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Radioéléments à usage médical : l'ASN alerte sur les risques de conflits entre santé et sûreté nucléaire

GESTION DES RISQUES - Actu-Environnement.com - 18/09/2009
 
L'ancienneté des installations mondiales de production de radioéléments fait craindre des pénuries dans le milieu médical. L'ASN met en garde face à la tentation de prolonger la durée de vie de ces réacteurs et prône l'économie des radioéléments.
 
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© CEA
Simulation du futur réacteur français RJH

Dans le cadre de la détection ou du traitement de nombreuses pathologies, la médecine utilise des marqueurs radioactifs. Le plus utilisé est le technétium 99-métastable pour l'imagerie médicale et notamment la scintigraphie. Les domaines visés sont la cancérologie, les maladies infectieuses, les fractures osseuses… On estime à 8 millions, le nombre d'examens réalisés en par an Europe à l'aide de ce radioélément, dont 1,5 millions en France. Ces radioéléments sont fabriqués dans des réacteurs nucléaires de recherche exclusivement dédiés à cette production. Le technétium 99-métastable est ainsi fabriqué à partir du molybdène 99, lui-même obtenu par irradiation neutronique d'uranium enrichi.

Problème, les réacteurs nucléaires capables de fabriquer ce radioélement essentiel sont anciens. L'essentiel de la production mondiale de technétium 99-métastable provient actuellement de cinq réacteurs de recherche : NRU à Chalk River au Canada mis en service en 1957 (40% de la production), HFR à Petten aux Pays-Bas mis en service en 1961 (30%), Safari à Pelindaba en Afrique du Sud mis en service en 1965 (10%), BR2 à Mol en Belgique mis en service en 1961 (9%) et OSIRIS à Saclay en France mis en service en 1965 (5%).
L'ancienneté des installations fait craindre des fermetures répétées et des pénuries de radioéléments. En 2007, au Canada, un arrêt pour maintenance prolongée du réacteur NRU a entraîné une pénurie de technétium à l'échelle internationale pendant plusieurs semaines. De la même façon, aux Pays-Bas, un arrêt inopiné du réacteur HFR en 2008 a entraîné une situation de pénurie qui a contraint les services médicaux à réduire leurs programmes d'examens.

L'autorité de sûreté nucléaire (ASN) française responsable du contrôle de la sûreté du réacteur OSIRIS craint que de telles situations se reproduisent à court et moyen terme. La conjonction d'arrêts simultanés de plusieurs de ces réacteurs est inévitable, explique l'ASN évoquant plusieurs raisons à cela : opérations de maintenance ou de modification, vieillissement des matériels et structures. L'ASN précise d'ailleurs que le réacteur OSIRIS fera l'objet de travaux entre mars et septembre 2010 et que les réacteurs NRU au Canada et HFR doivent encore faire l'objet de réparations lourdes à la suite de la découverte de fuites. Le NRU est déjà à l'arrêt depuis mi-mai 2009 et le restera au moins jusqu'au printemps 2010.

De plus les réacteurs de remplacement ne seront pas disponibles à court terme. Selon l'ASN les deux réacteurs Maple construits au Canada pour succéder au réacteur NRU ne fonctionnent pas et le réacteur RJH en France risque de ne pas entrer en service avant l'arrêt du réacteur OSIRIS prévu au plus tard en 2015 selon une décision de l'ASN de décembre 2008.

Face à cette situation, l'autorité entend alerter les parties prenantes sur la nécessité de prévenir les conflits entre santé publique et sûreté nucléaire dans la production de ces radioéléments : le risque de pénurie de radioéléments à usage médical ne doit pas conduire à faire l'impasse sur la sûreté des réacteurs qui les produisent. L'autorité prévient que la solution n'est pas de prolonger l'exploitation des réacteurs anciens, ce qui mettrait en jeu la sûreté de ces installations. Pour l'ASN, la solution passe par une concertation et une réflexion entre les Etats au plan international pour renforcer la coordination entre les exploitants de réacteurs sur les plannings de maintenance, optimiser l'utilisation du technétium 99m, rechercher des méthodes alternatives de production ou encore étudier le recours à d'autres méthodes d'imagerie médicale.

F.ROUSSEL

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