Ancien Minsitre de l'Environnement, Présidente de Cap21
Il fallait être au « Moon palace », centre improbable de la conférence de Cancun vers 21h vendredi soir quand 3000 personnes environ ont réservé une standing ovation à la Présidente de la COP16, Mme Espinosa, Ministre de l'environnement du Mexique et plus encore vers 3H30 du matin samedi quand les délégués ont adopté par acclamation (à l'exclusion de la Bolivie qui jusqu'au bout a refusé le consensus) les 2 textes de Cancun pour mesurer l'enthousiasme de la salle, délégués et représentants de la société civile.
Nous revenons de loin, car l'accord a été difficile à trouver et toutes les délégations ont salué le talent de la Présidente qui a su renouer les fils de la confiance et trouver des compromis qui font avancer le sujet sans entraîner aucun blocage. Ce qui est une prouesse, vues les postures opposées des pays du sud qui ne voulaient rien signer sans une deuxième période pour Kyoto et les signataires de Kyoto - à l'exclusion des européens - qui ne voulaient pas s'engager sur une seconde période. Surtout, nous renouons avec l'espoir de trouver les moyens d'une gouvernance mondiale en capacité de mettre en œuvre et pas seulement de mettre en mots les outils de réduction massive des émissions pour les uns, de limitation des augmentations pour les autres et d'adaptation pour tous. Nous renouons avec la reconnaissance par tous les Etats, après la guerre criminelle menée par les officines climato-sceptiques alimentées par les lobbys pétroliers, de l'étendue des connaissances scientifiques sur les causes anthropiques du changement climatique, la gravité de la situation et l'immensité du champ des transformations à accomplir. Bref, après le fiasco de Copenhague, le dynamisme de Cancun qui met en place d'ores et déjà de nouveaux moyens et ouvre la voie à l'adoption à Durban d'engagements contraignants, qui ne doivent cependant pas tourner à l'obsession. En effet, a quoi bon se fixer des objectifs si les moyens de les atteindre et les instruments de contrôle et de sanctions n'existent pas ?
Certes, le texte reconnaît lui-même que les engagements actuels qui sont ceux de Copenhague désormais intégrés dans le système onusien, ne permettent en aucun cas d'atteindre les 2 degrés maximum et a fortiori les 1,5° qu'il conviendrait de ne pas dépasser. Nous sommes totalement hors de l'épure. Mais pour autant, Cancun va au-delà des espérances les plus fortes qui pouvaient être nourries. La validation de Copenhague et la porte entre ouverte à une deuxième période de Kyoto étaient indispensables. Mais nous avons mieux même si le texte recèle des flous artistiques, des ambigüités, voire des incongruités lorsque par exemple les mécanismes de développement propres servent à financer des centrales à charbon ou la recherche sur le stockage du carbone : le texte sur les forêts, le texte sur les MRV c'est-à-dire les outils de mesure et de contrôle des émissions qui donnaient lieu à de grandes difficulté sino-américaines, le texte sur les transferts de technologie , même si la question des brevets n'est pas tranchée, le texte sur la formation. Le fonds vert est crée, avec un équilibre entre pays donateurs et receveurs même si la Banque mondiale en sera temporairement le gestionnaire.
Alors, oui. De grands progrès restent à faire sur des points cruciaux : renforcer les engagements de réduction en trouvant une solution pour les grandes économies émergées comme la Chine, l'Inde ou le Brésil et leur donner une forme légale. Dire enfin comment sera alimenté le fond vert ce qui imposera une taxation quelle qu'elle soit.
Mais, la transformation de l'économie en une économie de sobriété énergétique est désormais incontournable et le montant des investissements chinois et coréens devraient sérieusement faire réfléchir les européens et en particulier les Français tentés par une guerre de retard…
A Cancun, l'Humanité a repris son destin en main.
Corinne LEPAGE, avocate, ancien Ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21.





