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Vers l'autosuffisance alimentaire des villes ?

Transition écologique : l'avenir des villes en question Actu-Environnement.com - Publié le 04/11/2013

Nourrir les villes, construire un système alimentaire durable, constitue un enjeu majeur d'ici 2050. Jardins partagés, potagers sur les toits, fermes verticales et mobiles… L'agriculture urbaine concrétiserait le rêve d'autonomie alimentaire des citadins.

Transition écologique : l'avenir des...  |    |  Chapitre 5 / 8
Vers l'autosuffisance alimentaire des villes ?
Environnement & Technique N°330 Ce dossier est lisible dans la revue Environnement & Technique n°330
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Doubler la production alimentaire mondiale d'ici à 2050 pour nourrir 9 milliards d'humains représente un défi. Face à une saturation des terres arables et à l'explosion démographique d'une planète devenue en majorité urbaine (6 milliards de citadins),la question de l'approvisionnement en nourriture préoccupe les métropoles de la Terre qui comptera 3 milliards de bouches supplémentaires en 2050. En France, ils seront plus de 10 millions d'habitants à nourrir en plus.

La solution serait-elle alors dans la production de nourriture directement en ville ? Dans le contexte actuel de crise économique, les urbains rêvent d'une autonomie alimentaire à l'heure où les circuits courts privilégiant les produits locaux et/ou bio se multiplient déjà dans l'Hexagone : marchés de producteurs, ventes à la ferme, paniers d'Amap (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne)...

Quid de l'autonomie à Rennes et Paris en 2030 ?

Des études prospectives ont été menées à Rennes et à Paris pour évaluer le potentiel de ces villes "nourricières". Selon l'étude menée en 2010 par les étudiants d'AgroCampus Ouest, la moitié des habitants de la ville de Rennes seraient intéressés pour participer à la production locale de leur alimentation. Les étudiants se sont penchés sur les mutations "nécessaires" d'ici 2020-2030 au niveau de la production (plus économe, écologique, mobilisant davantage les espaces verts disponibles) et de la consommation (moins carnée, moins gaspilleuse) pour aller vers l'autonomie. D'après ce scénario, les terres de Rennes Métropole permettraient de couvrir près de 40 % des besoins. Augmenter les surfaces des jardins privés et publics (de 15 à 40 %), des forêts (cultivées à 30 %) et des espaces verts urbains (utilisés à 46 %) permettrait de "produire cinq fois la demande en fruits et légumes".

Et Paris ? Pour Gilles Billen, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), ce défi de "re-localisation" de l'approvisionnement de la ville impliquerait en 2030 le retour de l'élevage en Ile-de-France, pour retrouver une complémentarité entre culture et élevage, la production locale de fourrage et la généralisation de l'agriculture biologique, avec une fixation de l'azote par les légumineuses. D'après ce scénario, les changements n'engendreraient pas nécessairement une chute de productivité, selon cette étude parue fin 2011. "Par contre, cela implique une modification du régime alimentaire : les protéines végétales doivent se substituer pour moitié aux protéines animales", souligne le chercheur.

Des projets innovants d'agriculture urbaine

Entre innovation et utopie, des projets de fermes urbaines (verticales ou mobiles) émergent aux Etats-Unis, au Canada, au Japon ou en Chine. Des fermes verticales plantées à l'intérieur même des villes alimentent le rêve d'une ville autosuffisante, avec la possibilité d'une filière intégrée avec une étape de production alimentaire à chaque étage des bâtiments. Des fermes qui pourraient répondre aux problèmes de disponibilité foncière et d'occupation des sols.

En France, l'agence d'architecte SOA est pionnière en la matière en lançant dès 2005 le concept de "tour vivante" mêlant agriculture, logements et bureaux. Aujourd'hui, l'agence entend concrétiser d'ici 2015 son projet de serres greffées sur les toits de la cité d'habitation Marcel Cachin à Romainville (93). L'étude de faisabilité a été lancée en 2012. Cette ferme horizontale dotée de 1.500 m2 de cultures produirait des fruits et légumes consommables directement sur place par les habitants, selon un système de vente en circuit court à définir (paniers, AMAP, marché...), a expliqué Rafaella Schmied. Pas question en revanche de pratiquer des cultures hors-sol (hydroponie) à l'instar de la majorité des fermes verticales (Fermes Lufa à Montréal par exemple) et pointées pour leur usage d'engrais chimiques et énergivores. Il s'agit de développer "des serres en bac de terres au plus près de l'agriculture traditionnelle, bio et maraîchère", a affirmé Mme Schmied.

A Nantes, l'agence de designers Faltazi s'inscrit aussi dans ce mouvement "Slow Food". Il a lancé en 2011 le projet Les "Ekovores" pour produire et consommer local, limiter l'usage du pétrole dans la ville et favoriser le compostage "sans pour autant que ce soit régressif", explique Victor Massip, fondateur de l'agence avec Laurent Lebot. Barges-potagers sur les rives de la Loire, poulaillers urbains, jardins flottants, conserveries de quartiers…sont autant de projets promus par les designers. Il s'agit d'équiper les quartiers fermiers et de valoriser la production maraîchère. "Le projet favorise les circuit courts et les emplois locaux dans une perspective d'économie circulaire", indique-t-il. Un projet de composteur est prévu d'ici 2014 dans un quartier à Nantes en partenariat avec l'association Compostri. "Il est difficile de réaliser les prototypes et de trouver les moyens de les financer. Ca avance lentement", précise Laurent Lebot en appelant à plus "de volonté politique".

Rachida Boughriet

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