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E.ON concrétise son projet controversé de centrale biomasse à Gardanne

E.ON lance les travaux de conversion d'une chaudière de la centrale de Gardanne à la biomasse. Un projet de 150 MWé qui illustre la complexité de l'approvisionnement des projets industriels et la concurrence avec les unités locales plus petites.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
E.ON concrétise son projet controversé de centrale biomasse à Gardanne

Le 29 février 2012, la direction de l'énergie du ministère de l'Ecologie écrivait à E.ON pour lui annoncer la nouvelle : le projet de transformation d'une des deux chaudières de la centrale au charbon située à Meyreuil (à proximité de Gardanne dans le département des Bouches-du-Rhône) a été officiellement retenu par le gouvernement dans le cadre de l'appel d'offres lancé en juillet 2010 et portant sur la production d'électricité à partir de la biomasse. Ce projet, le plus important en France, avait été publiquement annoncé par l'énergéticien en juin 2011 dans le cadre de la restructuration de son outil de production thermique. Estimant que cinq unités fonctionnant au charbon n'étaient plus rentables, le groupe annonçait vouloir en fermer quatre et convertir à la biomasse celle de Gardanne. Une centaine d'emploi sont dans la balance.

Le 16 mai 2013, E.ON a annoncé que la conversion "rentre dans sa phase de mise en œuvre après la signature des contrats de réalisation des travaux avec le groupe Doosan pour la partie chaudière et turbine, et avec le Groupe RBL-REI pour la plateforme de stockage et d'approvisionnement". Le montant de l'investissement est de 230 millions et les travaux devraient s'achever mi-2014 pour une série de tests prévue à l'automne 2014 avant un démarrage de l'exploitation début 2015.

L'approvisionnement en question

Concrètement, le projet de l'électricien allemand consiste à convertir la tranche 4 de la centrale, fonctionnant au charbon et au coke de pétrole pour une puissance électrique de 250 mégawatts (MW), en une unité de production utilisant la biomasse pour une puissance électrique de 150 MW. Elle devrait être alimentée en biomasse locale ou importée via Fos-sur-Mer à hauteur de 87% et en charbon cendreux pour le solde. "La biomasse locale réunit des plaquettes (bois forestiers déchiquetés), des résidus verts et des bois de récupération, en quantités limitées, triés et contrôlés", indique E.ON qui précise que les bois de récupération sont non-traités ou très faiblement traités. Au total, la consommation annuelle de biomasse sera de 855.000 tonnes par an, dont 335.000 tonnes importées et 85.000 tonnes de bois de récupération. La part de biomasse locale s'établit donc à quelque 435.000 tonnes.

Par local, E.ON entend un approvisionnement en provenance des régions Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Paca) et Languedoc-Roussillon ainsi que des départements limitrophes situés dans un rayon de 400 km. Progressivement, "les résidus verts provenant du nettoyage et du débroussaillage des forêts et des espaces verts publics et privés, fourniront à l'horizon 2025, 40% du combustible biomasse locale", annonce E.ON qui juge qu'"aujourd'hui, cette ressource est largement sous-exploitée et le nouveau débouché offert par la centrale permettra en particulier d'améliorer le taux de réalisation des obligations de débroussaillage liées à la prévention des feux de forêts".

Reste que l'approvisionnement du projet soulève des questions au regard des ressources locales, même si E.ON assure qu'il se fera dans la "limite des ressources disponibles, et ce sans concurrencer les usages actuels de la forêt". Le ministère avait d'ailleurs stipulé dans sa lettre de notification "[avoir] demandé au préfet de région de porter une attention particulière aux plans d'approvisionnement des projets situés en Paca, afin qu'ils se concrétisent de façon constructive et structurante pour la filière et afin de prévenir les tensions locales". De même, les conclusions du commissaire enquêteur stipulent que l'approvisionnement de la centrale constitue "la tendance dominante des critiques" formulées à l'encontre du projet lors de l'enquête publique.

Offre et demande régionales

En août 2012, Proforbiomed, un programme visant à encourager le développement de l'usage de la biomasse dans le bassin méditerranéen, a réalisée un état des lieux de la filière en région Paca qui aborde directement la question des ressources locales. Il ressort de l'étude qu'"actuellement, le bois énergie ne concerne qu'une fraction très faible de la récolte régionale (20.000 tonnes)", mais que la situation peut évoluer très rapidement.

Du côté de la demande, l'étude donne des informations contradictoires. Dans un premier temps, elle indique qu'en 2009, les chaufferies régionales au bois consommaient 10.000 tonnes par an. "En tenant compte des nouveaux projets d'installations bois énergie collectifs et tertiaires, l'Union régionale des communes forestières prévoit une demande de bois d'environ 30.000 tonnes par an à l'horizon 2013", rapporte le document. Une évaluation plus faible que celle avancée par la Mission régionale bois énergie (MRBE) en 2010. Cette dernière "a recensé 172 installations de bois énergie consommant 38.000 tonnes de bois par an : 25.000 tonnes de plaquettes forestières et 13.000 tonnes de bois en fin de vie, plaquettes de connexe de scierie et de bois d'élagage confondus", rapporte l'étude, précisant que 113 projets supplémentaires ont été répertoriés.

Quant à l'offre, les auteurs jugent que "la filière bois énergie peut miser sur une ressource supplémentaire théorique de 723.000 m3/an", soit approximativement 500.000 tonnes au maximum. Cette évaluation se base notamment sur une valorisation bois énergie de l'ordre de 75% de la production inexploitée, compte tenu des difficultés d'accès et du morcellement de la forêt privée. Et de conclure que "la forêt représente donc une ressource considérable pour le bois énergie à condition que le prix de marché du bois soit supérieur au prix de revient d'exploitation".

A cela s'ajoute le gisement de bois industrie, composé des déchets de bois de catégorie A, qui représentait un potentiel de 15.000 tonnes en 2009 "en quasi-totalité déjà valorisé". Autre ressource disponnible, "le compost des déchets verts et d'élagage [qui] représente d'importants volumes".

 
Quid de la chaleur résiduelle ? Un autre reproche formulé à l'encontre du projet de Gardanne, et plus globalement aux projets biomasse dédiés à la seule production électrique, est l'absence de valorisation de la chaleur résiduelle, contrairement aux projets de cogénération.
"L'utilisation du bois pour produire de l'électricité est une aberration en raison d'un rendement énergétique déplorable", estime France Nature Environnement, ajoutant que le chauffage collectif de proximité est une "utilisation plus pertinente et performante".
Pour l'association environnementale, le bois destiné à ces projets "serait bien plus profitable dans des projets de chaufferie de plus petite taille localisés au cœur de la ressource".
 
Développement local ou industrialisation de la filière

Au-delà du débat relatif au volume de la ressource locale, l'enjeu s'articule autour de la stratégie de développement du bois énergie en Paca. Deux logiques s'opposent : la filière de développement local qui propose d'implanter des petites chaufferies approvisionnées en circuit court et la filière industrielle. Dans son avis favorable au projet d'E.ON, le commissaire enquêteur indique d'ailleurs "[avoir] ressenti qu'une partie significative des critiques [relatives à l'inadaptation du projet à la ressource locale] est formulée en tant qu'argument présenté pour promouvoir les avantages d'installations faiblement dimensionnées". Proforbiomed passe au crible les avantages et inconvénients des deux approches.

Parmi les avantages associés à la filière locale, le rapport retient la possibilité d'une expression politique du territoire, la maîtrise de la récolte (mais dans le cadre de marchés publics, ce qui n'est pas sans inconvénient), l'opportunité de développement local et la motivation des acteurs locaux. Par contre, la faible consommation de bois, les difficultés de mise en œuvre (résistance au changement, concurrence des autres énergies, surcoûts à l'investissement) et la compatibilité avec les règles de marché public, qui ne garantissent pas le recours à la biomasse locale, constituent les freins identifiés par l'étude. En conséquence, les meilleurs projets seraient ceux n'impliquant que des acteurs privés et, en particulier, ceux pour lesquels le maitre d'ouvrage possède à la fois la ressource en bois et la chaudière, estime l'étude.

Quant à la filière industrielle, elle repose en Paca sur le projet d'E.ON et la centrale de cogénération Inova à Brignoles (Var) qui représentera une demande annuelle de 180.000 tonnes. Les impacts positifs concernent le volume de bois élevé pour une région en sous exploitation, la concurrence susceptible d'accroître le prix d'achat du bois (une point favorable au producteur), la création d'emplois locaux et les économies d'échelle associées à des marchés conséquents permettant de structurer l'offre. Mais attention, "il est prévisible que ces unités importantes puissent s'approvisionner par ailleurs, ce qui ferait disparaître ces effets positifs", prévient le document. Les critiques formulées contre cette filière visent la forte pression sur la ressource qui entraîne un risque d'exploitation non durable et le déséquilibre des circuits économiques actuels.

Le rapport ne tranche pas en faveur d'un modèle mais "[constate] une certaine synergie" entre les deux approches. Il explique en particulier que sur les gros chantiers forestiers la majeure partie peut alimenter un projet industriel, alors que le solde (environ 10% des plaquettes forestières) peut être valorisé par une unité plus petite car il ne répond pas à certains critères nécessaires à un usage industriel. "L'alimentation de la chaudière locale n'aurait pas été possible s'il n'y avait eu cette opportunité de grands chantiers et d'un débouché important car la quantité est trop faible pour justifier d'une exploitation forestière spécifique", conclut le rapport.

Réactions2 réactions à cet article

 

QUELS EFFETS SUR L ENVIRONNEMENT ?

JODUSEC | 17 février 2014 à 01h12
 
 

Pourquoi faire de l'électricité alors que chauffer l'agglomération immédiate serait plus valable? Le fric, toujours le profit immédiat !

Gaëtan | 12 juillet 2014 à 16h00
 
 

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