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Entreprises et ONG : des relations parfois ambiguës

Si elles inspirent le plus souvent la confiance, certaines ONG collaborent avec les entreprises pour les inciter à réduire leurs impacts. Se pose alors la question de l'indépendance vis-à-vis de leurs donateurs. A fortiori en temps de crise !

Gouvernance  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
   
Entreprises et ONG : des relations parfois ambiguës
   
Alors que de plus en plus d'entreprises misent sur la responsabilité sociale (RSE) pour ''verdir'' leur image, certaines organisations non gouvernementales (ONG) nouent des partenariats avec les sociétés pour les accompagner dans une démarche de réduction de leur empreinte écologique.

C'est le cas par exemple du WWF qui a d'ailleurs commandé un sondage à l'Ifop1 pour évaluer le jugement des Français sur les partenariats ONG / entreprises. Publiés le 13 mai, les résultats du sondage montrent que 92% des Français jugent ces partenariats ''légitimes'', 44% les estimant même ''tout à fait légitimes''. 78% des Français jugent que la politique de partenariat est une méthode ''efficace'' pour inciter les entreprises à réduire leurs impacts sur l'environnement. Ils montrent également une préférence pour une logique de partenariat sur le long terme entre associations écologistes et entreprises privées (78%), au détriment d'autres pratiques, notamment l'appel au boycott (55%) ou la réparation des dégâts environnementaux grâce à la collecte de dons auprès des entreprises (47%). Un résultat qui semble donc conforter la stratégie adoptée par le WWF, engagé depuis plus de 11 ans dans une relation partenariale avec le secteur privé et qui servira de toute évidence à renforcer le discours de l'ONG vis-à-vis de ses interlocuteurs Entreprises pour conclure de nouveaux partenariats.

Les ONG indépendantes ?

Car pour le WWF, le monde de l'entreprise est à la fois au coeur des enjeux environnementaux et porteur de solutions. Son capital humain, financier et sa réactivité peuvent lui permettre de modifier rapidement ses pratiques et contribuer à la réduction de l'empreinte écologique.
Néanmoins, le risque de perte d'indépendance est non nul. Il est d'ailleurs appréhendé par 63% des sondés. Ils sont même 49% des personnes interrogées à penser que les partenariats entre entreprises et associations environnementales ''ne sont pas crédibles'' et dénoncent ''une stratégie de communication''. Si les actions de terrain de l'organisation ont bonne presse auprès du grand public, la politique du WWF peut donc parfois être jugée ambiguë ou contestable dans ses relations avec les entreprises qui alimenteraient un quart du budget de l'organisation. Rappelons que la problématique de financement des associations de protection de l'Environnement par des entreprises revient régulièrement sur la table. La Fondation Nicolas Hulot est par exemple régulièrement taxée, y compris par ses paires, d'adopter une position conciliante vis-à-vis du nucléaire du fait qu'EDF compte parmi ses partenaires donateurs. Son fondateur, initiateur du Grenelle, a beau s'en défendre, le doute subsiste inlassablement.

La ''perte d'indépendance'' concerne donc le WWF International mais pas seulement si l'on en croit l'ouvrage ''Green Inc.''2, publié en septembre 2008 par la journaliste américaine Christine MacDonald et qui cite d'autres ONG environnementales telles que The Nature Conservancy, Conservation International et le Sierra Club. L'auteur dénonce les alliances douteuses avec les plus gros pollueurs - groupes pétroliers et miniers notamment - qui compteraient parmi les généreux donateurs de ces ONG.
L'auteur dénonce également le ''greenwashing'' (publicité utilisant de manière mensongère le message écologique) opéré par ces entreprises partenaires des ONG. Ces dernières leur permettraient de verdir leur image à peu de frais en associant leur logo. D'autant plus que les résultats d'une étude Ifop ''Green Label'', publiée en 2008, montrent que le consommateur percevrait le ''Panda'' du WWF comme un éco-label.

 
Une vraie exigence vis-à-vis des entreprises est nécessaire pour éviter le greenwashing par les partenaires  
WWF
 
Ce risque de dérive ne signifie pas non plus qu'il faille décrier la position du Panda qui précise que les secteurs du nucléaire, des produits pétroliers, de l'armement et du tabac sont exclus de sa politique partenariale. Les autres peuvent coopérer avec l'organisation selon des critères d'engagement de l'entreprise (RSE) et de transparence.
En France, le WWF a ainsi signé 13 partenariats stratégiques et plus de 40 partenariats ''produits'' avec des entreprises. Parmi les partenaires stratégiques figurent le groupe Laposte, Castorama, Carrefour ou encore Ikea qui s'est notamment engagé aux côtés de l'ONG à ne pas s'approvisionner en bois illégal.

Une vraie exigence vis-à-vis des entreprises est nécessaire pour éviter le greenwashing par les partenaires, a ainsi souligné le WWF-France qui a présenté le 13 mai sa politique partenariale, dans un contexte de crise économique. Dans l'édition du quotidien ''Le Monde'' du 21 avril 2009, les grandes associations environnementales à l'instar du WWF International craindraient de subir, à leur tour, les effets de la crise. Même nos plus fidèles partenaires privés hésitent à confirmer leur engagement pour l'an prochain, a déclaré au ''Monde'' Peter Dickinson, directeur financier de WWF-International. Pour les donateurs individuels, les prévisions sont plus difficiles, car il faut un certain temps entre le début d'une récession et le moment où les gens cessent de donner, a-t-il ajouté. D'après le quotidien, l'ONG prévoit une réduction de ses revenus de 3 % en 2009 et de 7 % en 2010.

Dans ce contexte mais aussi dans un souci de transparence et d'exigence envers le monde des entreprises, le WWF-France a annoncé le 13 mai dernier la publication en octobre prochain d'un rapport d'évaluation annuel des partenariats entreprises, réalisé en coopération avec le cabinet PriceWaterhouseCoopers, qui fera le bilan des progrès réalisés par ces mécènes.

Une impartialité réciproque ?

Car concernant la transparence de l'ONG évaluée par la Fondation d'entreprises Prometheus3, si les associations Réseau Action Climat (9/10), Sauvons le Climat (8/10) ou encore les Amis de la Terre (7/10) figurent parmi les bons élèves du dernier baromètre publié fin janvier, le WWF France (6/10), Agir pour l'environnement (6/10) ou Greenpeace France (5/10) peinent à récolter la moyenne.

L'évaluation réalisée en septembre et décembre 2008, portait sur la transparence financière (publication d'un budget, d'un bilan financier, d'un rapport moral) et la gouvernance (fonctionnement démocratique, publication des statuts, d'un organigramme ) de 90 ONG qui ont reçu des subventions de la Commission européenne et du Ministère des Affaires étrangères ou ont participé au Grenelle Environnement. Du côté des mauvais élèves figurent le MDRGF (2/10), la Criirad (1/10) ou encore France Nature Environnement (1/10). Si la Fédération d'associations a contesté la transparence et les objectifs poursuivis par cette Fondation composée de 11 grandes entreprises françaises dont Areva et Dassault Aviation, le doute est bel et bien jeté.

Rappelons que l'Article 43 du projet de loi Grenelle 1, adopté en 1ère lecture par l'Assemblée Nationale et le Sénat, stipule que les associations et fondations œuvrant pour l'environnement bénéficieront d'un régime nouveau de droits et obligations lorsqu'elles remplissent des critères, notamment de représentativité, de gouvernance, de transparence financière ainsi que de compétence et d'expertise dans leur domaine d'activité. Le projet de loi entend associer systématiquement ces parties prenantes dans les instances publiques ayant un rôle d'observation, de recherche et d'évaluation afin de développer une approche pluridisciplinaire des sujets. Certaines instances nationales pourraient ainsi être réformées.
Il semblerait donc que le consensus entre ONG, pouvoirs publics et entreprises, ne fasse que commencer. Pour le meilleur ?

Notes

1 - Étude Ifop réalisée du 21 au 23 avril 2009, à partir d’un échantillon de 1.012 personnes, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, niveau d’éducation). 2 - Christine MacDonald, ''Green, Inc.'', The Lyons Press, 2008, 266 p. 3 - La fondation d'entreprise Prometheus, créée par arrêté du 27 décembre 2005, est présidée par Bernard Carayon, député (UMP) du Tarn. Alstom, Areva, Dassault Aviation, EADS, GDF-Suez ou encore Sanofi Aventis sont membres du conseil d'administration de la fondation.

Réactions2 réactions à cet article

 
ATTENTION DANGER

LA DERNIERE TROUVAILLE DU POUVOIR ECONOMIQUE(PROMETHEUS), DONC POLITIQUE ,JETER LE DISCREDIT SUR LES ONG QUI PRENNENT UNE PLACE DE PLUS EN PLUS GRANDE DANS LE DEBAT PUBLIC (COMMENT UNE TELLE ORGANISATION :PROMETHEUS PEUT ELLE ETRE CREDIBLE)OU LES INTEGRER AU PROCESSUS INSTITUTIONNEL POUR MIEUX LES CONTROLER ?L'INDEPENDANCE VIS A VIS DE CES DEUX POUVOIR DOIT DONC RESTER UNE PRIORITE

LIONEL | 27 mai 2009 à 11h10
 
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Et le social dans tout cela ?

Si Ikea et carrefour lavent plus vert que vert, il n'en est pas de même pour les salariés de leurs soutraitants qui, outre des salaires et des conditions de travail indécents, se voient aussi refuser la possibilité de se syndiquer ( voir dernière pétition de Peuples solidaires) Alors à écologiquement correct, il faudrait aussi ajouter socialement correct !

AMS | 28 mai 2009 à 10h35
 
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