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Microplastiques : les poissons d'eau douce aussi sont contaminés

Pour la première fois, des chercheurs de l'Ineris apportent la preuve de la pollution des milieux aquatiques terrestres par des microplastiques. Reste à évaluer les effets biologiques de cette contamination.

Eau  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°343 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°343
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Si la contamination des océans par les microplastiques est désormais bien connue grâce notamment à des expéditions scientifiques dans le Pacifique et plus récemment en mer Ligure, ce n'est pas le cas pour les milieux d'eau douce. Les premières études ont mis en évidence la présence de microplastiques dans les eaux de surface et dans les sédiments de certains écosystèmes lentiques comme le lac de Garde en Italie, le lac de Genève en Suisse ou même le lac Hovsgol en Mongolie. De même, la contamination de sédiments a été observée dans des écosystèmes lotiques comme le fleuve Saint Laurent au Canada. En France, l'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris) a commencé à s'intéresser à la question. Grâce à une étude exploratoire menée sur deux ans, les chercheurs ont constaté une contamination des poissons similaire à celle observée en milieu marin.

10% des goujons sont contaminés

Les équipes de l'Ineris ont développé pour cette étude une méthodologie spécifique pour mieux détecter les microplastiques, permettant la séparation et le marquage du contaminant lors de l'analyse du contenu de l'estomac des individus. Sur les 812 goujons prélevés sur 33 sites, 10% contenaient dans leur intestin des fibres ou microbilles en plastique. D'autres études ayant mis en évidence la présence de microplastiques dans le milieu (eau et/ou sédiment) n'avaient pas retrouvé ces contaminants dans les poissons. L'espèce "sentinelle" étudiée par l'Ineris se nourrit en fouissant dans les sédiments et les graviers ce qui l'expose aux microplastiques présents dans le milieu.

Des impacts sanitaires inconnus

Même si aucune étude n'a recherché directement la présence de microplastiques dans les rivières françaises, le travail de l'Ineris démontre la contamination des milieux aquatiques par les microplastiques et, via la chaîne alimentaire, l'exposition des poissons à cette pollution. Par contre, il ne dit rien sur les effets biologiques de cette contamination. Des bioessais d'écotoxicité réalisés en laboratoire ont souligné récemment l'impact des microplastiques sur la croissance de certaines algues et sur la mortalité et la reproduction de micro-crustacés.

L'étude de l'Ineris a été réalisée sur des prélèvements effectués dans le cadre d'une recherche de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) sur l'intersexualité des poissons. Les chercheurs de l'Ineris n'ont pas résisté à l'idée de comparer la présence de microplastiques avec le changement de sexe, même si l'étude n'avait pas été construite dans ce but. Résultat, aucun lien n'a pu être établi.

Reste que ces microplastiques peuvent être des sources d'exposition à des substances qui perturbent les cycles hormonaux. Les phtalates et autre bisphenol utilisés pour la fabrication de plastique sont en effet des perturbateurs endocriniens suspectés. Les microplastiques peuvent également être porteurs de substances chimiques.

Un microplastique, c'est quoi ?

L'Ineris soulève aussi la question de la source de ces microplastiques. Définis comme étant des débris de moins de 5 mm, ces éléments proviennent des activités humaines. Ils peuvent être présents directement sous cette taille dès leur émission ou progressivement réduits à l'état de particules par l'érosion. Surtout retrouvés sous forme de fibres dans les poissons, les microplastiques proviennent des cosmétiques (billes d'exfoliants par exemple), des eaux usées qui charrient les fibres synthétiques issues des vêtements lavés en machine…

Réactions7 réactions à cet article

 

Les poissons sont farcis au plastique, ok
Et moi quand j'en mange (du poisson), que se passe-t-il?

loz | 02 décembre 2014 à 11h13
 
 

Rien, Loz, il ne se passe rien! Je suppose que vous ne consommez pas le tube digestif des goujons... Car il ne s'agit que de l'espèce "Goujon", la seule espèce de poissons d'eau douce étudiée par l'étude de l'Ineris.
Et quand bien même vous ne videriez pas vos Goujons, les fibres et billes plastiques retrouvées dans 10% d'entre eux( en admettant que votre suc gastrique soit vraiment très acide) et les corps chimiques qu'elles pourraient contenir et que l'on présume être des perturbateurs endocriniens s'élèveraient à des taux infinitésimaux, astronomiquement inférieurs aux taux présumés toxiques.

Les expérimentateurs ne se sont apparemment pas penchés sur la durée moyenne (courte à mon avis) du transit digestif chez le Goujon!
Comment voulez-vous que des matières plastiques puissent relarguer en aussi peu de temps leurs toxiques supposés ( les expérimentateurs demeurent muets sur ce point ), imprégnant ainsi la chair des goujons et celle des gastronomes? (pour mémoire, le transit digestif chez l'Homme normal dure de 1 à 5 jours).

Enfin, les 10% de Goujons présentant des matières plastiques dans le tube digestif ne changeraient pas plus de sexe que les 90% qui n'en présentent pas... Dommage!

L'étude conclut donc à la présence de matières plastiques dans le tube digestif des Goujons d'une rivière de France à la fréquence de 10% d'entre eux: Pas de quoi se priver d'une bonne friture, sauf si la pêche est interdite localement pour d'autres raisons.

Euplectes

Euplectes | 02 décembre 2014 à 18h08
 
 

Quand est il des poissons plus gros ??

Nous consommons plus de poissons comme les perches, sandres, truites ou brochets (haut de chaîne alimentaire en milieu aquatique) qui sont eux des spécimens plus gros qui mangent nos gentils goujons.

Le transfert de ces substances potentiellement dangereuses du tube digestif à la masse musculaire est il possible ? et en quelle proportion ?

Connaissant les problèmes de bioaccumulation de certaines substances dans les organismes, la question semble légitime.

pierrot | 03 décembre 2014 à 11h35
 
 

c'est comme les micro-particules que nous respirons ,on ne connait pas les effets toxiques ,on reste dans les hypothèses , une étape utile pour la suite des recherches

arthur | 03 décembre 2014 à 17h49
 
 

Oui, le transfert de substances potentiellement toxiques pour l'Homme depuis le tube digestif jusqu'à la masse musculaire est possible. Concernant les matières plastiques, la molécule de "base" est beaucoup trop massive pour passer la barrière digestive.
En revanche, les molécules plus petites comme le bisphénol (constituant ou complétant certains plastiques) et les phtalates (additifs plastifiants) peuvent passer dans la circulation sanguine et se fixer dans les organes, y compris les muscles (mais à des taux bien moindres que dans les glandes endocrines, par exemple).
Les poissons carnassiers (non fouisseurs) dont Pierrot donne la liste sont moins contaminés et potentiellement moins toxiques pour l'homme que les poissons fouisseurs, car:
- La concentration dans les eaux de surface des phtalates et du bisphénol A est, grosso modo, cent fois inférieure à leur concentration dans les sédiments de fond,
- La dégradation dans l'organisme humain est rapide pour le bisphénol et moyennement rapide pour les phtalates (idem pour leurs produits de dégradation),
- L'oxydation des ces deux substances croît en raison de la richesse en oxygène de leur milieu.

Les poissons carnassiers dont il est fait état, s'ils contiennent de minimes quantités très infra-toxiques de phtalates et de bisphénols, peuvent néanmoins être consommés; la précaution d'usage voudrait qu'ils soient préalablement vidés...! et qu'ils ne soient pas consommés tous les jours...! (à suivre)

Euplectes | 03 décembre 2014 à 21h23
 
 

(suite): Note sur les PCB ou "Pyralènes".

Il n'en va pas de même pour les Polychlorobiphényles (PCB), qui n'entrent pas dans la composition des matières plastiques. Ces substances sont très lentement dégradables et se concentrent dans les sédiments de fond. Elles peuvent franchir la barrière digestive. Les poissons d'eau douce peuvent être plus ou moins imprégnés, et il s'agit surtout de poissons de fond.
Citons l'étude de l'Anses qui conseille de limiter ou d'éviter de consommer les Anguilles, Carpes, Brèmes, Barbeaux, Silures, hôtes fouisseurs des cours d'eau à fond vaseux et à courant faible, dans certaines zones où la présence de PCB est avérée. L'espèce "Goujon", qui étendrait son habitat à ces zones vaseuses, profondes et peu oxygénées, pourrait absorber des PCB; très habituellement, les Goujons sont pêchés- et devraient donc l'être- dans les zones d'eau courante et à fond sableux.

L'étude Anses recommande de limiter ou d'éviter, selon les zones considérées comme contaminées par les PCB, la consommation des poissons de fond précités (une fois tous les 2 mois chez les femmes enceintes, allaitantes, enfants de moins de 3 ans et filles jusqu'à la fin de l'adolescence, et deux fois par mois pour le reste des consommateurs).
Notons que l'étude Anses, portant sur plus de 600 personnes (pêcheurs et leurs familles), si elle montre bien une augmentation de l'imprégnation par les PCB, précise: "Très peu de participants dépassent le seuil d'imprégnation critique".

Euplectes | 04 décembre 2014 à 11h10
 
 

( suite PCB): "Très peu de participants dépassent le seuil d'imprégnation critique"(= valeur au dessous de laquelle aucun risque n'est attendu).
La précaution d'usage voudrait que l'on évite de consommer les poissons carnassiers dans les zones contaminées par les PCB, ce qui, à ma connaissance et à ce jour, ne se fonde sur aucune démonstration scientifique et n'est donc qu'une opinion personnelle. cette opinion n'a pas pour objectif d'influencer le comportement ou la pensée du lecteur.


On peut se renseigner sur les conditions locales de non consommation de certains poissons d'eau douce auprès des associations de pêche locales.

Euplectes

Euplectes | 04 décembre 2014 à 11h30
 
 

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