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Haro sur les idées reçues : les data centers participent activement à la réduction de l'empreinte carbone !

Stéphane Duproz, Directeur Général de TelecityGroup France, nous propose un avis d'expert, résolument à contre-courant, sur la contribution de l'économie numérique et des centres de de données à la réduction l'empreinte carbone de l'économie.

Publié le 27/05/2013

Il est aujourd'hui de bon ton de pointer du doigt les data centers au titre de leur consommation énergétique. Or c'est un peu vite oublier qu'ils sont des outils massifs de réduction de l'impact carbone ! Le numérique a modifié nos habitudes de consommation et diminué notre impact environnemental : quelques clics suffisent désormais pour réserver des billets de train, sans qu'il ne soit plus nécessaire de se déplacer. Mais au-delà de cette (r)évolution, les data centers contribuent eux-aussi à réduire significativement l'empreinte carbone.

1 kW consommé dans un data centre équivaut à 10 kW qui seraient consommés s'il n'existait pas !

Imaginons 300 sociétés disposant chacune de leur propre infrastructure : 300 onduleurs, 300 systèmes de climatisation, 300 groupes électrogènes... En comparaison, un data center capable d'accueillir 300 clients, est équipé d'une quinzaine d'onduleurs mutualisés ! Et cette équation se répète pour chacun des équipements. La mutualisation des infrastructures confère à ce titre au data center un impact vertueux sur l'empreinte carbone des entreprises.

Cela ne constitue pas pour autant une finalité en soi. De nombreuses innovations peuvent encore contribuer à la réduction de l'impact énergétique des data centers. L'actualité nous démontre régulièrement que de nombreux projets existent pour optimiser ou réduire la consommation d'énergie des data centers (refroidissement des serveurs par bain d'huile, utilisation de la chaleur générée par les serveurs pour chauffer les installations des collectivités ou des entreprises de proximité, test de pile à combustible, etc.) : des initiatives qui permettront, à terme, d'optimiser l'énergie produite et consommée par ces derniers. Mais faut-il pour autant s'en tenir à ça ?

Etre « responsable » se limite-t-il à réduire sa propre facture énergétique ?

Ou est-ce aller au-delà de son intérêt propre ? Financement de la recherche, utilisation de matériaux écologiques (câbles sans PVC,  bannissement des additifs chimiques dans les installations de climatisation, etc.), conception du bâtiment empêchant tout rejet d'effluent liquide dans les réseau urbains, construction du centre sous le label chantier vert, souscription aux Certificats Equilibre+ d'EDF, utilisation de « nez électroniques » analysant les particules chimiques de l'air pour maximiser l'apport direct d'air extérieur comme moyen de climatisation, etc. sont autant de mesures qui contribuent à réduire l'impact environnemental de notre activité. Certes, ces initiatives ont un coût non négligeable, mais être « responsable », c'est aussi s'investir pour les générations futures. Et l'expérience démontre aujourd'hui qu'une entreprise peut parfaitement être profitable tout en menant une politique hautement « responsable ».

Aussi est-il indispensable que les industriels qui s'engagent dans cette voie vertueuse soient reconnus pour leurs efforts.

Mais encore-faut-il disposer d'un outil de mesure de la performance énergétique adapté. Le PUE (Power Usage Effectiveness) est jusqu'à présent l'indicateur de référence pour les data centers  - qui outre la performance énergétique globale du site, traduit l'amélioration ou la détérioration des performances de ce dernier ainsi que les économies générées par les investissements techniques. Cependant, il affiche aujourd'hui ses limites : les opérateurs déclarent des PUE cibles plutôt que des PUE effectifs ; l'évolution du cycle de vie du data center n'est pas prise en compte, au même titre que son implantation géographique (zones chaudes vs zones froides) ou son niveau de continuité de service (ou de tiering) ; le PUE indiqué est de plus rarement calculé sur les 12 derniers mois - autant de facteurs qui nuancent la pertinence de ce seul indicateur de performance. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille l'écarter définitivement, mais il ne peut constituer l'unique mesure de performance énergétique des data centers. Indicateur plus récent, le CUE (Carbon Usage Effectiveness) présente l'avantage de mesurer l'empreinte carbone d'un data center (en divisant ses émissions de CO2 par la consommation électrique des équipements IT qu'il héberge, de manière annuelle).

Une autre voie plus exigeante.

La Commission Européenne a défini fin 2008 un code de bonne conduite énergétique pour les centres de données, l'« EU Code of Conduct for Data Centres». Le statut « Corporate » est délivré aux data centers qui ont démontré que l'ensemble de leurs sites répondaient aux exigences énergétiques les plus strictes édictées par ce code de bonne conduite révisé chaque année. Certes la démarche de « compliance » est complexe et représente un investissement conséquent pour atteindre l'excellence du statut « Corporate », mais cette initiative engage les opérateurs à bâtir des sites toujours plus innovants et par conséquent toujours plus performants et moins énergivores.

Investir pour innover ! Plus que jamais, tel doit être le leitmotiv des opérateurs de data centers souhaitant se projeter dans un avenir durable.

Avis d'expert proposé par Stéphane Duproz, Directeur Général de TelecityGroup France

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9 Commentaires

Elebasi

Le 28/05/2013 à 10h39

Je trouve cela un peu gros!
Cet expert fait partie de la société de "TelecityGroup est le n°1 européen des opérateurs de data centers neutres premium. Le Groupe exploite des centres répartis dans les principaux centres d’affaires européens.

Situés au cœur de l’économie numérique, les data centers de TelecityGroup offrent des environnements hautement connectés et sécurisés aux équipements IT et télécoms . Nos data centers sont de véritables carrefours où convergent les différents réseaux sur lesquels repose l’Internet et où sont hébergés des contenus et applications fortement consommatrices de bande passante" comme le présente leur propre site internet...
A quant une expertise indépendante!!!!!.

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Philippe

Le 28/05/2013 à 11h02

Les data-center ne sont que des outils, qui peuvent en effet être perfectionnés et performants !
Mais la question éludée ici est dans l'usage que l'on en fait : combien de téra O de données sont stockées "à cause de" Facebook ou du cloud computing d'Amazon par exemple, autrement dit besoins créés de toutes pièces par Internet il y a moins de 5 ans ?
Les serveurs dédiés exclusivement à Facebook, situés aux USA et tournant au charbon, ont notamment été attaqués par Greenpeace pour qu'au moins, le site devienne plus vertueux sur son approvisionnement en énergie. Ils se sont engagés à changer d'énergie mais la preuve n'est pas formellement apportée qu'ils aient donné suite il me semble.
C'est en tout cas un bon exemple de data centers non vertueux...

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Degolarson

Le 28/05/2013 à 11h17

bonjour
je n'ai aucune compétence sur les data centers. Je m'interroge sur la consommation d'énergie que représente l'enregistrement par Google de toutes les requêtes faites avec ce moteur, des messages et données personnelles sur Facebook etc., bref tout ce qui est récolté pour être revendu et au mieux nous revenir sous forme de pub ciblée, au pire être utilisé contre nous. J'utilise DuckDuckGo et ixquick comme moteurs de recherche, car je crois, sauf preuve contraire, qu'ils n'enregistrent pas mes historiques.

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B. Boutherin

Le 28/05/2013 à 14h25

L'affirmation en gras qui semble le fondement de cette controverse me semble bien mal étayée. Sur quelle données s'appuie l'auteur pour affirmer que "1 kW consommé dans un data centre équivaut à 10 kW qui seraient consommés s'il n'existait pas !", l'argumentation qui suit donne à penser que les petits centres de calcul auraient un PUE de 10, ce qui est faux. Par ailleurs est-il raisonnable de laisser entendre que les gros datacentres viennent en substitution des petits? il est bien probable qu'il adressent pour l'essentiel des besoins nouveaux.

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Degolarson

Le 28/05/2013 à 15h10

Je crois qu'il faudrait poser le problème en terme de besoins : comment définit-on et quelles sont les données réellement utiles à sauvegarder ? Mes comportements d'achat par carte bancaire, pistés grâce à l'enregistrement des données (pour ne rien dire des cartes de fidélité que j'ai banni de ma poche) constituent-ils des données réellement utiles, et pour qui ? Quelle est la part du marketing en général dans le stockage de données ? Les uns diront que le marketing a pour but entre autres de cerner les comportements d'achat pour adapter l'offre à la demande, les autres que c'est l'art d'entretenir les comportements moutonniers...

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I. Mouzay

Le 29/05/2013 à 16h39

Une PME de notre région (Poitou-Charentes) n'a pas attendu pour innover puisqu'elle a inauguré dès 2009 le 1er data center "vert" au Futuroscope dans la VIenne (récupération de chaleur pour chauffer des bureaux, bâtiment HQE toiture végétalisée avec puits canadien, etc...), elle l'a appelé "vert2all". 4 ans après les résultats sont très probants. J'ajoute que cette PME (qui est aussi ISO 14001) a une démarche de RSE globale... En tant que responsable à la CCI Deux-Sèvres du développement durable, je vous invite vraiment à la découvrir (entreprise Cyberscope).

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Degolarson

Le 30/05/2013 à 0h18

Bonjour Monsieur Mouzay
je ne doute pas un instant de l'exemplarité de l'entreprise Vert2all, mais je m'obstine, sans esprit polémique, à poser cette question provocante : quel genre de données Vert2all héberge -t-il et leur stockage a-t-il une justification ?

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I. Mouzay

Le 30/05/2013 à 10h05

Bonjour M. Degolarson,
Votre remarque est pertinente, mais à mon sens ce n'est pas l'hébergeur qu'il faut pointer. Notre CCI a organisé plusieurs ateliers avec la participation de nombreuses entreprises sur les sujets : "éco-marketing" et "éco-communication" qui invitent au questionnement que vous avez et à revoir la stratégie.
L'entreprise peut ainsi repenser son modèle économique, et cela implique d'évidence la fonction marketing.
I.Mouzay

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Jp-42

Le 30/05/2013 à 12h58

Un exemple:
Si je mets des pneus Energy sur ma voiture de 1.8T, les pneus Energy participent activement à la réduction carbone!

Le problème, c'est pas de passer de 10L/100 à 9L, c'est plutôt de passer de 10L à 1L...

Même raisonnement pour l'IT sauf qu'elle semble oublier de compter les quantités énormes de CO2 lié à la fabrication de ses technos. Pour donner un ordre de grandeur, un simple PC, c'est 1 tonne de CO2

pour info, Le quota de stabilisation par habitant en 2013, c'est 1.65T de éqCo2 tout compris

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