation qui sort de la valorisation des déchets vrais. Aucune vertueux dans ces développement qui vont dans l mur, avec les agriculteurs qui les soutiennent. Comment faire pousser des cives en hiver ? ou en été en temps limité entre deux cultures ? Réponses: engrais à outrance et empiètement sur les cultures vivrières. La méthanisation à ce niveau représente pollutions eaux-terres-air, pour un gain énergétique pitoyable.
Le CSNM
https://twitter.com/CSNM9
cmvm.fr

Daniel | 26 mars 2020 à 16h58
 
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