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Contrôle des arbres sur ouvrages hydrauliques : quelles solutions dans le contexte actuel ?

Les gestionnaires d'ouvrages hydrauliques sont au cœur d'un dilemme depuis le renforcement des exigences d'entretien auquel s'ajoute l'impossibilité d'utiliser des pesticides au bord des cours d'eau. J. Macia, N. Liency, C. Zanetti d'Arbeausolutions présentent cet enjeu complexe.

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Environnement & Technique N°357 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°357
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Dans le cadre du renforcement réglementaire relatif à la sécurité des ouvrages hydrauliques, les propriétaires et gestionnaires sont dans l'obligation d'assurer la surveillance, le suivi technique et l'entretien raisonnable de leurs ouvrages. Cependant, la réglementation autour des produits phytopharmaceutiques s'est renforcée, venant interdire l'usage de ces produits à proximité des cours d'eaux. Depuis, les gestionnaires se trouvent confrontés à une problématique de contrôle des ligneux se développant sur les digues, canaux et barrages. Une seconde règlementation, relative à la sureté de ces ouvrages, est entrée en vigueur en 2007 et a été actualisée en 2015. Celle-ci oblige les gestionnaires à garantir la sûreté de leurs digues et à leur entretien raisonné. L'enracinement des arbres implantés dans les ouvrages hydrauliques est responsable de nombreuses dégradations et induit un vieillissement prématuré de ces derniers. Les seuls moyens mécaniques sont insuffisants et sont uniquement des moyens curatifs. Il est primordial de développer rapidement de nouvelles méthodes de gestion préventives des arbres qui intègrent les nombreuses contraintes liées à cette problématique spécifique.

Etat des lieux des ouvrages hydrauliques en France

Les ouvrages hydrauliques en remblai, tels les digues et barrages de protection contre les crues, sont principalement construits ou aménagés dans le but de prévenir les inondations. Ces ouvrages peuvent avoir d'autres fonctions comme les digues de canaux d'aménagement hydroélectriques, les digues de canaux servant de voies d'eau navigables ou de canaux d'irrigation. De nombreux petits barrages en remblai sont utilisés comme réserve d'eau et/ou base de loisirs.

La France compte plus de 9.000 km de digues de protection contre les inondations, environ 6.700 km de voies d'eau navigables endiguées, plus de 1.000 km de digues de canaux hydroélectriques ainsi que des milliers de barrages en terre. Cependant, ces chiffres sont encore en cours d'actualisation, dans le cadre d'une campagne de recensement, de manière à les répartir dans un système de classe. Cette classification dépend des risques et des enjeux et implique diverses obligations de gestion. La végétation implantée sur ces ouvrages et plus particulièrement les arbres représentent un enjeu environnemental et paysager important. La strate arborée permet d'ombrager les sentiers qui y sont présents et maintient également une forte diversité faunistique et floristique. Par le passé, cette végétation arborée constituait des ressources naturelles et les sites était entretenus grâce à l'utilisation du bois. Le système racinaire des arbres implantés sur ces ouvrages était perçu jusqu'à la fin du XXème siècle comme un moyen de stabilisation des talus.

Avec le passage de l'utilisation du bois à celle des énergies fossiles et des matériaux modernes la strate arborée s'est développée considérablement. Les travaux de recherche menés depuis les années 2000 ont démontré que le développement de la végétation ligneuse, et notamment du système racinaire, peut engendrer des dégâts. En effet, soulèvements, fissurations et déstructurations peuvent entrainer différents types de risques pour les ouvrages.

Problématique de l'entretien de la végétation implantée sur les ouvrages hydrauliques

La végétation des ouvrages doit être entretenue rigoureusement par les gestionnaires (collectivités ou industriels) depuis les renforcements réglementaires récents. Mais ces mesures d'entretien, dont les principaux objectifs sont de permettre l'inspection visuelle des remblais et de garantir la sûreté des ouvrages, restent très vagues en ce qui concerne la végétation. Le développement des produits chimiques depuis les années 50 était la principale solution de gestion de la végétation, peu coûteuse et plus efficace que les méthodes mécaniques. Or depuis 2006, l'emploi de produits phytopharmaceutiques à proximité des cours d'eau est interdit.

Lorsque les arbres ont atteint un certain diamètre et ont déjà causé des dégâts nécessitant une reconstruction totale d'une partie de l'ouvrage, le dessouchage des systèmes racinaires s'impose. Cette opération implique un coût très important lié aux travaux d'extraction de la souche et de reconstruction de l'ouvrage endommagé. Des plans de gestion de la végétation sont alors élaborés au cas par cas afin de restaurer l'état des digues et des barrages en remblai en intégrant les enjeux environnementaux et paysagers.

Face aux jeunes arbres en cours de développement qui généreront des risques à moyen terme, peu de solutions existent aujourd'hui. Un simple abattage ne permet pas de stopper la croissance des végétaux et au contraire renforce généralement leur système racinaire, générant l'aggravation des dégâts sur les ouvrages.

Sur ce constat, il est primordial de développer rapidement de nouvelles méthodes de gestion des arbres avant que les premiers signes de dégradation n'apparaissent. Aucune méthode satisfaisante n'existe actuellement ; en effet, la tâche n'est pas aisée car le choix de ces méthodes doit tenir compte de nombreuses contraintes :

La réglementation stricte aux abords des cours d'eau

Comme énoncé précédemment, l'utilisation de produits chimiques est proscrite à proximité immédiate des cours d'eau. En effet, une Zone Non Traitée (ZNT) de 5 mètres de large depuis la bordure du cours d'eau et pouvant s'étendre jusqu'à 100 mètres en fonction du produit utilisé est à respecter. Par ailleurs, dans le cadre du Développement Durable et afin de suivre les directives européennes, de nouvelles lois et le Plan Ecophyto notamment visent à réduire fortement l'utilisation de ces produits. De nombreux gestionnaires se sont déjà engagés à restreindre l'utilisation de produits phytopharmaceutiques.

Caractéristiques variables des ouvrages hydrauliques

La conception d'un ouvrage hydraulique dépend de nombreux éléments comme la charge hydraulique qu'il devra supporter et ses fonctions. Il existe une grande variabilité dans les matériaux de construction utilisés et la structure des ouvrages hydrauliques. Certains ouvrages sont en partie maçonnés (bitume, dalle de béton, perré …) et les dégradations occasionnées par la végétation induisent des risques pouvant être très importants allant jusqu'à la perte des fonctions d'étanchéité. La gravité des désordres induits par les arbres peut donc varier selon le type et la structure de l'ouvrage.

Conditions de sécurité lors des interventions sur ouvrages

Les interventions sur ouvrage nécessitent diverses précautions. En effet, sur les canaux hydroélectriques les phénomènes d'intumescences peuvent survenir et avoir de graves incidences sur le personnel présent sur site. Sur les ouvrages de protection contre les inondations, la vigilance doit être portée sur le risque de crue ou submersion rapide comme dans le cas des lâchés de barrage. Les techniques de gestion doivent prendre en compte de tels risques.

Contraintes liées aux conditions météorologiques

En période de sécheresse, certaines techniques mécaniques aggravent le risque d'incendie, d'autant plus sur les site soumis à des vents fréquents parfois violents.

Contraintes liées à la position des arbres sur l'ouvrage

Parfois la fermeture des milieux, causée par un développement non contrôlé de la végétation, rend l'accès à certains arbres très difficile voire impossible même à pied. Par ailleurs, certains arbres implantés sur les bajoyers imposent la mise en place d'équipements spécifiques (attache des intervenants à un point fixe, port des gilets de flottaison…). Il faut également prendre en compte les conditions d'accès des engins mécaniques que certaines digues ne peuvent parfois ni permettre, ni supporter.

Variabilité architecturale des arbres

Que ce soit au niveau interspécifique ou intraspécifique, l'architecture de l'arbre (diamètre et linéarité du tronc, brin principal ou cépée, etc.) va changer selon plusieurs critères tels la disponibilité des ressources, la concurrence et le type de substrat. De plus, les dégâts causés par les engins mécaniques ou la faune, comme les castors qui écorcent les troncs, contraignent les arbres à développer de nombreux rejets et de nouvelles ramifications. Les nombreuses cicatrices endurcissent le bois et l'écorce. Le matériel utilisé doit donc être adaptable à toutes ces situations.

Synthèse

Les contraintes liées à la définition d'une solution de gestion préventive du développement des arbres sur ouvrages hydrauliques sont nombreuses. La diversité des types d'ouvrages, la variabilité de la morphologie des arbres et de leur implantation sur les remblais, les risques associés au fonctionnement des ouvrages et aux conditions météorologiques ainsi que les nombreux volets règlementaires associés à la protection de la biodiversité, à la sûreté des ouvrages et à la proximité des cours d'eau rendent la problématique très complexe.

Les prises de décisions sont difficiles car les prérogatives diffèrent, parfois fortement, selon les acteurs. Bien que les enjeux paysagers et environnementaux soient prépondérants actuellement, la sûreté des ouvrages doit conserver une place prioritaire lorsque les risques sont présents.

Avis d'expert proposé par Julie Macia, Nelly Liency, Caroline Zanetti d'Arbeausolutions

Réactions1 réaction à cet article

 

J'ai été interrogé pour cette question par Edf, via un applicateur, pour détruire la végétation sur les ouvrages hydrauliques, dont 150kms de canaux d'irrigation.Face à mon refus de préconiser un désherbant à cause de la ZNT, le responsable du site a contacté le ministère.Réponse: ok, si le fournisseur s'engage(!!!!!).Le fournisseur, ne s'est pas engagé.

Fran275 | 29 février 2016 à 10h45
 
 

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