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Les ports s'inquiètent des rejets d'eaux usées des plaisanciers

Avec le renforcement des règlementations encadrant la qualité de l'eau, les rejets d'eaux usées des plaisanciers deviennent un sujet épineux. Les autorités portuaires établissent donc des plans de réduction des rejets au port.

Eau  |    |  Actu-Environnement.com

A l'occasion d'une journée de formation organisée par les Réseaux Eau et Activités portuaires d'Idéal connaissances, communautés professionnelles au service des acteurs publics de l'eau et des professionnels des activités portuaires, des experts sont revenus sur la collecte et le traitement des eaux usées dans les ports. Un sujet qui prend de l'importance, notamment du fait du renforcement de la surveillance de la qualité des eaux de baignade ou pour l'obtention du Pavillon bleu.

De manière générale, le traitement des eaux usées à bord des navires est régi par la convention internationale sur la pollution marine (convention Marpol). Par eaux usées, la réglementation entend en particulier les eaux provenant des sanitaires. Ainsi, l'ensemble des navires transportant plus de 15 personnes ou dont la capacité de transport (appelée la jauge brute) dépasse les 400 tonneaux (soit environ 1.150 m3) ont l'obligation de traiter ou stocker leurs eaux usées. Trois options existent. Les rejets en mer sont autorisés si le bateau dispose d'une installation de traitement des eaux usées. Si le bateau est équipé d'un dispositif de broyage et de désinfection des eaux usées, les rejets sont soumis à des conditions de distance avec la côte. Enfin, faute d'équipement de traitement, il est obligatoire d'équiper le navire d'une citerne de stockage d'une capacité suffisante pour conserver toutes les eaux usées.

Par contre, les bateaux de plaisance construits avant 2008 bénéficient d'une réglementation plus souple qui n'impose pas d'installation de traitement ou de réservoirs de stockage.

Les Yachts et la Côte d'Azur

Le peu de contrôle des navires non soumis aux règles Marpol commence à poser problème pour certains gestionnaires portuaires, à l'image de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Nice Côte d'Azur qui gère quatre ports dont ceux de Cannes (Alpes-Maritimes) et Nice (Alpes-Maritimes). C'est le cas notamment des yachts qui accueillent un grand nombre de personnes lors des réceptions pour lesquels ils sont loués, alors que les installations sont dimensionnées en fonction du nombre de passagers en navigation. "Il est clair qu'il y a des rejets au port", résume Manuella Machado, responsable du département qualité sécurité environnement (QSE) à la direction des ports de la CCI Nice Côte d'Azur, justifiant que le plan "zéro rejet" s'intéresse en priorité à ce type de navires. Le problème n'est pas anecdotique, puisque les yachts peuvent atteindre jusqu'à 150 m de long. Environ 350 unités (13% de la flotte mondiale) sont basées à l'année sur la Côte d'Azur, un chiffre qui passe à 850, voire 1.100 unités, en pleine saison...

Concrètement, le plan "zéro rejet" s'applique dans un premier temps aux yachts lors des manifestations avant d'être étendu aux bateaux en hivernage. Il s'inspire de la démarche appliquée aux navires marchands et se base sur la réglementation obligeant les yachts à déposer au port l'ensemble de leurs déchets, y compris les eaux usées, avant leur départ.

La CCI a établi un système de déclaration obligatoire à renseigner préalablement à l'entrée au port. Les yachts doivent indiquer la capacité des cuves et divers éléments permettant aux autorités portuaires d'estimer la production d'eaux usées au cours du séjour. Si le volume déposé lors du départ ne correspond pas au volume estimé, les autorités peuvent sévir puisque la CCI a prévu des amendes et des sanctions pouvant aller jusqu'à l'interdiction d'accès au port. Reste que la démarche est pour l'instant en cours de validation.

Les ports de plaisance concernés

La question des rejets d'eaux usées ne se limite cependant pas aux yachts et certains ports de plaisance s'engagent aussi dans des mesures de réduction de cette pollution. C'est le cas par exemple du port de Rochefort (Charente-Maritime) qui a mis en place une opération éco-plaisancier.

Concernant les eaux usées, la commanderie a installé à l'entrée du port une station équipée de pompes permettant la vidange des eaux grises et noires stockées sur les bateaux, d'un robinet pour remplir les réserves d'eau potable et d'un nettoyeur haute pression pour laver le pont des bateaux. Ces services sont offerts gratuitement à l'ensemble des plaisanciers.

Par ailleurs, le port a développé une politique tarifaire incitative. Dans le cadre de l'opération éco-plaisancier, les autorités portuaires ont décidé d'une hausse de 7% des tarifs des services. Parallèlement, un avenant permet aux plaisanciers de bénéficier d'une baisse de 10 % par le biais du tarif "bateau propre". En signant cet avenant, ils s'engagent entre autres à équiper leur bateau d'un dispositif de rétention des eaux noires ou d'un système de traitement de l'eau avant rejet, à recourir systématiquement aux outils de vidange du port et à ne pas procéder à des rejets.

Cette hausse des tarifs est jugée faible par rapport aux éventuels coûts associés au statu quo. En effet, "les bassins du port sont dragués et les boues sont rejetées à 200 m des côtes", explique Laurent Brizard, chargé des équipements de loisirs et de tourisme à la Ville de Rochefort, "mais si les boues sont jugées non-conformes du fait de la pollution, il faudra envisager un rejet en haute mer, pour un coût dix fois plus élevé, voire un traitement à terre". Une telle situation impliquerait une multiplication par deux ou trois des factures annuelles des plaisanciers. C'est aussi l'un des messages délivrés par la commanderie lors de l'annonce du nouveau mécanisme, explique le responsable portuaire évoquant clairement "une épée de Damoclès".

La hausse des tarifs est donc censée inciter les plaisanciers à s'engager puisque la baisse accordée aux signataires de la charte conservent les tarifs précédents. "Le tarif avantageux permet d'amortir en trois ans l'investissement à réaliser par la plupart des plaisanciers", avance Laurent Brizard. Le résultat est encourageant puisque 41 plaisanciers ont signé la charte en 2011 et 11 plaisanciers supplémentaires l'ont signé pour l'année en cours. Avant la mise en place du nouveau tarif, seuls quatre plaisanciers utilisaient le système de vidange, sur quelques 700 bateaux amarrés dans le port.

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Ce problème se pose également avec acuité pour le tourisme fluviale; ayant loué pour la première fois il y a deux ans un bateau pour un séjour sur le Lot, j'ai été très désagréablement surpris que les eaux vannes soient directement rejetées dans le fleuve, et parfois à proximité de zones réservées à la baignade.
Il serait pourtant facile d'aménager les postes de prise d'eau, d'une aire de vidange à l'image de ce qui existe pour les campings-cars

Pascal | 29 juin 2012 à 09h54
 
 

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