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Actu-Environnement

Climat : l'objectif des 2°C ne sera pas atteint

A un mois de la COP 21, les contributions annoncées par 146 pays couvrent 85% des émissions globales mais ne permettent pas encore d'infléchir la dérive des GES. Elles sollicitent une méthodologie unifiée et un processus de révision périodique. 01 novembre 2015

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Environnement & Technique N°353 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°353
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Après vingt conférences des Nations unies sur les changements climatiques, les gaz à effet de serre ont continué à augmenter au cours des vingt dernières années, confortant l'écart entre l'urgence de stabiliser la température et le rythme forcené de l'industrialisation de la planète. L'atmosphère contenait 38 gigatonnes équivalent de CO2 (GteCO2) en 1990. Vingt ans plus tard, nous en sommes à 50. Et cela va continuer au moins jusqu'en 2030.

Le secrétariat général de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCC) a annoncé que, malgré la mise en œuvre des bonnes intentions des pays, les émissions de gaz à effet de serre vont se poursuivre et seront de 37 à 52% plus élevées en 2030 qu'en 1990. C'est une des conclusions de l'exercice de compilation auquel s'est livrée l'UNFCC dans le rapport sur les contributions nationales (INDC) présenté le 30 octobre lors d'une conférence de presse à Berlin, capitale de l'Allemagne, pays modèle de la transition énergétique.

Différentes études publiées par des ONG, des scientifiques et des think tanks, dont l'Agence internationale de l'énergie, montrent que ces premières contributions situeraient la planète en 2030 sur une trajectoire comprise entre 2,7 à 3°C, alors que sans ces mesures nationales elle serait comprise entre 4 et 5°C. Ces chiffres sont à prendre avec précaution car les contributions ne donnent d'indication que jusqu'à 2025 ou 2030.

L'inventaire compile les contributions publiées par 146 pays (soit les trois quarts des Parties) au 1er octobre 2015 représentant 86% des émissions mondiales. L'addition finale évalue les émissions globales en 2030 à 56,7 GteCO2. Par rapport au plafond de précaution, estimé à 44 GteCO2 en 2020, la dérive de l'effet de serre n'est pas enrayée. Pour la Fondation Nicolas Hulot, qui a publié un thermomètre des INDC, "l'écart reste très important (jusqu'à 15 GteCO2 de trop en 2030) avec les scénarios économiquement efficaces pour limiter le réchauffement à 2 degrés".

Un casse tête pavé de bonnes intentions

Pourtant, la secrétaire générale de l'UNFCC Christiana Figueres, qui a présenté ces chiffres, s'est voulue optimiste : il s'agit d'une mobilisation internationale sans précédent pour lutter contre le dérèglement climatique. C'est en effet un nouveau tournant qui s'annonce à la conférence de Paris, à travers la globalisation de l'enjeu climatique. Tous les pays ou presque sont en effet à bord. Totalisant leurs efforts, la baisse des émissions par habitant de la Terre serait de –5% en 2030 par rapport à 2010 et de -9% par rapport à 1990. Selon l'UNFCC, il s'agit d'une véritable inflexion : une majorité de pays ont enclenché de façon pérenne leur transition vers des modèles de développement résilients et faiblement émetteurs de gaz à effet de serre.

Difficile cependant d'avoir une vision d'ensemble de cette transition. L'exercice de compilation des INDC est d'autant plus complexe que chaque Partie a pu établir ses propres critères, les années de référence, par exemple, varient d'un pays à l'autre, allant de 1990 à 2015. La plupart entendent mettre en œuvre ces objectifs d'ici à 2030, certains avant 2020. Les politiques pour y parvenir sont également très variables. La plupart font référence au mécanisme LULUCF de stabilisation de l'usage des terres, volet controversé de la négociation du Protocole de Kyoto qui a longtemps permis à la Russie d'arguer de son"air chaud" (c'est-à-dire d'une surabondance de crédits carbone) en raison de la simple conservation de ses steppes et forêts. De nombreuses INDC sont déjà adossées à des politiques nationales en place. Plus de la moitié des intentions entendent se tourner vers les mécanismes de marché carbone type MDP (mécanisme de développement propre) pour compenser leurs émissions. Un véritable casse-tête méthodologique.

Une émulation nouvelle depuis l'échec de Copenhague

Pour Romain Benicchio d'Oxfam, "ces projections confirment qu'il est essentiel d'avoir dans l'accord de Paris un objectif de financement de l'adaptation distinct qui soit lié à l'ambition des engagements de réduction des émissions et donc à l'étendue des impacts attendus. Il est également indispensable que l'accord intègre un mécanisme obligatoire de révision à la hausse et régulière de ces engagements. A défaut ce seront les populations les plus vulnérables, déjà affectées par le changement climatique, qui payeront le prix fort du manque d'ambition actuel."

Dans chaque pays, la préparation des contributions a permis de mobiliser les forces vives et de stimuler le débat autour de l'enjeu climatique. Au Pérou, treize ministères et 300 experts ont été associés à la préparation de sa contribution au cours d'une centaine de réunions. Certains pays, comme la Colombie, ont même fait valider leur contribution par leur Parlement national. La société civile a également été consultée : plus de 60 pays ont organisé des réunions publiques ou des consultations en ligne. La Nouvelle-Zélande a recueilli près de 1.500 commentaires uniques via le site Internet du ministère de l'Environnement.

Il reviendra à la COP 21 de Paris le défi de donner un cadre juridique cohérent et vérifiable à ce catalogue de bonnes intentions. Ce cadre sera-t-il contraignant ? "L'histoire a montré qu'un cadre contraignant ne garantissait pas la mise en oeuvre des intentions" a estimé Mme Figueres qui a souligné que l'ensemble de la structure de la négociation avait été modifiée depuis la conférence de Copenhague, l'approche bottom up ayant permis de renforcer la confiance entre les Parties, plutôt que l'approche top down du régime de Kyoto, qui avait tenté d'instaurer par le haut un système de sanctions resté sans suite.

Réactions1 réaction à cet article

 

Vu la conception du bonheur d’une importante partie de l’humanité, cet objectif est devenu inatteignable

A côté de cela pour que toute l'humanité, y compris donc les très nombreux plus défavorisés actuels, dispose d'un confort basique éco-défendable, est-ce possible sans polluer

Bof : les grosses fortunes britannico-étatsunisiennes, plus quelques autres, s' en moquent totalement , or c'est eux qui manipulent les politiques sur une bonne partie de la planète.

Et les grosses fortunes chinoises et indiennes ne valent pas mieux.

Sagecol | 02 novembre 2015 à 10h19
 
 

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