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Climat : le Giec alerte sur les risques, mais les Etats traînent des pieds

Le volet "vulnérabilité, impacts et adaptation" du rapport du Giec appelle à mettre en œuvre au plus tôt des stratégies d'adaptation. Mais le message est rendu peu lisible par le travail d'édulcoration réalisé par les Etats.

Climat  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

"La nature des risques liés aux changements climatiques est de plus en plus claire, bien que l'évolution du climat doive continuer à produire des surprises. (…) Les risques à venir imputables aux changements climatiques dépendent largement de l'ampleur de ces changements. Un réchauffement croissant augmente la probabilité d'incidences graves et généralisées pouvant être surprenantes voire irréversibles". Tel est le principal message du nouveau rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) rendu public ce lundi 31 mars.

Néanmoins, peu d'éléments concrets se détachent de la synthèse de ce rapport, compte tenu de la variabilité régionale des phénomènes étudiés, mais aussi (et surtout ?) du travail minutieux des représentants des 195 Etats participant au Giec. Ces derniers ont, semble-t-il, fait leur possible pour expurger la synthèse finale des informations et graphiques les plus explicites…

Pendant une semaine, les experts du Giec et les représentants des Etats étaient réunis à Yokohama (Japon) pour conclure les travaux du deuxième groupe de travail (WG2) en charge d'évaluer les impacts des changements climatiques, la vulnérabilité et l'adaptation. Le résumé à l'attention des décideurs, qui synthétise en 44 pages les quelque 2.000 pages du rapport complet, remplace en tant que document de référence, son prédécesseur publié il y a sept ans. Il s'agit de la cinquième publication de ce rapport après celles de 1990, 1995, 2001 et 2007.

S'adapter sans attendre de subir

Si "le groupe permet de se faire une idée du climat futur", explique Hervé Le Treut, directeur de l'Institut Pierre-Simon Laplace, il ne propose pas de solutions d'adaptation toutes faites mais "une méthodologie, un guide". Contrairement au premier volume de ce cinquième rapport, il n'y a donc pas de grandes conclusions, mais plutôt une série d'observations des impacts actuels et à venir, ainsi que des exemples de stratégies d'adaptation qui varient selon les contextes locaux. En conséquence, pour la première fois le rapport est scindé en deux parties : une première partie générale et une seconde qui aborde les conséquences régionales par le biais de synthèses continentales.

Le rapport tente aussi de montrer la continuité entre le présent et le futur ainsi qu'entre les modifications naturelles des écosystèmes et les perturbations anthropiques. Il débute donc par le détail des observations actuelles, poursuit avec des projections en fonction des changements climatiques possibles d'ici à la fin du siècle et conclut avec les stratégies d'adaptation permettant d'améliorer la résilience des écosystèmes et des sociétés humaines.

Autre grande conclusion du rapport : l'adaptation incrémentale, c'est-à-dire l'adaptation marginale et dépendante des impacts ressentis, n'est pas idéale. Il faut plutôt envisager une adaptation globale, sans attendre d'être confronté aux premiers impacts.

Une synthèse très politique

Cependant, au-delà de ces quelques conclusion, le rapport est pauvre en données concrètes. Il faudra aller fouiller les 2.000 pages du rapport complet pour se faire une idée de ce qui attend l'humanité. En cause, le travail de certains Etats qui ne souhaitaient pas voir figurer dans le rapport de synthèse certaines conclusions du document principal.

Un exemple illustre parfaitement ce travail d'édulcoration du résumé effectué par les représentants des Etats participant au Giec. Le graphique synthétisant les impacts prévisibles (voir encadré) devait marquer par deux droites horizontales les seuils de +2°C et +4°C par rapport à l'ère industrielle. Les risques encourus au-delà d'une hausse de 2°C, soit la hausse sur laquelle la communauté internationale cherche à s'entendre, aurait alors été immédiatement visibles. Un tel graphique aurait alors tout eu du symbole synthétisant autant que faire se peut des centaines d'études. Mais lors des discussions entre Etats, deux camps se sont affrontés : les pays les plus menacés souhaitaient fixer le seuil bas à 1,5°C (soit l'objectif qu'ils souhaitent voir adopter par la communauté internationale) et un groupe de pays mené, semble-t-il, par le Canada a demandé, et obtenu, le retrait des deux seuils. Officiellement, tracer de telles lignes reviendrait à émettre des recommandations aux décideurs, alors que le Giec doit se limiter à présenter les faits. C'est certes vrai, mais sans ces deux lignes, le graphique perd tout son intérêt…

© Giec
 

Même chose, concernant l'évaluation, pourtant cruciale, des coûts d'adaptation. Officiellement, la "vision parcellaire" de ces coûts justifie l'absence de chiffrage dans la synthèse destinée aux décideurs. Néanmoins, la réalité semble plus triviale : alors que la communauté internationale négocie actuellement le montant et le financement du fonds international d'adaptation pour la période post-2020, certains Etats ont refusé de voir inscrit dans le résumé du rapport du Giec un chiffrage qui aurait servi de référence incontournable dans ces négociations. Et pourtant, la version originale du résumé stipulait bel et bien que l'adaptation coûterait entre 4 et 119 milliards de dollars par an… Cette fourchette a disparu du document final et n'apparaît plus que noyée dans les quelque 2.000 pages du rapport complet.

Enfin, deux autres schémas ont disparu de la version définitive : celui sur la fonte des glaciers et celui sur les risques menaçant les forêts. En l'occurrence, certains pays jugeant que les données les concernant n'étaient pas suffisamment robustes ont obtenu le retrait de ces deux figures. Et pourtant, une part non négligeable des ressources en eau de l'humanité dépend des glaciers…

Des phénomènes connus mais peu lisibles

En conséquence, au delà du message sur l'indispensable adaptation aux impacts des changements climatiques, le résumé ne vient que confirmer, de façon assez floue, des faits bien connus des spécialistes, voire du grand public.

Parmi les principaux impacts attendus, figure la modification des rendements agricoles. Cependant, l'information présentée dans la synthèse est peu lisible. L'impact le plus fort devrait concerner le blé qui pourrait afficher une baisse de rendement, au niveau mondial, d'environ 2% par décennie. Mais cette évaluation n'est qu'une médiane et les études font apparaître des variations comprises entre 0 et -5%. Par ailleurs, cette évaluation globale ne dit rien des variations locales qui peuvent être plus importantes. Même constat pour le riz : si la médiane est plutôt rassurante, puisqu'aucune variation de rendement au niveau mondiale n'est annoncée, les études citées annoncent pourtant des modifications de rendement comprises entre +0,5 et -3,5%. Là encore, la variabilité locale n'est pas prise en compte.

De même, si la hausse du niveau des océans et l'augmentation des précipitations violentes devraient augmenter les risques d'inondation des côtes et des plaines alluviales, il est très difficile de tirer une règle générale. En effet, la hausse des océans enregistrée au XXème siècle est de 20 cm, mais la réalité varie fortement comme le montre l'exemple de l'archipel polynésien de Tuvalu qui a enregistré une élévation de l'océan Pacifique le long de ses côtes de l'ordre de 50 cm au cours des cinquante dernières années.

Côté adaptation, les capacités des écosystèmes et des espèces les composant varient selon des facteurs biologiques (en terme de renouvellement des populations ou capacité de déplacement, par exemple), les stress subis (en particulier la destruction des habitats et la compétition avec les espèces invasives) et la richesse génétique des populations. En l'occurrence, les insectes disposent d'une bonne capacité d'adaptation à des changements climatiques modérés. Ces éléments expliquent que la vitesse de migration des espèces vers les pôles, que de nombreux chercheurs ont étudiée, soit si hétérogène. Elle peut atteindre plus de 100 km par décennie pour certaines espèces de poisson ou au contraire être difficilement mesurable pour certaines espèces végétales.

Réactions12 réactions à cet article

 

Il est sans doute déjà trop tard..
Entre le moment ou les scientifiques ont alerté sur le changement climatique et le moment ou les responsables politiques prennent de décisions la situation continue de se dégrader. De plus les décisions politiques a prendre sont difficiles, leurs résultats ne sont pas nécessairement assurés et ça coute cher, trés cher!
Le tout premier signe inquiétant fut l'élevation constante du taux de CO2 dans l'air montrant qu'un équilibre s'était ROMPU.
A la base de TOUT il y a cette explosion démographique qui entraine mécaniquement une consommation de ressources est là-dessus s'ajoute une élevation du niveau de vie qui entraine une surconsommation (par rapport à avant) de ressources naturelles.
Mais en vérité le problème est bien plus ancien parce que la planète réagit avec une énorme inertie et ce n'est que trés tard que des signes inquiétants sont apparus et encore plus tard qu'on s'en soit préoccupés.

ami9327 | 31 mars 2014 à 22h26
 
 

Le Giec c'est des menteurs en bande organisée. Normal qu'il soit de moins en moins écouté.

Laurent Berthod | 01 avril 2014 à 11h32
 
 

Le capitaine du Titanic n'avait pas vu l'iceberg.....LUI!!!

lio | 01 avril 2014 à 12h17
 
 

Quand seront vérifiées (hélas) les prévisions du GIEC, organisme sérieux et indépendant ou les critiques, lectures et relectures sont légions avant publication des travaux, les négationnistes seront les premiers à geindre.

jms | 01 avril 2014 à 13h51
 
 

@Laurent Berthod, une esclandre en 2 phrase, le tout sur moins d'une ligne, on dirait que le job de lobbyiste ne paie plus ...

chocard | 01 avril 2014 à 16h54
 
 

Bizarre que le GIEC (I = Intergouvernemental) dénigre à ce point les... gouvernements dont il est issu. En anglais c'est IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change). Le I de GIEC ne veut absolument pas dire "indépendant" contrairement à ce qui est colporté.
Les messages du GIEC sont des messages des gouvernements.
Pourquoi cette posture?
Pourquoi cet alarmisme?
Quel est le fond du message à part celui de Philippulus le Prophète dans L'étoile mystérieuse de Tintin: "repentez-vous, la fin est proche"

Albatros | 02 avril 2014 à 17h33
 
 

Je constate qu'un nouveau message important apparaît dans ce rapport "édulcoré" du GIEC "S'ADAPTER AVANT DE SUBIR" c'est à dire se protéger par rapport à des événements désormais inéluctables avec une distorsion grandissante suivant les régions, entre pays "riches" et pays "pauvres". Pour illustrer ce propos la Hollande saura prendre les mesures pour se protéger du risque grandissant d'inondation - et ils ont déjà entrepris de gros travaux dans ce sens, le Bengladesh en sera incapable. Question: Que peut et doit faire la communauté internationale face à cela?

jed le picard | 04 avril 2014 à 12h33
 
 

La saillie de M. Berthod est certainement excessive.

Il n'en demeure pas moins que l'alarmisme et le catastrophisme climatologiques sont devenus un fond de commerce, que toute critique de cet alarmisme et catastrophisme (lire aussi : fond de commerce) est devenue haram, et que le GIEC manifeste tous les symptômes de l'escalade d'engagement.

« Néanmoins, peu d'éléments concrets se détachent de la synthèse de ce rapport, compte tenu ... du travail minutieux des représentants des 195 Etats participant au Giec. »

Bien évidemment, cette escalade d'engagement est surpassée par les médias animés par la fibre écolopolitique.

Wackes Seppi | 04 avril 2014 à 23h26
 
 

Des décideurs qui n'écoutent plus leurs experts scientifiques, c'est grave et significatif d'un début de décadence. Plusieurs politiques éminents tels Juppé et Rocard l'ont déjà dit.
Les décisions des Etats sont prises non plus dans l'intérêt général, voire de l'humanité, mais en fonction des intérêts particuliers des partis au pouvoir, bref dans le but d'être réélus. L'exemple allemand est édifiant : Merkel s'est précipitée dans sa Transition Energétique au moment où elle sentait le pouvoir lui échapper. Pour se rallier les Verts elle a décidé d'arrêter le nucléaire pour développer l'éolien et le solaire, lesquels doivent être soutenus 70% du temps par des centrales au gaz (russe!) qui produisent du CO2 quand le nucléaire n'en produisait pas.
En France, Hollande est mené par le bout du nez par EELV dont le poids électorale est minuscule, mais dont le pouvoir de nuisance est important. Et surtout qui exige une transition à l'Allemande, au mépris du climat, pourvu que leur dogme (la sortie du nucléaire) soit satisfait.
Il est normal que les scientifiques et autres technocrates ne décident pas, car ils ont parfois une vision trop étroite des enjeux, mais il est encore pire que les décideurs ne prennent pas en compte leurs avis et surtout leurs alertes.
Quant il sera trop tard, il se trouvera d'autres politiques pour critiquer leurs prédécesseurs et dire que c'était prévisible.
Respectons ceux qui ont le savoir, exigeons de ceux qui ont le pouvoir qu'ils les écoutent.

alain38 | 06 avril 2014 à 08h51
 
 

Le GIEC produit des rapports, ensuite tous le monde polémique dessus et résultat RIEN n'est fait. C'est pour cela que j'ai écrit qu'il était sans doute déja trop tard...
A mon age quelle importance tout ça...

ami9327 | 07 avril 2014 à 22h53
 
 

Il ne faut accorder aucun crédit aux rapports des prophètes Philippulus du Giec.

Laurent Berthod | 08 avril 2014 à 12h36
 
 

Les deux "éminents politiques" Rocard et Juppé sont des fonctionnaires congénitaux qui cumulent chacun une retraite depuis quelque décennies et des émoluments payés par l'Etat, l'un pour visiter les pingouins, l'autre pour faire croire qu'il est "le meilleur". Et ils critiquent l'Etat dont ils sont les plus purs produits et leur empreinte carbone, additionnée à celle d'un Nicolas Hulot, est plus élevée que celle de certains états.
Ils ne sont pas dignes d'être pris au sérieux, tout "éminents" qu'ils soient.

Albatros | 08 avril 2014 à 16h25
 
 

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