En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Le CGDD évalue la valeur économique totale des zones humides

Grâce à une étude mise en place dans un parc régional naturel, le CGDD a pu établir des méthodes et des valeurs de référence pour la valorisation des services rendus par les zones humides.

Biodiversité  |    |  Clément CyglerActu-Environnement.com

Menacées par les activités humaines, les zones humides - milieux riches mais fragiles - doivent être préservées. L'engagement n°112 du Grenelle de l'environnement a souligné cette nécessité en prévoyant ainsi l'acquisition d'ici 2015 de 20.000 hectares de zones humides par le Conservatoire du littoral et les Agences de l'eau. Dans ce contexte, le Commissariat général au développement durable (CGDD) a souhaité évaluer le bénéfice apporté par ce type d'écosystème. Il a donc mené une étude qui vise à déterminer la valeur économique des services rendus par les zones humides mais également le type de méthodologie pour y arriver. Le Parc naturel régional (PNR) des marais du Cotentin et du Bessin avec ses 49.000 hectares de zones humides a été choisi pour cette étude.

Premiers résultats et définition des services écosystémiques

 
Pourquoi une monétarisation ? Nombre de biens et de services environnementaux ne font pas l'objet d'échanges et donc n'ont pas de prix. Ce système de monétarisation qui s'inscrit dans la continuité des rapports Chevassus-au-Louis, Sukhdev et Stern peut ainsi paraître choquant pour certains. D'autres craignent que cette monétarisation ne soit qu'un préalable au développement de marchés sur des biens inestimables. Mais, selon Michèle Pappalardo, ancienne Commissaire générale au développement durable, cette technique d'analyse permet de mieux intégrer les enjeux environnementaux dans les décisions publiques et les choix privés. Une meilleure prise en compte de la valeur de l'environnement offrirait ainsi davantage de protection.
 
L'étude s'est appuyée sur méthodologie qui s'articule autour de trois étapes clés. La première a consisté à bien comprendre le fonctionnement et la dynamique des zones humides du PNR, en définissant des limites géographiques pertinentes, en identifiant les services fournis par ces zones et en caractérisant les usages dépendant des zones humides. L'estimation des valeurs monétaires des biens et des services écosystémiques du site a représenté la deuxième étape de ce travail. Enfin, la dernière phase a conduit à estimer la Valeur économique totale (VET) des zones humides par l'agrégation raisonnée des valeurs économiques individuelles obtenues pour chaque service.

Pour déterminer les différents types de services, l'étude s'est basée sur une classification développée par l'Evaluation des écosystèmes pour le Millénaire (MEA), qui offre une vision claire et exhaustive des avantages que les populations retirent des zones humides. Elle repose sur quatre grandes catégories : les services de production correspondant aux produits obtenus directement de l'écosystème (bois, énergies, eau douce, nourriture, ressources biochimiques…), les services de régulation obtenus à partir des processus de régulation naturelle (régulation de l'eau, purification de l'eau, maintien de la qualité de l'air, traitement des déchets, contrôle de l'érosion…), les services culturelles dont peuvent jouir la populations, et les services de soutien nécessaire à la production de tous les autres services.

Néanmoins, même si cette liste fournit des renseignements pertinents, le CGDD a dû réfléchir à une nouvelle structuration des services écosystémiques adaptée à son cadre d'enquête afin d'éviter les double-comptes et faciliter l'agrégation des valeurs entre elles. Par exemple, les services de purification de l'eau, de recharge des aquifères et de production d'eau douce se recoupent, les deux premiers permettant l'expression du dernier, ce qui pourrait générer des double-comptes. Cohérente avec les recommandations du Centre d'analyse stratégique (CAS) sur l'approche économique de la biodiversité, cette nouvelle structuration a permis de compléter l'analyse du PNR selon quatre dimensions : le potentiel naturel durable qui définit le potentiel maximum exploitable par l'homme, la prise en compte des nuisances traduites en termes de coûts, la dimension spatiale qui précise les bénéfices et nuisances en fonction de la zone géographique et de la population résidente, et les effets de seuils.

Plusieurs méthodes de monétarisation nécessaires

Interview de Bernard Rousseau / responsable politique du pôle eau de FNE
Interview de Bernard Rousseau / responsable politique du pôle eau de FNE
 
Pour traduire au mieux les biens et services des zones humides du PNR du Cotentin en valeurs monétaires, l'étude a intégré plusieurs méthodologies existantes comme celle des préférences. Ce système a permis de retenir la pertinente en fonction du type de service. Ainsi, la méthode fondée sur les coûts qui déduit la valeur d'une zone humide à partir des coûts engagés si cette dernière venait à disparaître, a été retenu pour la purification de l'eau. Autre exemple, la méthodologie de transferts de bénéfices a été utilisée pour définir de façon approximative le service de valeur éducative et scientifique des zones humides.

Outre ces méthodologies, le CGDD a souhaité également prendre en compte la valeur de non-usage des zones humides du PNR comme approche complémentaire. Cette valeur correspond au consentement à payer (CAP) par des individus pour préserver un bien qu'ils n'utilisent pas effectivement ou qui leur est impossible d'utiliser. Menée auprès de 800 personnes, une enquête sous forme de questionnaire a ainsi permis d'évaluer différemment la valeur de certains services. Pour ne pas trop complexifier cette enquête, trois services seulement (valeur esthétique et récréative, service de purification de l'eau et la biodiversité) ont été choisis. Pour ces trois paramètres, la valeur moyenne du CAP est d'environ 39 euros par habitant et par an. Ce montant correspond à des CAP de 9 euros pour la préservation d biodiversité, 15 euros pour la purification de l'eau et 15 euros également pour le paysage et l'accès au site. Ces données permettront de mieux caractériser la valeur économique de certains services et donc de valider les méthodologies testées en comparant ces différents résultats.

Grâce à ces différentes méthodes et approches, le CGDD a défini, pour les zones humides du PNR du Cotentin et du Bessin, une valeur comprise entre 117 à 218 millions d'euros par an. Rapportée à l'hectare et sans différenciation des types de zones humides présents (marais à vocation agricole, pré salé, tourbière…), la valeur moyenne est comprise entre 2.400 et 4.400 euros. Mais, le plus important est d'avoir réussi à évaluer les différents services des zones humides selon plusieurs méthodes et donc d'établir des valeurs de référence. Ces dernières pourront ensuite être intégrées à d'autres études ou dans des analyses coûts-bénéfices.

Le CGDD précise également que cette étude a mis en lumière la nécessité d'améliorer les interactions entre économistes, écologues, naturalistes ou encore hydrogéologues. Un approfondissement des outils d'identification et de quantification des biens et services rendus par les zones humides est également souhaité. Dernier point, il faudra vérifier la pertinence des méthodes d'agrégation utilisées à des échelles bien plus larges comme celle d'un district hydrographique, voire un pays en entier.

Réactions7 réactions à cet article

 

Est-ce qu'on peut interroger les animaux ?

pierre | 22 septembre 2011 à 09h35
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Eh bien voilà, encore une fois le CGDD et les agences de l'eau ont effectué une estimation des "services écosystémiques" en oubliant les espèces des zones humides. Estimation purement anthropocentriste qui ne reconnaît aucune des espèces animales ou végétales.

Voilà les 3 bases de cette évaluation :
- comprendre le fonctionnement et la dynamique des zones humides (les services de production, les services de régulation, les services culturelles et les services de soutien...)
Alors là je me pose une question : Mais où sont les espèces animales et végétales ???? N'est ce pas la base de toute zone humide. Et qui purifie l'eau, c'est votre sol plein de bitume ou de pesticide, ou bien les plantes et la nature du sol???
- l'estimation des valeurs monétaires des biens et des services écosystémiques (rapidement ce sont tous les services rendues par les zones humides, rien est lié avec les espèces des zones humides. Mais plus avec les chasseurs et agriculteurs...)
- détermination de la "Valeur économique totale (VET)" des zones humides. Et, personnellement j'aimerais bien savoir quels sont les critères pris en compte pour l'élaboration de lvotre matrice...

Enfin je rappellerais qu'il s'agit d'une évaluation de l'approche économique de la BIODIVERSITE.

Biodiversité = ensemble des écosystèmes, des populations, des espèces et du génome... Rien à voir avec la filiale bois et eau...
CAP de 9 euros pour la préservation de biodiversité. Le moins cher de tous bien sur!!!

Spanxer | 22 septembre 2011 à 11h17
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Ce qui est à craindre, c'est que cet argument "prix" ne se retourne contre ses promoteurs. Évaluer financièrement la nature, c'est aller au bout de la logique qui nous a conduits au bord du gouffre là même ou un changement de direction s'impose.

joe14 | 22 septembre 2011 à 11h19
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Valoriser les services écosystémiques, c'est mesurer leur efficacité et ensuite leur accorder une valeur économique. Le problème c'est qu'aujourd'hui ces écosystèmes sont déjà dégradés et que la mesure de leur efficacité rend des valeurs faibles et par conséquent des valorisations faibles. Il faudrait pouvoir évaluer cette efficacité dans un état initial non dégradé des écosystèmes. Est-ce possible?

Ecocrate | 23 septembre 2011 à 10h52
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Quelle est la valeur économique, en termes de services écosystémiques rendus, d'un humain vivant dans une zone humide?

mixx | 23 septembre 2011 à 14h19
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Entrer la nature - et de manière tronquée et sous-estimée, de plus - dans une logique comptable, cela relève d'un type d'économisme dont les limites sont aujourd'hui bien connues et qui nous mène dans le mur. Cela ne peut servir qu' à justifier d'avance des choix qui seront faits sans modifier aucunement la grille de lecture actuelle du capitalisme financier. Dans tout cela, quid du "don", de la" beauté", d'un respect du vivant qui git au fond des coeurs et n'est évidemment absolument pas mesurable ? Cela aboutira évidemment à dire par exemple: "ah...ce biotope vaut plus cher que celui-ci, alors on le protège...et l'autre, on le brade !"...quel désastre et quelle indignité !

savoupap | 25 septembre 2011 à 19h37
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Alors là je me pose une question : Mais où sont les espèces animales et végétales ???? N'est ce pas la base de toute zone humide. Et qui purifie l'eau, c'est votre sol plein de bitume ou de pesticide, ou bien les plantes et la nature du sol???
la question en fait est la : qui purifie l'eau
et pour répondre moi qui fait de l'assainissement biologique je répondrais que je ne sais pas mais assurément je répondrais que ce n'est pas les plantes. elles n'ont aucune vocation à cela et encore moins d'éliminer les micros polluant chimiques

lyseconcept | 17 février 2012 à 10h22
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…