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Réduire les inégalités est bon pour l'environnement

Lors d'une conférence à Paris, le professeur Richard Wilkinson a développé une théorie originale selon laquelle la qualité de l'environnement social détermine le succès des politiques de développement durable.

Dev. Durable  |    |  Actu-Environnement.com

Spécialiste d'épidémiologie sociale, le professeur Wilkinson est co-auteur, avec Kate Pickett, d'un essai qui a fait sensation en Grande-Bretagne et dans le monde anglo-saxon, Pourquoi l'égalité est préférable pour tout le monde. Les auteurs s'y interrogent sur le contraste entre le succès matériel de nos sociétés et leurs échecs sociaux : tout le monde a un lecteur de DVD, tout le monde mange à sa faim, et pourtant les inégalités se creusent. Définies par les écarts de revenus, les inégalités sont sensibles dans les pays riches, Etats-Unis et Portugal en tête. Plus les pauvres sont pauvres, plus les riches sont riches, plus la sensation d'insécurité se renforce au sein d'une société, aussi développée soit-elle. C'est ainsi que les pays les plus égalitaires en termes de revenus, tels que le Japon, la Suède, la Norvège ou la Finlande, sont aussi ceux où le taux de confiance mutuelle est le plus élevé. Les pays où l'on vit le mieux sont les plus homogènes, car l'égalité est un rempart contre les frustrations sociales.

L'égalité plutôt que la croissance

Richard Wilkinson et Kate Pickett passent en revue onze problèmes sociaux et sanitaires différents, à savoir la santé physique, la santé mentale, la toxicomanie, l'éducation, la population carcérale, l'obésité, la mobilité sociale, la confiance et la vie au sein de la communauté, la violence, le taux de grossesse chez les adolescentes et le bien-être des enfants. Sur la base de données fournies par la Banque mondiale et les institutions de l'ONU, ils démontrent que les sociétés au sein desquelles les inégalités sont les plus grandes sont celles où les fléaux sociaux minent le plus la cohésion.

Le professeur Wilkinson souligne également que l'augmentation du PIB par tête, c'est-à-dire la croissance d'une société déjà riche, ne se révèle pas être un facteur de réduction des inégalités. La qualité de la vie cesse d'être fonction de la croissance à partir d'un certain seuil de hausse du PIB. ''Non seulement la croissance économique des pays riches a cessé d'être synonyme des avantages sociaux par laquelle elle se traduisait autrefois (et continue de le faire dans les pays plus pauvres), mais elle menace désormais la planète. Nous sommes par conséquent la première génération qui doit trouver de nouvelles manières d'améliorer véritablement la qualité de vie », insistent les auteurs, « tous les indicateurs suggèrent que l'attention doit désormais se porter sur l'environnement social et la qualité des relations sociales au sein de nos sociétés, plutôt que sur l'augmentation de la richesse matérielle''. Inversement, ils notent qu'un degré d'égalité élevé n'est pas un handicap pour la croissance économique, car les sociétés plus cohésives sont considérées comme offrant un environnement dans lequel les entreprises peuvent opérer avec plus d'efficacité.

Les sociétés égalitaires sont les plus écologiques

Un aspect original de l'analyse souligne que l'inégalité alimente les rivalités de statut, donc l'individualisme et le consumérisme. Dans ces conditions, il est plus difficile de rallier l'opinion publique aux politiques qui réduisent le réchauffement de la planète et épuisent les ressources naturelles. Pour Richard Wilkinson, ''le consumérisme et l'opposition à toute politique qui semble entraver l'optimisation de la consommation et des revenus personnels représentent les principaux obstacles à la durabilité''. La rivalité de statut joue de fait un rôle crucial dans les modes de consommation, le fait de ne pas être à la traîne, de maintenir les apparences, d'avoir les bons vêtements, la bonne voiture, la maison, l'éducation, bref, de sortir gagnant de la comparaison avec les autres.

Plus les inégalités s'accentuent, plus ces pressions sont exacerbées. Inversement, les sociétés plus égalitaires se distinguent par des attitudes conditionnées par le souci du bien public. C'est ainsi que la proportion de déchets recyclés est plus élevée dans les pays plus égalitaires tels que le Japon, la Suède, l'Allemagne et la Suisse. ''Pendant la Seconde Guerre mondiale, afin de rallier l'opinion publique aux efforts de guerre, le gouvernement britannique devait faire en sorte que les gens ressentent que le fardeau de la guerre était partagé de manière égale. C'est la raison pour laquelle tout le monde avait les mêmes rations pour ce qui est des vêtements ou des denrées, les impôts étaient beaucoup plus progressifs et les biens de luxe étaient taxés alors que les biens de première nécessité étaient subventionnés. Sans le sentiment de la participation de tous à une cause commune, il ne sera pas possible d'enrayer la progression du réchauffement climatique'', résume le professeur Wilkinson.

Réactions2 réactions à cet article

 

intéressant même si je pense que cela ne constitue qu'une partie du probléme en ce qui concerne le DD et la sensibilité écologique de la population

lio | 13 octobre 2011 à 10h12
 
 

C'est une étude intéressante. Outre les impacts de ces inégalités, elles reste tout de même inadmissibles bien qu'omniprésentes. En particulier dans le secteur "gestion des déchets", j'observe à longueur d'année l'impact de l'exclusion de toute une frange de la population française. Ce qui me rassure, dans un sens, c'est que je vois également des politiques qui bougent dans les secteurs que j'étudie (93, 94).

FCKennedy | 13 octobre 2011 à 10h19
 
 

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