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Bio Cohérence : un nouveau label, plus bio que bio ?

Une nouvelle marque privée bio est née de la volonté de plusieurs acteurs français. L'idée : aller plus loin que la réglementation européenne dans les exigences. Au risque d'accroître la confusion chez les consommateurs...

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Bio Cohérence : un nouveau label, plus bio que bio ?
Le consommateur y perd son latin ! Entre les labels bio (publics et privés), les allégations environnementales (produit issu de l'agriculture raisonnée, biodynamique…), les allégations nutritionnelles, les AOC, les AOP, les marques privées (label rouge…) etc, il lui faudra bientôt aller faire ses courses avec une encyclopédie des labels et prévoir une demi journée !
L'hyperchoix est la norme aujourd'hui, avec une multiplication des offres et des critères de sélection. Pourtant, en moyenne, un consommateur ne consacre pas plus de dix secondes à la sélection d'un produit sur un linéaire.
Le pari est donc risqué pour les acteurs du bio réunis au sein de l'association Alternative Bio (producteurs, distributeurs…) qui ont décidé de lancer un nouveau label : Bio Cohérence. Née de la volonté d'aller plus loin que la réglementation européenne, cette nouvelle marque privée devrait apparaître dans les rayons alimentaires courant 2011.

Bio cohérence : la genèse d'une marque

A l'origine de Bio Cohérence, un mouvement de contestation : des producteurs, des distributeurs et des consommateurs bio, mécontents de l'évolution de la réglementation européenne sur le bio. Depuis janvier 2009, les différents systèmes nationaux de certification du bio, dont AB, ont en effet dû épouser les exigences européennes, entraînant un nivellement vers le bas du cahier des charges français. Car si jusque-là, les pays membres de l'Union européenne étaient libres d'ajouter au règlement européen des règles nationales plus strictes en fonction des spécificités nationales, le nouveau règlement ne permet plus, sauf sur quelques points précis, d'adapter les règles nationales. Or, les exigences françaises étaient sur certains points ''supérieures'' au cahier des charges européens, notamment en termes de traitement antiparasitaires et de tolérance OGM (seuil maximum de 0,1 % pour AB contre 0,9 % pour l'écolabel européen).
Pour maintenir un niveau d'exigences élevé, les membres du mouvement Alternative Bio ont donc décidé de créer une nouvelle marque bio, en complément du règlement européen. L'idée : labelliser les acteurs qui respectent le cahier des charges européen mais vont encore plus loin, notamment en respectant les pratiques d'élevage qui avaient cours jusqu'au 1er janvier 2009 en France et un certain nombre de règles spécifiques comme le refus catégorique des contaminations OGM, l'obligation pour la ferme d'être 100 % bio ou pour les produits transformés de contenir 100 % d'ingrédients bio (contre 95% pour les labels bio européen et AB).

Des labels plus ou moins bio ?

Le consommateur devra donc s'y faire : le bio, c'est devenu une affaire complexe ! D'autant que, pour favoriser la fluidité des échanges commerciaux de produits bio au sein du marché communautaire, le règlement européen prévoit, à partir du 1er juillet 2010, une obligation d'affichage de l'écolabel européen pour l'ensemble des produits bio. Jusqu'alors, les metteurs sur le marché avaient le choix : privilégier l'écolabel européen ou le label français AB.
Gros bémol dans les nouvelles règles : le logo européen avait jusqu'ici une popularité plutôt faible auprès du grand public et devra à nouveau s'imposer, puisque son design change, à partir du 1er juillet 2010 ! Autant dire que beaucoup de metteurs sur le marché choisiront de faire cohabiter le logo AB, beaucoup plus connu par le consommateur, et le label européen.
Quant aux marques privées bio, comme Demeter, Nature et Progrès ou la toute nouvelle Bio Cohérence, elles devront elles aussi doublement étiqueter leurs produits. Cet affichage multiple risque de semer le trouble dans l'esprit du consommateur ! D'autant que d'après l'étude Ethicity 2010, 65 % des Français pensent qu'il y a déjà trop de labels.

Pour récapituler (ou caricaturer…) : le bio ''a minima'' sera désormais flanqué de l'écolabel européen, les produits satisfaisants à des exigences plus lourdes seront quant à eux différenciés par des marques privées. Pas facile d'être un consommateur responsable aujourd'hui !

Réactions16 réactions à cet article

 
Pas si compliqué

Je ne ne pense pas qu'il soit si compliqué de se tenir au courant et de comprendre quels sont les différents labels. Pour ma part je passe beaucoup plus que 10 secondes pour choisir un nouveau produit, et aussi beaucoup pour mettre dans mon caddie un produit déjà connu de moi. Je ne fais pas non plus partie de 65% de français qui pensent qu'il y a trop de labels et suis très satisfaite de savoir que des producteurs soucieux de respecter des normes strictes du bio, se mobilisent pour ce faire!

Je pense que lorsque l'on se sent concerné par le bio, on se tient informé, on lit les étiquettes de près quelque soit le temps que cela prend et l'on est prêt à en faire beaucoup pour soutenir toute la filière du vrai bio, y compris les journalistes, qui comme vous, nous informent sur l'évolution des labels et sur ce qui se cachent derrière les étiquettes.
Merci donc de faire ce précieux travail d'information, ne soyez pas si sceptique sur la volonté et la capacité de vos lecteurs à comprendre et soutenir les acteurs du bio.

mic006 | 20 avril 2010 à 20h17
 
 
Un peu fort

Vous y allez peut être un peu fort (l'article donne l'impression que le nouveau label sème une grande confusion). L'apparition de ce nouveau label apporte quand même quelque chose de nouveau par rapport à la situation depuis le 1er janvier 2009. Et si le label européen fini par être accepté (ce qui se fait dans la durée), le logo AB disparaitra petit à petit. Enfin, comme a priori il y a une offre labellisable importante (production française existante), si ce label est bien accepté il pourrait devenir le principal label avec le label européen (ça ne ferait que 2 labels fréquents).

Jony | 21 avril 2010 à 09h20
 
 
kiss

kiss est un acronyme bien connu pour Keep It Simple, Stupid. Il fonctionne à merveille pour le bio, et de façon générale, pour tout ce qui est relatif à l' achat de produits alimentaires. On peut l' appliquer de la façon suivante:
point 1: lire les étiquettes des dits produits alimentaires. Un peu de connaissance sur le sujet de l' alimentation et de ses "additifs" va immédiatement faire rejeter une bonne partie de ces produits.
point 2: si on s' intéresse au bio, ne pas hésiter à vérifier ce que signifient les sigles que l' on voit sur les emballages. Par exemple, la différence entre un simple AB et une certification demeter. C' est plutôt facile.
point 3: savoir que si on veut de la qualité, il faudra y consacrer un certain budget, ce qui peut amener à alléger celui d' un autre poste.
Tout cela est à la portée de n' importe quel humain sachant lire, et ne nécessite pas un bac+8.

Onésime | 22 avril 2010 à 09h22
 
 
pas si simple en effet

d'autant plus que le Bio ( AB) n'est pas si clean que ça , le Cuivre , largement utilisé par les BIO est le produit le plus impactant pour l'environnement , la gestion de l'eau est catastrophique sans parler de la valorisation des dechets !! Si en plus dans la balance entre le Bio exotique qui s'affranchit des deux ans de carence en utilisant des friches au mepris de la gestion sociale et environnementale du pays, le Bio politiquement correct peut rapidement se révéler n'etre qu'un feu de paille .
Rien à faire le monde est complexe , l'agriculture itou , à force de vouloir expliquer comment marche le monde en 10 sc( le temps de la reflexion avant achat dites vous ) Sous entendre que le bon est celui ci (AB ou AB+ )l'autre devient le méchant ou le pas bon, jusqu au jour ou un reportage plombe les idées reçues et bouge les lignes pour helas revenir à une époque non vertueuse du libéralisme environnemental .

km0 | 22 avril 2010 à 09h32
 
 
C'est pourtant fort simple

Chère Sophie Fabrégat, il serait bon de ne pas parler "d'écolabel européen" quand vous désignez le label AB européen, car là précisément vous créez de la confusion.
label bio européen = labelisation de produits agricoles produit selon le cahier des charges européen de l'AB et contrôlé par un organisme certificateur indépendant
ecolabel = label apposé sur tous types de produits sensés être un peu plus respectueux de l'environnement : lubrifiant, produits d'entretien, habillage, appareil électrique...

Enfin, votre conclusion que vous avez souhaité rendre dramatique illustre pourtant parfaitement la simplicité de la chose. Il existe en France deux niveau de produits bio :
- Ceux labellisé par la logo bio européen (avec ou sans le logo AB) qui correspondent au respect du cahier des charge européen de l'agriculture bio
- Ceux qui portent en plus le label Bio Cohérence = label européen + exigence complémentaire !

Où est la difficulté ?

Enfin, "km0" vos arguments sont charmants mais manque un tantinet de justification:
"le Cuivre largement utilisé par les BIO est le produit le plus impactant pour l'environnement" vous préféreriez un bon Round-Up de Monsanto ?
"la gestion de l'eau est catastrophique" par rapport à quoi? Sur quel argument repose cette affirmation ? L'AB préserve la ressource en eau car elle n'utilise ni engrais ni pesticides chimiques de synthèse, enfin l'AB par le choix de variétés rustiques consomme moins d'eau en quantité que l'agriculture conventionnelle...

yeshe | 22 avril 2010 à 11h10
 
 
Les temps changent

et les consommateurs évoluent.
Ils sont de plus en plus nombreux à consommer "bio" si bien que l'offre ne suffit pas et que nous sommes obligés d'importer.
Ils sont de plus en plus informés et c'est tant mieux parce qu'il le faut, face aux moyens dont disposent les grands pollueurs pour tenter de discréditer le bio.
Soyons nous aussi vigilants pour ne pas rentrer dans leur jeu...

sakari82 | 22 avril 2010 à 12h41
 
 
Bio étranger ou conventionnel local ?

En dehors des logo et label, le Bio vient de plus en plus loin au niveau des grands distributeurs : à quand un label "Bio local" en grandes surfaces ? Ok, les locaux ne vont pas à Rungis...
Pasque des fruits Bio du Maroc ou d'Amérique du Sud, question environnement,le bilan n'est pas si bon ! et je n'ai pas envie de faire x aller-retour en auto pour acheter ici les produits ménagers, là-bas les primeurs, encore ailleurs la viande...
Et puis le Bio de l'étranger, hors saison, est-ce raisonnable ?
Le Bio est à la mode et de fait perd un peu de son sens... aaaah les dosettes de café "bio équitable" mais cela reste un produit jetable : c'est In et SMART, mais le bilan n'est pas bon...

Xeno | 22 avril 2010 à 12h48
 
 
bio ET local

la question ne se pose pas entre bio étranger et conventionnel local. La réponse c'est bio ET local.

Pour cela c'est au consommateur d'être responsable.
Acheter bio soit, mais acheter bio intelligemment, pas de tomate bio en janvier, pas de pomme bio d'argentine, pas de dossette bio itou !

Comme disait Coluche "Et dire qu'il suffirait qu'on arrêtent d'en acheter pour que ça ne se vende plus !"

L'acte d'achat est le meilleur des bulletins de vote. A nous donc d'être responsable, de s'interdire ce qui n'est ni bio, ni local, ni de saison... et cela ne se vendra plus.

CQFD !

yeshe | 22 avril 2010 à 14h02
 
 
Re:C'est pourtant fort simple

""le Cuivre largement utilisé par les BIO est le produit le plus impactant pour l'environnement" vous préféreriez un bon Round-Up de Monsanto ?"

Comme fongicide, non : le Round-up est un desherbant. Mais je préfèrerai 100 fois un fongicide de synthèse (d'autant plus qu'il en existe qui sont très rapidement dégradés) à un métal lourd qui s'accumule irrémédiablement dans les sols jusqu'à les stériliser.

L'AB utilise des engrais. Heureusement : cultiver sans engrais, c'est détruire les sols. Mais elle se limite aux engrais organiques. Ca aussi ça va poser des problèmes : pour un ha de bio, il faut au moins un ha de conventionnel pour l'approvisionnement en engrais organiques.

Ryuujin | 22 avril 2010 à 15h33
 
 
Encore un !

Bonjour,

L'intention est louable, mais cela fait beaucoup de labels ! Pas étonnant que les consommateurs ne s'y retrouvent pas ! Ceci dit, l'alignement des normes sur le plus drastique des labels nationaux est une bonne chose pour permettre une bonne compétitivité, et un équilibre sur les marchés. Rien qu'avec l'exemple du poulet bio français qui requiert 81 jours pour arriver à maturité, alors que le label bio européen n'en demandait qu'une soixantaine. Cela représente donc un réel surcoût pour l'exploitant.

Quelle Energie | 22 avril 2010 à 17h01
 
 
Re:Re:C'est pourtant fort simple

D'abord toutes les cultures bio ne consomment pas du cuivre, tandis que de nombreuses cultures conventionnelles en consomment également sans se limiter en quantité.

Ensuite l'excès de cuivre est sans doute un problème, il n'en demeure pas moins que nos problèmes de pollution des eaux concernent pesticides et nitrates et non pas le cuivre.

Enfin toutes les cultures consomment de l'azote, sauf celles qui captent celles de l'air, il est dommage que ces légumineuses soient cultivées en Amériques au lieu d'enrichir nos sols, et que les élevages ainsi nourris et les cultures abondement azotées aux engrais chimiques nous obligent à traiter les eaux avant de les boire et à nettoyer les plages bretonnes à grand frais.

Mac le Givré | 09 mai 2010 à 14h16
 
 
Re:Bio étranger ou conventionnel local ?

En label bio local, on retrouve la marque bio solidaire (équivalant du bio équitable pour des échanges Nord/Nord).
Sinon, il faut combiné le label bio avec des marques collectives territoriales comme Goûtez l'Ardèche.
Enfin, pour le bio de l'étranger, hors saison?! De toute façon on a pas les mêmes saisons, alors si en plus il faut avoir le calendrier de chaque pays producteurs pour savoir si le produit a été cultivé à la bonne saison dans son pays d'origine, on n'en sort plus!!!
Pour moi, la réponse est de consommer avant tout local. C'est notre agriculture qu'il faut soutenir, sinon, on aura bientôt plus de campagne...

Gui | 17 mai 2010 à 11h31
 
 
Re:pas si simple en effet

Peut-on savoir où avez-vous lu que le cuivre était le produit le plus impactant sur l'environnement?

Morvandiau | 21 mai 2010 à 09h55
 
 
Re:Re:Re:C'est pourtant fort simple

"pour un ha de bio, il faut au moins un ha de conventionnel pour l'approvisionnement en engrais organiques"

Où avez-vous vu un tel fonctionnement?

Morvandiau | 21 mai 2010 à 10h00
 
 
Bio Cohérence

Bravo pour ce nouveau label,il est temps de réagir,le bio de masse est déjà bien présent,des infrastructures d'élevage industrielles certifiées Bio(grâce a de nombreuses dérogations) se développent à la vitesse grand V.Le lien au sol n'existe plus,la nourriture des animaux est essentiellement importée(la production végétale étant insuffisante),la plupart des exploitations qui s'engouffrent dans la filière bio sont mixtes(un peu de surface bio, et bcp de conventionnel).Les petites exploitations de philosophie bio vont être noyées dans la masse.

Bethy | 08 août 2010 à 12h41
 
 

Bio, non bio, vrai bio, faux bio... Aujourd’hui l’agriculture biologique est devenue tellement un phénomène de mode que l’on ne sait même plus quels produits nous assurent une alimentation saine. Tout le monde cherche le profit et qu’importe la méthode, pourvu que celle-ci rapporte de l’argent.
Je voudrais tenter ici d’aider les consommateurs à mieux comprendre ce « bio » que l’on construit en masse et que l’on veut absolument voir sur toutes nos tables en vous racontant mon histoire. C’est en tant que producteur, mais aussi comme technicien arbo, que je vais essayer de vous éclairer...

Installé depuis 2003 comme Arboriculteur Biologique sur un verger déjà en bio depuis plus de 10 ans, seul producteur de fruits bio de la région, j’avais le sentiment d’être au départ un peu « le phénomène écolo » que les autres arboriculteurs regardaient en rigolant.

Aujourd'hui, ces derniers reconvertissent une partie de leur verger en bio ou plantent de nouveaux vergers. Quand cela a commencé, j'étais plutôt satisfait, c’était pour moi la clef de la réussite : un message enfin compris.

Erreur ou naïveté de ma part : ces arboriculteurs convertis en partie n’ont que faire de la bio, seule la niche commerciale les intéresse. Pour cela, ils se regroupent auprès de centres techniques de productions et plantent des hectares de vergers bio intensifs. Ces vergers bio comptent entre 2.000 et 3.000 arbres par hectare dans le but d’obtenir des rendements 3 fois plus élevés (60 t/ha) qu’un verger

pipi79310 | 02 novembre 2011 à 21h27
 
 

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