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Actu-Environnement
Les carrières sont une opportunité pour la biodiversité.
Les carrières sont des sites industriels originaux d’où sont extraits les matériaux minéraux qui servent notamment à construire les bâtiments et les routes. Implantées en milieu rural, elles se présentent comme des espaces minéraux dénudés, abritant parfois des plans d’eau et des zones humides. C’est en fait toute une mosaïque d’habitats qui s’y développent.

Les industriels de ce secteur sont familiers de la problématique de la biodiversité qu’ils intègrent dès la conception de leur projet d’exploitation à travers les études d’impact, puis durant la gestion quotidienne et au fur et à mesure du réaménagement de leurs sites.

Les études scientifiques menées depuis plus de vingt ans par l'industrie des carrières avec la communauté scientifique (CNRS, Muséum national d'histoire naturelle, universités, cabinets d'experts indépendants,...) ont révélé la richesse du patrimoine écologique de ces sites. Des espèces menacées trouvent un refuge dans les carrières qui leur offrent des milieux naturels devenus rares.

« Si l’on observe une telle biodiversité dès l’exploitation, c’est parce que l’extraction crée des habitats originaux et divers – étangs, gravières à sec, roches – qui sont ensuite colonisés par des espèces pionnières adaptées à ces milieux. », a précisé le Pr Frochot, professeur émérite d’écologie et président du conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Bourgogne, lors d’un Forum national qui s’est tenu sur ce thème le 26 novembre 2009 au Muséum National d’Histoire Naturelle.


Les zones humides issues de carrières : un refuge pour de nombreuses espèces

Dans les carrières alluvionnaires, l'extraction de matériaux puis les travaux de réaménagement créent des étendues aquatiques et des milieux humides, plus ou moins inondables. Ces espaces sont colonisés par une faune et une flore menacées par la disparition des zones humides.

Les inventaires écologiques réalisés sur 17 carrières représentatives de l’activité d’extraction ont montré la richesse végétale : 26 espèces végétales protégées aux niveaux régional ou national y ont été découvertes.

Ces milieux sont aussi intéressants pour les amphibiens qui peuvent s'y reproduire ; 16 espèces ont été recensées, soit 52 % des espèces présentes en France, dont 5 espèces menacées. On a également noté la présence de 52 espèces de libellules.

Mais ces zones sont surtout un refuge pour les oiseaux d'eau, qui y trouvent un lieu propice pour la nidification et le stationnement en période migratoire. 132 espèces d’oiseaux nicheurs y ont été comptabilisées, soit 48 % des oiseaux nicheurs de France, dont 28 espèces nicheuses considérées comme rares, voire très rares.

Voici deux exemples d’espèces menacées qui trouvent refuge dans les carrières réaménagées en zones humides.

Le Petit Gravelot

Le Petit Gravelot (Charadrius dubius) se reproduit sur les terrains caillouteux sans végétation, non loin de berges ou de zones humides peu profondes.

Cette espèce typique des cours d’eau actifs se rencontre maintenant régulièrement dans les carrières où elle retrouve des milieux favorables. C’est une des espèces les plus favorisées par les gravières.




L’Hirondelle de rivage

L’Hirondelle de rivage (Riparia riparia) chasse près des rivages de mers, lacs, rivières et étangs. Elle a besoin pour se reproduire de dépôts meubles, mis au jour par l’action de l’eau ou de l’homme. Dans les falaises abruptes, les hirondelles creusent des galeries d'environ 60 cm au fond desquelles elles aménagent leurs nids. C’est la raison pour laquelle elle trouve refuge naturellement dans les sites en exploitation ou réaménagés à cet effet.

Selon la Ligue pour la protection des oiseaux, en Rhône-Alpes, 70 % de la population d’Hirondelles de rivage vit aujourd’hui dans des carrières en activité.





Les carrières de roches massives : une mosaïque de petits habitats

362 espèces animales ont été recensées sur les 35 carrières de roches massives étudiées par les écologues. C'est dire que près de la moitié de la faune française est présente sur ces sites : plus précisément, 45 % des espèces connues de libellules, et 55 % des amphibiens par exemple.

La flore se révèle également riche, avec plus de mille espèces végétales.

Les carrières jouent le rôle de zones refuges pour des animaux et plantes dont certaines sont en régression. On a ainsi dénombré par site jusqu'à 37 espèces ayant une forte valeur patrimoniale au niveau régional.



Voici deux exemples d’espèces menacées qui trouvent refuge dans les carrières de roches massives.


Le Grand-Duc d’Europe

Le Hibou Grand-Duc (Bubo bubo) est l’un des plus grands rapaces nocturnes d’Europe. Il vit plus de 20 ans. Victime du recul ou de la dégradation de son habitat naturel, cette espèce rare et protégée figure sur la liste rouge des oiseaux menacés en France.

Après un déclin important de ses populations au XXe siècle, cet oiseau discret réinvestit progressivement son territoire, notamment à la faveur des carrières. C’est un hôte fréquent des carrières dotées de falaises artificielles ou d’abris rocheux où il niche. Ainsi, les trois quarts des couples connus de Bourgogne se reproduisent en carrières.




Le Crapaud calamite

Espèce pionnière (l’une des premières à coloniser un milieu), le Crapaud calamite (Bufo calamita) se reproduit dans de petits plans d’eau, mares ou flaques non végétalisées sur substrat minéral (sables, graviers).

Les naturalistes l’ont trouvé dans les carrières de roches massives, mais aussi dans celles de roches alluvionnaires (sur 10 des 17 sites de zones humides étudiés).

Cette fréquence traduit l’intérêt particulier que présentent les carrières pour cette espèce peu répandue, protégée au niveau national.



Une volonté de progresser

Les industriels des carrières ont communiqué largement les résultats de ces études en publiant des documents scientifiques ou de vulgarisation, dont un ouvrage de référence scientifique paru aux éditions Buchet Chastel (voir notre encadré). Ils ont aussi organisé sept réunions interrégionales en 2008 et 2009 qui ont rassemblé plus de 1500 personnes.

A travers la fédération UNICEM (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction) et l’UNPG (Union nationale des producteurs de granulats), la profession participe aux réflexions stratégiques de la Fondation nationale pour la recherche sur la biodiversité. Elle a formulé également des propositions pour renforcer sa contribution à la préservation de la biodiversité et poursuivre l’amélioration de ses pratiques industrielles, comme à l’occasion du Forum national organisé le 26 novembre 2009 au Muséum national d’histoire naturelle.

Aujourd’hui, les réflexions des industriels des carrières s’orientent vers de nouvelles thématiques pour répondre aux questions soulevées par le Grenelle de l’Environnement et l’évolution des politiques publiques, notamment avec la mise en place de la trame verte et bleue. «Au-delà des inventaires, il est nécessaire d’évaluer la fonctionnalité et les services rendus par les milieux restaurés », explique Jean-Claude Lefeuvre, professeur émérite au Muséum National d’Histoire Naturelle, qui guide les travaux de l’industrie des carrières dans ce domaine depuis de nombreuses années.

Pour répondre à ces nouveaux enjeux, les industries des carrières se sont fixé des priorités :
1 - poursuivre les programmes d’études de la profession sur la biodiversité,
2 - promouvoir des méthodes reconnues pour l’expertise des milieux,
3 - évaluer les fonctionnalités écologiques et les services rendus par les milieux issus des carrières,
4 - mutualiser les données scientifiques issues des inventaires écologiques,
5 - identifier les indicateurs clés.

Cet ensemble d’initiatives s’inscrit dans une démarche plus globale visant à faire évoluer les pratiques sur le terrain, par la diffusion de guides de bonnes pratiques et par des actions de formation. Les industriels des carrières disposent à cet effet d’un instrument original : une démarche collective de progrès environnemental, portée par l’association « Charte Environnement des industries de carrières ». 900 carrières de granulats y sont volontairement engagées.


Pour plus d’informations :

Consulter www.unicem.fr/dossiers/environnement/biodiversite
et www.charte.unicem.fr
Carrières, biodiversité et hydrosystèmes : parution d’un ouvrage de référence

A l’initiative de l’Union nationale des producteurs de granulats (UNPG), un ouvrage de référence scientifique intitulé « Carrières, biodiversité et fonctionnement des hydrosystèmes » vient d’être édité aux éditions Buchet Chastel. Il présente l’état des connaissances dans le domaine de la biodiversité et du fonctionnement des hydrosystèmes en lien avec les carrières alluvionnaires.

Placé sous la direction de Jean-Claude Lefeuvre, professeur émérite au Muséum National d’Histoire Naturelle, ce livre rassemble les contributions de spécialistes internationaux sur cinq thématiques :
- expériences de réaménagement de carrières alluvionnaires dans divers pays,
- carrières et hydrosystèmes,
- carrières et patrimoine naturel,
- carrières : écosystèmes fonctionnels et dynamiques,
- utilisation, gestion et réappropriation des carrières pour l’environnement.

Cet ouvrage pluridisciplinaire de près de 400 pages, unique en Europe, est destiné aux scientifiques et experts des milieux naturels et en particulier ceux attachés à l’étude et la gestion des écosystèmes issus de l’exploitation des carrières.

Télécharger le bon de commande du livre

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