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Les positions se précisent pour l'ouverture de la conférence de Copenhague

CLIMAT - Actu-Environnement.com - 02/12/2009
 
Du 7 au 18 décembre sera négocié à Copenhague un cadre afin de mettre en œuvre après 2012 l'objectif ultime de la CCNUCC, à savoir empêcher ''toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique''. Etat des lieux.
 
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© Jose

Au cœur des débats, se trouve l'objectif de limiter à 2°C la hausse des températures, d'ici 2100 par rapport à 1750, en stabilisant la concentration des six GES contrôlés par le protocole de Kyoto à 450 ppm éqCO2. Pour cela, une division par deux des émissions mondiales, d'ici 2050 par rapport à 1990, est nécessaire, soit un objectif à 20 GtéqCO2 en 2050. Ce point est, selon Reuters, la base du projet proposé par le Danemark qui préside la conférence. Pour cela, le GIEC propose que les pays développés de l'Annexe 1 réduisent de 80 à 95% leurs émissions d'ici 2050, le reste de l'effort portant sur les pays en développement. Aux négociateurs d'établir une répartition acceptable.

Les pays émergents hésitent

En 1990, les émissions des pays de l'Annexe 1 étaient de 17,5 Gt, ce qui, selon leur niveau de réduction, laisserait un budget carbone de 16,2 à 18,8 Gt aux pays hors Annexe 1 en 2050. Pour les pays émergents, dont la Chine qui émet environ 7 Gt par an, adopter cet objectif soulève la question des réductions qu'ils consentiraient à terme, ce qui remet implicitement en cause le protocole de Kyoto basé sur l'effort des pays de l'Annexe 1. Cela, d'autant plus que le G8 de l'Aquila retient une baisse de 80%.

Par ailleurs, les pays doivent afficher des objectifs intermédiaires compatibles avec l'objectif de 2050. Le GIEC propose que les pays de l'Annexe 1 réduisent de 25 à 40% leurs émissions de GES d'ici 2020 et que les pays émergents s'engagent vers une ''déviation substantielle'' de 15 à 30% par rapport au scénario de référence. En juillet, selon une étude du Potsdam Institute, les propositions des pays de l'Annexe 1 correspondaient à une baisse de 10 à 16% et celles des pays en développement à un abattement de 4%. Cependant l'étude n'inclut pas les dernières propositions, à l'image du Japon qui a relevé en septembre son objectif de réduction de 8 à 25%.

Les grands acteurs dévoilent leur jeu

S'agissant des Etats-Unis, le dernier rapport de la CCNUCC sur les émissions des pays de l'Annexe 1 fait ressortir qu'en 2007 ses émissions ont crû de 15,8% depuis 1990, ce qui complique l'adoption de l'objectif du GIEC. De plus le Sénat, qui ratifiera un éventuel traité, n'a pas adopté de texte sur le climat et des sénateurs républicains accentuent la pression en réclamant une enquête suite à la divulgation d'emails de chercheurs d'East Anglia qui établiraient une falsification des données contredisant les changements climatiques. Barack Obama se rendra donc à Copenhague avec l'objectif de la Chambre des représentants, à savoir une baisse de 4 à 5% d'ici 2020 par rapport à 1990 via le marché de quotas et, selon le World Resources Institute, une baisse d'environ 28% si l'on additionne toutes les mesures du texte. Par ailleurs, il défendra l'idée d'engagements non contraignants vérifiés par les pairs.

La Chine pour sa part, propose une liste de près de 30 actions d'atténuation appropriées aux circonstances nationales (NAMA) et n'accepte une vérification extérieure que pour les NAMA financées par l'aide internationale. La principale NAMA, annoncée le 26 novembre, est la baisse de son intensité carbone de 40 à 45% d'ici 2020 par rapport à 2005. En l'état, il reste à convertir ces NAMA sous forme d'un abattement par rapport aux projections pour les comparer aux recommandations du GIEC.

La Russie de son côté pourrait proposer une baisse de 20 à 25% de ses émissions en 2020 si, selon Vladimir Poutine, ''le potentiel des forêts [russes] pour absorber le CO2'' est inclus. Un autre enjeu important est la conservation de ses nombreux quotas CO2 excédentaires, le fameux air chaud, lié au déclin de son industrie durant la décennie 90 qui a permis une chute de ses émissions de 29,3% en 2007 alors que l'objectif fixé à Kyoto était une stabilisation. Cette situation a généré, selon Point Carbon, un surplus de quotas de 9 Gt pour l'ensemble des anciens pays du bloc de l'Est.

Pour l'Inde, un engagement contraignant est exclu, mais le Premier ministre Singh a annoncé pour la première fois, le 28 novembre, qu'il proposera des objectifs ''ambitieux'', probablement similaire à ceux de la Chine. De plus, une lettre adressée par le ministre de l'environnement Ramesh, au Premier ministre et dont le Time of India a publié le contenu le 19 octobre étale les divisions entre partisans d'une ligne dure et pragmatiques. Jairam Ramesh propose que l'Inde rejoigne à terme l'Annexe 1, en contrepartie d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Bien que démentis, ces propos ont suscité un vif débat en Inde et au sein du G77.

Alliances et sujets clés

Au-delà de ces annonces, des alliances se nouent. Première en date, celle de la France et du Brésil scellée le 14 novembre autour du Plan Justice Climat français. Le texte, visant à démontrer qu'un terrain d'entente est possible entre pays développés et pays émergents, propose un financement issu d'une taxe sur les transactions financières et destiné aux pays les plus vulnérables, mais il n'évoque pas la forme juridique du futur accord. Cette alliance n'a pas empêché le Brésil de se rallier le 28 novembre à une proposition de la Chine, de l'Inde et de l'Afrique du Sud. Celle-ci insiste sur le prolongement du protocole de Kyoto et sur le refus de la vérification des engagements des signataires sans contrepartie financière.
Par ailleurs, l'aide financière et la lutte contre la déforestation (REDD) sont les deux thèmes qui pourraient faire progresser la négociation. S'agissant du financement, un sujet crucial pour l'Afrique et les petits Etats insulaires, les pays développés soutiendraient les pays en développement afin qu'ils atténuent leurs émissions et s'adaptent aux effets du dérèglement climatique. En l'occurrence il s'agit de trouver une clé de répartition des contributions et des allocations de fonds en tenant compte du PIB et des émissions de GES. Le sujet a peu avancé jusque là, mais un accord est improbable à Copenhague sans progrès sur le sujet.
Quant à la déforestation qui représente 20% des émissions mondiales, un accord serait proche car, à environs 10 $ par tonne de CO2 évitée, la lutte est peu onéreuse. Ainsi, début 2009, a été lancé le programme UN-REDD qui lie la contribution financière de l'Espagne, du Danemark et de la Norvège à des projets pilotes dans neuf pays. Si en l'état le programme est modeste, il constitue néanmoins une base sérieuse depuis que le Brésil a accepté fin octobre de l'inclure dans les discutions de Copenhague. Cependant la REDD est la principale carte du Brésil et il refuse que soit signé un accord REDD en dehors de l'accord global. Il a ainsi proposé le 13 novembre de réduire de 80% la déforestation et d'atténuer ainsi de 36 à 39% ses émissions, un engagement facilité par une aide potentielle 16 milliards de dollars par an via UN-REDD selon l'Association brésilienne du marché du carbone.

Finalement, de nombreux observateurs envisagent la signature d'un accord politique qui serait mis en forme en 2010. Une situation similaire au protocole de Kyoto dont les détails n'ont été finalisés qu'avec les accords de Marrakech quatre ans après. Reste à savoir si Copenhague sera aussi contraignant que Kyoto.

Philippe Collet

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