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PM2,5 : le non respect du seuil OMS cause près de 20.000 décès prématurés par an dans les villes européennes

Les résultats de l'étude européenne Aphekom indiquent que le non respect de la norme OMS pour les PM2,5, dans les 25 villes étudiées, causerait 19.000 décès prématurés par an. Un résultat qui plaide pour un renforcement de la législation européenne.

Air  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

La baisse des "niveaux de particules fines dans l'air des villes européennes entraînerait un bénéfice non négligeable en termes d'augmentation de l'espérance de vie et de réduction des coûts pour la santé." Telle est la principale conclusion du bilan dressé par le projet Aphekom. Plus de 60 chercheurs ont évalué, de juillet 2008 à mars 2011, l'impact sanitaire des particules fines PM2,5 sur l'espérance de vie des habitants de 25 grandes villes européennes rassemblant 39 millions d'habitants dans 12 pays européens. Une étude européenne coordonnée par l'Institut de veille sanitaire (INVS).

Plus précisément, les chercheurs jugent que "l'espérance de vie pourrait augmenter jusqu'à 22 mois pour les personnes âgées de 30 ans et plus (en fonction de la ville et du niveau moyen de pollution), si les niveaux moyens annuels de particules fines PM2,5 étaient ramenés au seuil de 10 microgrammes par mètre cube [µg/m3], valeur guide préconisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS)." Les chercheurs ont évalué que le dépassement de ce seuil dans les villes étudiées entraîne 19.000 décès par an, dont 15.000 liés à des affections cardiovasculaires.

Quant à la réduction des coûts pour la collectivité, l'étude précise que "le respect de cette valeur guide se traduirait par un bénéfice d'environ 31,5 milliards d'euros." Il s'agit notamment d'une baisse des dépenses de santé, d'une réduction de l'absentéisme, et des coûts associés à la perte de bien-être, de qualité et d'espérance de vie.

Seule la ville de Stockholm respecte la norme OMS

Le résultat de l'étude est sans appel : avec un niveau annuel moyen de 9,4 µg/m3, seule la ville de Stockholm (Suède) respecte le seuil établi par l'OMS en matière de PM2,5. Les niveaux constatés dans les autres villes étudiées s'envolent jusqu'à 38,2 µg/m3 pour la ville de Bucarest (Roumanie).

Par ailleurs, l'étude évalue le gain, exprimé en espérance de vie pour les habitants de plus de 30 ans, associé à une réduction des concentrations de particules fines jusqu'au seuil de l'OMS. Si le gain est nul pour Stockholm, le seuil OMS étant respecté, il serait de 22,1 mois pour les habitants de Bucarest.

Quant aux neuf villes françaises étudiées, Toulouse obtient le meilleur résultat avec un niveau de 14,2 µg/m3 et un gain potentiel de 3,6 mois d'espérance de vie. La ville la moins bien classée est Marseille avec 18,5 µg/m3 et une amélioration possible de la durée de vie de 7,5 mois. Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Paris et Lille ont des résultats relativement proches avec des niveaux compris entre 15,7 µg/m3 (Bordeaux) et 16,6 µg/m3 (Lille).

Mieux vaut habiter à l'écart du trafic routier

Le second enseignement de l'étude concerne la répartition géographique de la pollution dans une même ville et le risque plus ou moins importants de certaines zones. Sans grande surprise, l'étude conclut qu'"habiter à proximité du trafic routier augmente sensiblement la morbidité attribuable à la pollution atmosphérique."

En particulier, la proximité avec le trafic routier important, c'est-à-dire plus de 10.000 véhicules par jour, accroît le développement de pathologies chroniques. Ainsi, l'étude Aphekom estime que "dans 10 villes européennes, le fait d'habiter à proximité du trafic routier pourrait être responsable d'environ 15 % des asthmes de l'enfant." De même, "des proportions similaires ou plus élevées de pathologies chroniques respiratoires et cardio-vasculaires fréquentes [pourraient être retrouvées] chez les adultes de 65 ans et plus habitant à proximité du trafic." Deux des affections considérées par l'étude sont les maladies coronariennes et la maladie pulmonaire obstructive chronique. S'agissant du surcoût, il s'établirait à 300 millions d'euros par an selon l'étude.

Vers un renforcement de la législation européenne ?

L'objectif de l'étude Aphekom n'est pas uniquement de mettre en avant le lien entre la pollution aux particules fines et la santé des populations concernées par cette pollution. Elle vise avant tout à "améliorer le savoir et la communication à destination des décideurs", alors qu'en 2013 l'Union européenne entend réviser les seuils de pollution aux particules.

Dans ce contexte, l'étude a cherché à évaluer les résultats de certaines législations européennes traitant de la qualité de l'air, et en particulier celle instaurant une réduction des niveaux de soufre dans les carburants. Les chercheurs concluent que cette réglementation "s'est traduite par une diminution marquée et pérenne des niveaux de dioxyde de soufre (SO2) dans l'air ambiant." Ils évaluent à 2.200 le nombre de décès prématurés évités dans 20 villes étudiées depuis l'application de la réglementation. Des décès, qui, s'ils avaient eu lieu, auraient entraîné un surcoût de 192 millions d'euros.

En conclusion, les chercheurs jugent que "l'ensemble de ces résultats souligne que la promulgation et la mise en oeuvre de réglementations efficaces dans le domaine de la pollution atmosphérique se concrétisent par des bénéfices sanitaires et monétaires importants." Des résultats qualifiés de "particulièrement pertinents" quand depuis 2005 certains Etats membres ne respectent pas les seuils européens de pollution atmosphérique.

Les surcoûts justifient une réduction de la pollution

Pour France nature environnement (FNE), ces résultats "sont sans appel" et "pour la première fois, [un] programme caractérise une morbidité induite importante." L'ONG insiste en particulier sur l'aspect économique de l'étude qui "doit être impérativement pris en compte dès à présent, dans les divers projets d'aménagement et l'ensemble des politiques publiques." FNE milite en particulier pour le développement des transports publics et du fret comme substituts à la voiture et au transport routier de marchandises.

Quant aux médecins de l'Association santé environnement France, ils regrettent qu'"aujourd'hui encore l'impact des aménagements urbains sur la santé n'est pas pris en compte par les plans d'urbanisme." En particulier cela "signifie qu'on construit encore aujourd'hui des écoles aux abords des autoroutes" alors "que le trafic automobile est à l'origine de 15 % de l'asthme chez l'enfant." Et de déplorer que "comme d'habitude, on ne consulte [les médecins] que pour guérir, jamais pour prévenir, la santé [n'étant pas] prise en compte dans nos politiques publiques."

Réactions6 réactions à cet article

 

L'évidence absurde...
Une fois de plus, les études et mesures montrent ce qui est depuis toujours évident. Un simple regard sur les véhicules dans Paris intra-muros montre que ces véhicules ne sont pas en majorité d'immatriculation 75 mais de tous les départements autour de Paris. Par conséquent pourquoi ne pas taxer tous ces véhicules qui polluent Paris? Il est scandaleux que certains s'autorisent à polluer d'autres personnes. Il suffirait que les habitants des départements limitrophes prennent les transports en commun.
Il est aussi urgent que la sécurité sociale envoit la facture santé au ministère de l'environnement et des transports.

arthur duchemin | 07 mars 2011 à 09h34
 
 

Quel bonheur que des études commencent enfin à montrer que le bien être des êtres vivants a des conséquences bénéfiques sur l'économie!Bravo pour ce bel article!

mep | 08 mars 2011 à 11h48
 
 

J'aimerais bien connaître la part des moteurs diesel dans l'émission de particules et donc l'impact d'une politique industrielle visant à promouvoir prioritairement ce type de motorisations. Sans parler des NOx et autres polluants. On achète aujourd'hui des véhicules diesels même pour un usage essentiellement urbain...

teknopol | 14 mars 2011 à 12h22
 
 

L'étude en question n'a pas, contrairement à ce que l'article tente de suggérer (voir le titre sans conditionnel), compté le nombre de victimes qui ont péri à la suite de l'exposition aux poussières fines.
Non, elle a simplement fait des mesures de teneur en particules fines dans un certain nombre de villes, et comparé ensuite ces teneurs aux résultats supposés de cette exposition, se référant en cela à des études menées par ailleurs, qui n'ont évidemment pas non plus compté les morts, mais supposé un certain nombre de morts probables après avoir constaté que l'exposition à ces poussières provoquait expérimentalement un certain nombre de problèmes cardiaques, qui entraînaient statistiquement un certain nombre de décès prématurés. Nous voici donc bien loin d'une certitude : une étude fondée sur une autre étude qui suppose que...
Mais il y a beaucoup plus grave,qui vient d'être mis à jour par un journaliste américain, Steve Milloy.
Steve Milloy a découvert que sur les tests effectués sur des volontaires (41 au total) un seul cobaye humain avait effectivement été atteint de ces problèmes cardiaques, et encore, ce cobaye avait probablement des antécédents qui semblaient le mettre "hors course". Eh bien, l'étude qui incrimine les poussières fines a délibérément écarté les 40 autres cas qui n'ont ressenti aucun symptôme après l'exposition (volontaire) aux poussières.
C'est pas beau comme démonstration ça ? Et tous les gogos de croire à la nocivité des poussières fines...

Pierre-Ernest | 05 mai 2012 à 12h16
 
 

Existe t il un site qui recense les villes de France (ou europennes) avec leur taux de PM10 et PM25 ?

davidM | 05 juillet 2012 à 15h17
 
 

@davidM oui, Airparif publie ici : http://www.airparif.asso.fr/telechargement/telechargement-polluant

gabyu | 26 juillet 2012 à 05h28
 
 

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