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Climat-Air-Energie-Santé : un système complexe qui conditionne notre avenir

Étienne de Vanssay, dirigeant de Cap Environnement, nous propose un Avis d'expert sur les schémas régionaux « Climat-Air-Energie » et les effets combinés sur la qualité de l'air et le réchauffement planétaire des politiques de réduction des émissions.

Publié le 16/04/2010
L'actualité environnementale a fait émerger les problématiques du développement durable au sein des populations. L'une des composantes les plus en vue porte sur les changements climatiques et les émissions de gaz à effet de serre (GES), dominées par les émissions de CO2. Au-delà de titres de presse accrocheurs, les phénomènes qui en découlent sont difficiles à appréhender malgré l'effort constant des scientifiques à analyser, comprendre et modéliser les impacts sur le climat, l'environnement et l'avenir des générations futures. Qualité de l'air et changements climatiques La préoccupation de notre devenir à long terme, conditionné par la qualité de l'air et l'impact sanitaire des émissions polluantes, s'intègre de plus en plus dans une réflexion globale axée sur la thématique « Climat-Air-Energie-Santé ». Politiquement, la tendance se traduit par l'émergence des schémas régionaux « Climat-Air-Energie » qui sont appelés à rapprocher les plans régionaux de la qualité de l'air (PRQA) et les plans climat territoriaux (PCT). L'objectif de cette évolution est d'appréhender les effets combinés sur la qualité de l'air et le réchauffement planétaire des politiques de réduction des gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques. Le système est complexe car il intègre : 1- des propriétés physico-chimiques traduites en termes de forçage radiatif, positif ou négatif, 2- des constantes de temps très variables sur la durée de vie des polluants émis, 3- une variabilité spatiale à trois dimensions associée à des phénomènes météorologiques de l'échelle locale à l'échelle planétaire, 4- des variables socio-économiques difficilement quantifiables. Trois exemples permettent d'illustrer cette complexité. Bois-énergie : quid de la qualité de l'air ? Le cas de la filière « bois-énergie » est tout particulièrement d'actualité. D'un point de vue climatique, ce mode de production d'énergie est favorable à la lutte contre le réchauffement planétaire avec un bilan carbone presque nul. Néanmoins, la combustion du bois émet de nombreux polluants atmosphériques pouvant avoir un impact sanitaire important. En particulier, sa combustion émet des particules de faibles diamètres pouvant pénétrer profondément à l'intérieur des poumons, engendrant des risques sanitaires importants. Il est alors nécessaire de bien cerner ce problème et de limiter l'utilisation intensive de cette filière à des unités importantes qui pourront être équipées de systèmes d'épuration permettant de limiter les émissions polluantes. Se posera alors la question de la consommation carbone de ces unités de traitement. Le problème des particules est d'autant plus complexe qu'elles peuvent avoir intrinsèquement un pouvoir radiatif positif ou négatif, dépendant essentiellement de leur composition physico-chimique, ce qui complexifie d'autant plus la prise de décision. Enfin, même si dans nos régions tempérées, le bois de chauffage peut être considéré comme un combustible à bilan neutre, il n'en va pas de même dans certaines contrées désertiques ou le bois pousse difficilement. Dans ces régions arides, il faudra alors considérer le bois de chauffage comme un facteur aggravant du réchauffement planétaire. Maîtrise de l'Ozone : bilan positif sans hésitation À contrario, en ce qui concerne l'ozone, 4ème gaz à effet de serre le plus intense, les programmes de réduction convergent positivement tant dans l'aspect climatique que sanitaire. En effet, l'ozone est un polluant secondaire qui va être généré par l'impact du soleil sur des polluants primaires appelés « précurseurs d'ozone ». Ces précurseurs sont le dioxyde d'azote et les COV, ces derniers pouvant provenir à la fois d'émissions industrielles et d'émissions naturelles. La lutte contre les émissions de ces précurseurs porte donc ses fruits à la fois sur les aspects climatiques et sur les aspects sanitaires. Efficacité énergétique des bâtiments : l'air confiné est un ennemi potentiel Le troisième exemple relève du domaine de la construction. La lutte cotre les émissions de GES fait porter la majorité des efforts vers le dogme de la seule efficacité énergétique. Cette orientation monocritère entraîne des conceptions d'espaces de plus en plus confinés dans lesquels seul de l'air amené mécaniquement va pénétrer. Or, si l'on ne se soucie pas de la qualité de cet air qui parcourt un long chemin à travers des canalisations rarement entretenues, il faut nous attendre à voir exploser les problèmes de santé liés à un air vicié. Situation qui ne va pas seulement impacter le volet sanitaire mais qui aura aussi des conséquences économiques lourdes liées à la perte de productivité du personnel et à des coûts induits en termes d'arrêt de travail. L'association HQE a anticipé cette problématique en proposant un référentiel « suivi et maintenance des bâtiments du tertiaire en exploitation ». En particulier, la cible « état sanitaire de l'air », bien que favorisant la systématisation de procédures d'entretien des amenées d'air, propose de faire le suivi des expositions à travers des campagnes de mesures échelonnées dans le temps. L'avantage de ces campagnes étant d'objectiver la qualité des ambiances intérieures mais aussi d'asservir et d'optimiser les systèmes d'aération. Encore faut-il que le donneur d'ordre soit conscient de cette problématique, complémentaire mais indissociable de l'efficacité énergétique. La nécessaire synthèse entre le climat, l'air, les énergies et la santé Il ressort de ce bref exposé que la qualité de l'air est en étroite relation avec les changements climatiques et que l'on ne peut pas traiter l'un sans se soucier de l'autre. Cette approche est déjà prise en considération outre-atlantique et nos dirigeants l'on aussi intégrée au niveau européen et national en proposant des schémas régionaux « Climat-Air-Energie » sachant que la seule action permettant de lutter à la fois pour le climat et pour la santé est de réduire nos consommations d'énergie quelles qu'elles soient. Avis d'expert proposé par Etienne de Vanssay, dirigeant de Cap Environnement.

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