Pour la quatrième fois depuis sa création (1990, 1995, 2001, 2007) et après six années de travail, auxquelles ont participé plus de 2.500 scientifiques internationaux, le Rapport de Synthèse du quatrième Rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat) sera validé lors d'une réunion plénière, à Valence en Espagne, du 12 au 16 novembre prochain.
L'une des principales activités du GIEC, co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2007, consiste à procéder, à intervalles réguliers, à une évaluation de l'état des connaissances relatives au changement climatique. Ces rapports d'évaluation comprennent plusieurs volumes et fournissent des informations scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs incidences et les mesures qui pourraient être prises pour y faire face. Il se compose de trois groupes de travail et d'une équipe spéciale pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre.
L'ensemble des rapports produit par ses trois groupes tient lieu de référence pour les scientifiques et les décideurs du monde entier. En effet, le premier rapport d'évaluation du GIEC, publié en 1990 a amené l'Assemblée générale des Nations Unies à décider d'élaborer une Convention-Cadre sur les changements climatiques (CCNUCC) qui a reconnu l'existence du changement climatique. Le deuxième, publié en 1995, a fourni les éléments de base aux négociations du Protocole de Kyoto, issu de la Convention et le troisième rapport de 2001 a confirmé le rôle de l'homme dans le réchauffement constaté au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
Dans le cadre de ce quatrième rapport, le volet scientifique (Groupe I) a été discuté du 27 janvier au 2 février dernier à l'UNESCO à Paris. Le groupe de travail II qui traitait notamment des conséquences potentielles de ce changement s'est quant à lui réuni à Bruxelles, du 2 au 5 avril dernier. Si le rapport du Groupe I a quantifié la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique (probabilité supérieure à 90%) et précisé l'ordre de grandeur du réchauffement à venir (la température moyenne annuelle du globe s'élèvera d'ici 2100 de 1,1°C à 6,4°C), le rapport du Groupe II a anticipé sur les impacts du changement climatique non seulement environnementaux, mais aussi économiques et sociaux à venir : des conséquences globalement « négatives », à partir du moment où la température moyenne mondiale dépassera de 2 ou 3 degrés son niveau de 1990.
Ainsi, suite à l'approbation des résumés à l'intention des décideurs du groupe de travail I et II du GIEC, le groupe de travail III du GIEC qui a pour mission d'évaluer les solutions envisageables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ou atténuer de toute autre manière les changements climatiques, s'est réunit à Bangkok en Thaïlande, du 30 avril au 3 mai dernier pour valider et publier son propre résumé : « Bilan 2007 des changements climatiques : mesures d'atténuation ». Ce sont à nouveau plusieurs centaines d'experts du monde entier désignés par leur gouvernement qui se sont regroupés pour finaliser ce bilan. Selon plusieurs scénarios présentés dans le résumé, il en coûterait entre 0,2 % et 3 % du produit intérieur brut mondial (PIB) à l'horizon 2030 pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre. Le rapport prévient que les vingt à trente prochaines années seront cruciales dans les efforts pour atténuer le réchauffement de la planète. Pour tenir l'objectif de 2 degrés, les spécialistes jugent nécessaire une réduction de 50 à 85% des émissions de dioxyde de carbone (CO2) d'ici à 2050 et soulignent que la technologie pour ce faire est déjà disponible.
Ce quatrième rapport de synthèse reprendra des informations contenues à la fois dans les rapports intermédiaires de chacun des groupes et dans les Résumés à l'attention des Décideurs de chacun d'entre eux.
Un ensemble de travaux qui a livré les derniers enseignements scientifiques concernant le changement climatique et s'attarde, notamment, sur les conséquences de celui-ci en matière d'adaptation et de développement durable, souligne la Mission Interministérielle de l'Effet de Serre (MIES). Le quatrième Rapport va également
fournir des observations plus fines et plus approfondies sur les différents aspects régionaux du changement climatiques. Il deviendra ainsi l'ouvrage de référence scientifique sur le changement climatique pour les décideurs politiques et alimentera les négociations de la 13ème Conférence des Parties à Bali en décembre prochain, notamment celles portant sur le débat du futur régime multilatéral post 2012…
Hier le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a appelé à une action urgente contre le réchauffement climatique.
Galvaniser l'action internationale contre le réchauffement climatique est l'une de mes priorités en tant que secrétaire général, a-t-il déclaré lors d'un déplacement au Chili.
Nous faisons clairement face à une urgence. Et nous avons besoin d'une action d'urgence, a-t-il estimé.
Rappelons que la conférence de Bali de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) poursuivra les négociations officielles sur la réduction des gaz à effet de serre pour l'après 2012, c'est-à-dire pour la deuxième phase du protocole de Kyoto (2013-2017). Les participants chercheront une nouvelle fois à obtenir un consensus entre les 35 pays industrialisés qui se sont engagés à respecter le protocole de Kyoto et ceux, comme la Chine et les États-Unis, qui n'ont pas souhaité le ratifier. Au terme de ces discussions, devra être fixé un nouveau protocole, plus large et plus ambitieux, destiné à succéder au protocole de 1997 au sein duquel trente-six pays industrialisés se sont engagés à réduire, entre 2008 et 2012, leurs émissions de gaz à effet de serre d'au moins 5 % par rapport au niveau de 1990. Au total, cent soixante-quinze pays ont maintenant ratifié le traité, qui est entré en vigueur le 16 février 2005. Le sort de l'après-Kyoto et l'urgence d'établir un accord avec l'ensemble des pays et notamment les États-Unis seront donc au cœur de cette conférence. Pourtant, même si les rapports dénonçant le risque climatique s'accumulent, les négociations post 2012 de Bali promettent d'être délicates car le Président américain George W. Bush continue de refuser le système des quotas et du commerce de CO2 prévus par le protocole de Kyoto, préférant orienter les débats vers des objectifs non contraignants de réductions substantielles d'émissions de GES. La résistance continue des Etats-Unis à un accord contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre est donc un obstacle majeur.
C.SEGHIER
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