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L'Anses propose de nouvelles recommandations pour l'irrigation par aspersion avec les eaux usées traitées

L'Anses a rendu un avis relatif aux risques, pour les résidents, les passants ou les professionnels, d'une exposition par voies respiratoire et cutanée à la réutilisation des eaux usées traitées pour l'irrigation de cultures par aspersion.

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L'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), devenue il y a deux ans l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), vient de rendre public un avis complétant les deux précédents sur les risques liés à la réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Le premier date de mai 2008 et est relatif aux risques sanitaires liés à une exposition par voie orale aux eaux usées traitées (EUT). Le second de mai 2010 concerne la réutilisation d'EUT très spécifiques (effluents issus des établissements de sous-produits animaux, à des fins d'irrigation des cultures destinées à la consommation humaine ou animale).

Rappelons qu'un arrêté a été publié en 2010, à la suite du second avis de l'Afsset, fixant les prescriptions sanitaires et les techniques applicables à la réutilisation des eaux usées traitées (REUT ou re-use) pour l'irrigation des cultures et l'arrosage des espaces verts. Seules les irrigations gravitaires et localisées (goutte à goutte) sont pour l'instant autorisées. L'Anses a été saisie le 7 août 2009 d'une demande d'évaluation des risques sanitaires liés spécifiquement au mode d'irrigation par aspersion, autorisé à ce jour uniquement à titre expérimental par arrêté préfectoral.

Réutiliser les eaux usées traitées pour l'irrigation par aspersion, un enjeu de demain

Il n'est jamais vain de rappeler que la gestion des ressources en eau est un défi majeur du 21ème siècle et que 70 % de toute l'eau utilisée au niveau mondial servent à l'irrigation, dépense qui semble nécessaire d'après une étude de l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) de 2003 montrant que l'apport d'eau supplémentaire permet de doubler voire tripler les rendements des cultures céréalières. Un autre chiffre parlant, toujours de la FAO : les surfaces irriguées représentent 18 % des surfaces cultivées et 40 % de la production mondiale. Les dépenses en eau pour l'agriculture ne semblent pas prêtes d'évoluer à la baisse, d'autant plus que l'organisation des Nations Unies et l'OCDE estiment dans leurs Perspectives agricoles 2012-2021, publiées le mercredi 11 juillet, que la production agricole devra augmenter de 60 % sur les quarante prochaines années pour répondre à la demande croissante de produits alimentaires. La FAO estime que 80 % des besoins alimentaires des 8 milliards d'êtres humains attendus en 2025 pourront être couverts grâce à l'agriculture irriguée.

L'irrigation par aspersion est le système majoritaire en France et dans les pays développés et émergents, d'où l'importance de l'enjeu de réutilisation des EUT par ce mode d'irrigation qui pose cependant davantage de risques sanitaires potentiels que les autres modes pour lesquels l'eau est directement distribuée au contact du sol et non dans l'air. Le dernier avis de l'Anses devait donc apporter des informations sur les risques d'infection par certains aérosols présents dans les EUT aspergées par voies respiratoire et cutanéo-muqueuse (peau, orifices oculaire et auriculaire…).

Limiter les expositions de l'homme à l'aspersion

Les résultats du comité d'experts spécialisé (CES) "Eaux" indiquent que les concentrations de contaminants chimiques retrouvées dans les EUT étudiées sont largement inférieures aux concentrations maximales à ne pas dépasser et ceci même en se basant sur des hypothèses les plus catastrophistes. "Sauf pollution ponctuelle ou accidentelle, ces substances ne devraient pas se retrouver dans les EUT à des concentrations pouvant induire par voie respiratoire un effet néfaste pour la santé des populations lors de l'irrigation par aspersion des cultures ou l'arrosage des espaces verts et des golfs".

Le CES a cependant reconnu qu'il ne pouvait conclure sur l'absence totale de risques sanitaires liés aux micro-organismes des EUT à cause d'un manque de connaissance sur la composition microbiologique des EUT, sur la survie des micro-organismes dans l'environnement… Dans l'attente de nouvelles données, le comité d'experts préconise donc de limiter au maximum l'exposition de l'homme aux EUT lors des opérations d'aspersion et propose un certain nombre de nouvelles recommandations concernant la conception et la gestion du réseau de distribution par aspersion des EUT, les conditions climatiques favorables à l'aspersion et les moyens pour limiter la portée des asperseurs, les moments privilégiés (la nuit) pour limiter l'exposition des populations aux EUT et un suivi très régulier des professionnels pour faire progresser la connaissance des risques liés à ce mode d'irrigation avec EUT.

Bientôt la REUT pour des usages urbains ?

Le comité d'experts de l'Anses recommande enfin que des études soient réalisées pour maîtriser mieux les risques liés aux micro-organismes présents dans les EUT et sur les conditions d'exposition des travailleurs et passants aux EUT émises par les engins de nettoyage des espaces publics afin d'envisager l'utilisation des EUT pour le lavage des voiries.

Rappelons que les eaux usées collectées représentent à travers le monde 370 milliards de m3/an, dont un peu moins de la moitié fait l'objet d'un traitement et seulement 2 % de ces eaux traitées seraient réutilisées. Selon l'Onu, 20 millions d'hectares seraient irrigués avec des eaux usées non traitées à travers le monde dans 50 pays, dont la Chine, l'Inde, le Mexique, nourrissant 10 % de la population mondiale et 80 % au Vietnam selon la FAO.

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Mais pourquoi diable la pelouse de la photo est-elle arrosée en pleine journée ensoleillée ? On préconise aux jardiniers amateurs d'arroser le soir afin de limiter l'évaporation de l'eau. On dirait qu'ils sont seuls concernés par cette mesure, les espaces verts et les champs étant "naturellement" arrosés en plein soleil. Ce serait peut-être intelligent de commencer par là.

arrosez le soir | 13 juillet 2012 à 08h56
 
 

Si l'on considère que même dans les réseaux d'eau potable la légionellose peut apparaître an particulier dans les réseaux d'eau chaude sanitaire de température inférieure à 55 à 60°C.
Une solution préventive serait de pratiquer l'enterrement des réseaux d'irrigation qui limite les risques sanitaires mieux que des consignes qui seront plus ou moins bien appliquées et qui permet des économies d'eaux en réduisant de manière importante l'évaporation. L'Inra fait d'ailleurs des tests sur cette technique. L'investissement est certes important mais une fois installé le réseau est fixe : les frais de déplacements sont donc nuls et les frais de maintenance sont réduits du fait de l'absence de pièces mobiles, si le réseau est gravitaire, et de démontage, déplacement, remontage. Hélas il est craindre que l'on choisisse la solution réparatrice en lieu et place de la solution préventive. Cette solution réparatrice nécessite surveillance et contrôle de la qualité de l'eau pour éviter accident et/ou épidémie à l'égal d'un réseau d'adduction d'eau potable mais étendus à une multitude d'installation, augmentation des coûts de fonctionnement, gaspillage d'eau par évaporation. Il faudrait donc réglementer mais l'urgence et la faiblesse des marges bénéficiaires amènent très souvent à réduire l'investissement initial avec pour conséquence une augmentation des frais de fonctionnement. (Exemple : le chauffage électrique dans l'habitat : peu cher en investissement mais au coût du kWh maximum)

Bob | 14 juillet 2012 à 23h45
 
 

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