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L'Anses ne s'oppose pas à l'utilisation d'eaux usées traitées pour la consommation humaine

L'Anses s'est récemment prononcée sur un projet de réutilisation d'eaux usées traitées pour la consommation humaine prévu en Vendée. Elle établit un cahier des charges des mesures de contrôle à mettre en œuvre.

Eau  |    |  Marine CalmetActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°357 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°357
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L'alimentation en eau potable ne coule pas de source en Vendée. Le schéma départemental d'alimentation en eau destinée à la consommation humaine (EDCH) du département fait état d'un "déficit d'eau pour la production d'EDCH de mai à octobre en année sèche et caniculaire évalué à 8 millions de mètres cubes à l'horizon 2025 pour les secteurs côtiers. 100.000 Vendéens sont concernés par un risque élevé de rupture d'alimentation, comme ce fut le cas à trois reprises entre 2003 et 2009".

Afin de prévenir une rupture d'alimentation en eau, des mesures ont d'ores et déjà été mises en place, notamment afin de favoriser les économies d'eau. D'autres projets sont à l'étude, tel que la rehaussement de barrages, le stockage dans des carrières, le dessalement d'eau de mer. Dans le cadre de cette politique globale mise en place en vue d'éviter des interruptions de distribution, le préfet et le syndicat départemental "Vendée Eau" ont lancé des réflexions sur un projet d'expérimentation d'utilisation d'eau usées traitées. Il porte sur la construction d'une canalisation de 19 kilomètres reliant une station de traitement des eaux usées à une retenue d'eau servant à alimenter une filière de production d'EDCH. "Cette question pourra être éclaircie par l'expérimentation mais à priori il s'agirait d'un procédé utilisé de manière non permanente en période sèche", précise Jérôme Bortoli, directeur général du syndicat de distribution d'eau "Vendée Eau".

Face à ce projet innovant, le syndicat a sollicité l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). L'Agence a publié le 3 février dernier, une note d'appui scientifique et technique concernant ce projet.

Une pratique peu développée

Pour se positionner, l'Anses s'est appuyée sur les expériences étrangères. Ce type de projet a fait l'objet d'une étude de l'Agence de l'environnement australienne publiée en 2008. Celle-ci propose une méthode de gestion des risques sanitaires et environnementaux grâce à une analyse des risques reposant sur l'identification de points de contrôle au cas par cas.

L'utilisation indirecte d'eaux usées traitées dans le mélange avec les eaux de retenue est également employée pour la production d'eau potable au Bangalore (Inde), en Virginie (Etats-Unis) et à Singapour.

En France, des projets de réutilisation d'eaux usées traitées (Reuse) ont été lancés. Après le succès qu'a connu le projet d'irrigation du golf de Spérone, un appel à projet de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse est en cours. Mais actuellement, aucune disposition réglementaire ne vient encadrer spécifiquement les projets d'utilisation d'eau usée pour la production d'eau potable. L'arrêté du 25 juin 2014 a modifié l'arrêté du 2 août 2010 relatif aux prescriptions sanitaires et techniques applicables à l'utilisation d'EUT, mais celui-ci ne trouve à s'appliquer qu'à des fins d'irrigation de cultures ou d'espaces verts.

Les conseils de l'Anses

Ce qui explique que cette pratique ne soit pas répandue malgré la raréfaction des ressources en eau, c'est que les eaux usées traitées contiennent des polluants chimiques ainsi que des micro-organismes pathogènes pouvant avoir un effet néfaste sur l'écosystème dans lequel elles seraient déversées et sur la santé humaine. Les caractéristiques de la retenue du Jaunay ont été prises en compte dans le rapport afin de prévoir les effets des rejets sur la qualité de l'eau. La retenue est en effet un lieu touristique, de baignade et de pêche. Ses volumes d'eau peuvent fortement varier en fonction des saisons et présentent déjà un taux élevé en chlorures. La note souligne à ce titre, "qu'il serait nécessaire que la qualité des EUT contribue à une reconquête de la qualité des eaux de la retenue".

Le Comité d'experts spécialisé "Eaux" (CES "Eaux") de l'Anses prévoit un inventaire des réglementations applicables au projet. Ainsi, il s'agira dans un premier temps pour l'exploitant d'obtenir l'autorisation de rejet d'EUT dans les eaux de la retenue au titre de l'arrêté du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif. La note prévoit que la demande d'autorisation de rejet devra comporter une analyse globale des installations et des écosystèmes concernés. Elle devra faire ressortir entre autres des informations relatives à l'agglomération ainsi qu'une évaluation des volumes collectés par l'installation d'assainissement (apport du système de collecte et apports extérieurs). Les informations fournies devront également concerner les capacités et le diagnostic de fonctionnement du système de collecte des eaux.

Dans un deuxième temps, l'exploitant devra obtenir l'adaptation de l'autorisation d'utilisation d'EDCH aux caractéristiques du projet au titre de l'arrêté du 20 juin 2007 relatif à la constitution du dossier de la demande d'autorisation d'utilisation d'EDCH.

Réactions2 réactions à cet article

 

Je pense qu'il faudrait bien distinguer, dans le potentiel d'utilisation de l''EDCH, l'eau qui pourra être "réutilisée après traitement" dans chaque habitation, comme par exemple dans les sanitaires ou l'électro-ménager (lave-linge, lave-vaisselle...), et cela sans grand risque sanitaire (même après traitement...), et celle qui pourra être utilisée pour la boisson ou les douches ou le lavage des dents... : plusieurs avis valant mieux qu'un, il sera nécessaire de débattre à ce sujet dans les prochaines années...

Concernant le déficit hydrique en AEP, ne faudrait-il pas commencer par la réfection des réseaux anciens à récents, quasiment tous plus ou moins fuyards et qui impliquent une très forte perte en eau potable (parfois supérieur à 30-40 % sur un réseau !!!), et également par la mise en place de réservoir tampon de grande capacité (comme le faisait les romains il y a 2000 ans...)...
Il faudrait surtout, pour pouvoir réaliser de véritables économies concernant l'eau prélevée dans les nappes ou cours d'eau, INTERDIRE l'irrigation par temps de canicule et en plein jour/en plein soleil avec une évapotranspiration au maximum..., comme on peut le voir trop souvent hélas...

Un peu de réflexion et des financements bien placés peuvent aboutir à une meilleure gestion de l'eau, sans que le consommateur n'ait besoin de payer encore une énième redevance aux traiteurs d'eau pour boire de l'eau "sale" traitée...

TBL69 | 01 mars 2016 à 18h03
 
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Tes remarques sont très pertinentes TBL69, une meilleure utilisation de l'eau et des financements bien orientés permettraient de rentabiliser la ressource en eau.

Pour le fait d'utiliser des eaux usées traitées pour des usages domestiques : il s'agît d'une solution pleine de sens mais qui peut s'avérer plus conséquente en termes d'investissement.
Il faudrait, en effet, revoir la conception des réseaux ou alors se pencher sur la gestion des flux à l'intérieur des habitations.
Sur la conception des réseaux, il pourrait être judicieux d'imposer des études de faisabilité lors d'extension de réseaux en intégrant une gestion intelligente des eaux pluviales.

Il existe pas mal de pistes d'amélioration pour la gestion des eaux encore faut-il que des politiques claires et incitatrices (subventions ou pénalités) soient mises en place!

inbred38 | 04 mars 2016 à 14h50
 
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