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Transport péri-urbain : bientôt des voies réservées au covoiturage et aux bus sur les rocades et autoroutes ?

Le projet de plan de déplacement urbain francilien prévoit de réserver des voies sur les autoroutes, aux autobus, taxis et covoitureurs. A l'étude depuis plusieurs années à Bordeaux, cette mesure a été mise en place en Europe et en Amérique du Nord.

Transport  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Transport péri-urbain : bientôt des voies réservées au covoiturage et aux bus sur les rocades et autoroutes ?

L'idée n'est pas nouvelle. Depuis quelques années, l'agglomération bordelaise planche sur un projet de voie réservée au covoiturage sur la rocade, longue de 42 km. Aujourd'hui, c'est la région Ile-de-France qui envisage cette mesure dans son projet de plan de déplacements urbains (PDUIF), qui devrait être approuvé ce mois-ci. Interrogé sur France Bleu le 23 mai dernier, Pierre Serne, vice-président de la Région en charge des transports, a confirmé qu'une voie de l'autoroute A1 serait réservée aux taxis, aux bus et au covoiturage dès 2015. Il a également précisé que la Région travaillait actuellement avec l'Etat et le Stif au développement d'"une douzaine de voies dédiées sur autoroute, dont la mise en place va s'étaler sur les années qui viennent". Parmi les itinéraires pressentis : l'A1, l'A6 et l'A10.

L'article L2213-2 du code de la route permet aux communes de prendre un arrêté pour réserver l'accès de certaines voies à diverses catégories d'usagers ou de véhicules, "eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement". Mais reste à inscrire dans le code de la route une définition précise du covoiturage pour pouvoir mettre en place entièrement cette mesure. "On presse le gouvernement de le faire", a déclaré l'élu.

Le projet francilien de voies réservées

 
Une offre de bus plus attractive Pour réduire le trafic sur les axes péri-urbains, le PDUIF prévoit de développer d'ici 2020 l'offre des lignes Express, qui empruntent les voies rapides et autoroutes, pour desservir les pôles d'activités. Celles-ci parcourent plus de 20 km, avec des arrêts distants de plus d'un kilomètre.
 
Concrètement, le PDUIF prévoit que des voies soient réservées aux bus (lignes Express qui seront développées), aux taxis et aux covoitureurs sur les autoroutes et voies rapides. L'objectif : donner un avantage aux modes de déplacements alternatifs à la voiture individuelle et limiter la congestion aux heures de pointe. Cette mesure est complémentaire à l'amélioration de l'offre des transports en commun (notamment sur les voies rapides), au développement du covoiturage (aires de covoiturages…) et à l'amélioration du stationnement, prévus dans le plan de déplacement.

La voie réservée pourra être développée sur une voie nouvellement créée, sur une voie existante ou le cas échéant, sur une bande d'arrêt d'urgence. C'est le cas d'une expérience menée sur l'A10 : en attendant la mise en place d'une voie dédiée en permanence à gauche sur 2 kilomètres, la bande d'arrêt est utilisée pour faciliter le parcours des bus à l'approche de la gare de Massy. Trois cents bus utilisent chaque jour cette portion, l'objectif est de les rendre plus attractifs. Ils peuvent donc rouler sur la bande d'arrêt d'urgence dès que leur vitesse est inférieure à 50 km/h.

Chaque portion réservée fera l'objet d'une étude précise, afin d'éviter les erreurs commises en 2009, lors de l'expérimentation d'une voie réservée sur une portion de l'A1. "L'insertion à l'arrivée dans le périphérique avait été mal préparée, analyse Pierre Serne. Ce sont des choses qu'il faut extrêmement bien accompagner et vérifier, quasiment au millimètre". Selon le PDUIF, des aménagements seront réalisés aux embranchements entre les autoroutes et le périphérique, "pour garantir l'efficacité des dispositifs". Sur l'A1, le projet va être relancé. La voie de gauche sera réservée sur 5 kilomètres dans le sens Roissy-Paris. Objectif : diminuer de 5 à 8 minutes le temps de parcours vers Paris pour les bus et taxis venant des aéroports de Roissy et du Bourget.

Les voies réservées augmentent le covoiturage

Outre une meilleure attractivité des bus, le PDUIF veut changer les comportements des automobilistes. En Ile-de-France, la voiture reste en effet le principal mode de déplacement motorisé. En semaine, les congestions peuvent atteindre 300 kilomètres pendant les heures de pointe…

Avant de lancer son projet de voie réservée, la Communauté urbaine bordelaise (CUB) a constaté que 83% des véhicules sont occupés par une personne sur le trajet domicile-travail, 15% par deux personnes et 1,5% par trois personnes. Le fait d'ouvrir les voies réservées au covoiturage peut-il avoir un effet sur le taux de remplissage des voitures ?

Au Canada, où les premières voies réservées aux véhicules multi-occupants (VOM) ont été mises en place dans les années 90, les autorités ont constaté un fort développement du covoiturage. Selon le ministère des Transports de l'Ontario, en 2006, près de 40% des personnes se déplaçant à l'heure de pointe sur l'autoroute 403 en direction Est le faisaient en covoiturage, contre 14% trois ans plus tôt…

La raison ? Les covoitureurs gagneraient 14 à 17 minutes par trajet en empruntant la voie réservée, la vitesse de circulation y étant en moyenne de 100 km/h, contre 60 km/h sur les autres voies.

"Aujourd'hui, il y a plus de 4.000 kilomètres de voies réservées aux VOM et 130 programmes pour VOM dans plus de 30 villes nord-américaines", soulignent les autorités canadiennes.

A Madrid, plusieurs voies ont été réservées au covoiturage et aux bus, desservant la ville le matin, et la périphérie le soir, sur près de 12 km. Cette mesure a permis une "considérable réduction du temps de trajet, malgré une érosion rapide de ce gain dans les mois suivants l'ouverture, du fait de l'essor du covoiturage", analyse la Direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement Ile-de France, dans une étude sur les expériences étrangères. La voie réservée a été victime de son succès ! Les autorités étudient donc la possibilité de passer le taux d'occupation des véhicules exigés de deux à trois personnes, "afin de maintenir un niveau de service satisfaisant pour les bus".

Ces expériences montrent l'importance des règles qui seront fixées. Outre le taux d'occupation des véhicules à déterminer, il faut également définir les types de véhicules autorisés à emprunter les voies réservées. Les Etats-Unis et le Canada ont, par exemple, accordé une dérogation pour les véhicules électriques ou hybrides, occupés par une seule personne.

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