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“ Nous demandons la rénovation thermique d'environ 6 millions de logements à l'horizon 2020 ”

Réduction des besoins, essor des énergies renouvelables, une sortie du nucléaire dès 2031: le scénario énergétique de Greenpeace prévoit une réduction de - 95% des émissions de gaz à effet de serre en 2050. Précisions de Cyrille Cormier, chargé de campagne Énergie Climat à Greenpeace France.

Interview  |  Energies  |    |  Actu-Environnement.com
   
“ Nous demandons la rénovation thermique d'environ 6 millions de logements à l'horizon 2020 ”
Cyrille Cormier
Chargé de campagne Énergie Climat à Greenpeace France
   

Actu-environnement : Quels sont les principaux leviers de votre scénario de transition énergétique ?

Cyrille Cormier : L'un des principaux leviers, c'est une décision politique. La France s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% en 2050 à travers les objectifs de l'Union européenne. François Hollande s'est positionné en faveur d'une réduction du nucléaire dans le mix énergétique. Nous demandons donc un calendrier de fermeture des réacteurs ainsi que d'aller plus loin et de fermer l'ensemble de ces derniers.

Pour compenser la fermeture des réacteurs, un plan de développement des énergies renouvelables électriques doit être décidé : rétablissement du système de tarifs d'achats et soutien aux filières renouvelables électriques solaire ou éolienne.

Du côté de la demande, il faut que la France s'engage pleinement dans des objectifs contraignants en 2020 ou 2030. En particulier, nous demandons une rénovation thermique ambitieuse avec environ 6 millions de logements rénovés à l'horizon 2020, à des niveaux très faibles de consommation énergétique correspondant au label BBC. Ce sont des décisions politiques qui doivent être prises maintenant pour engager la France dans la transition énergétique.

AE : Sur quelles tendances de consommation vous basez-vous ? Quels sont les autres secteurs concernés?

CC : Le bâtiment reste l'une des mesures phares. Dans les transports, l'urgent est d'opérer un transfert vers les modes de transport les plus efficaces : développer des systèmes ferrés pour le transport de personnes mais aussi de marchandises. Nous espérons le voir s'étoffer d'ici 2020.

Nous estimons que nous pouvons baisser de 15% la consommation dans les transports au travers du transport modal mais également des mesures sur l'efficacité notamment des moteurs. Il faudra optimiser le poids des véhicules, l'aérodynamisme, etc.

Notre scénario prévoit le développement de l'hybridation des véhicules de transport routier, ce qui permettrait d'augmenter leur efficacité et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans l'industrie, nous estimons que la baisse serait plus faible que dans les autres secteurs. Nous établissons les gains potentiels essentiellement sur la récupération de chaleur dans les différents processus industriels.

AE : Quelles sont les pistes pour sécuriser l'approvisionnement : RTE alertait en septembre dernier sur un risque de tension électrique en 2016 ?

CC : Cette question est au cœur de la partie transition électrique de notre scénario. La pointe de consommation saisonnière a augmenté de 40% en 10 ans : elle est arrivée à 102 gigawatts, en 2012. Ce niveau est incroyablement élevé quand nous savons qu'en Allemagne la consommation est à 86 gigawatts. C'est le chauffage électrique qui génère cet appel de puissance.

Dans le cadre du plan de rénovation des logements, nous appelons à la dépose des chauffages électriques, de type convecteur, rayonnant, accumulateur, etc. pour les remplacer par des moyens de production de chaleur renouvelables.

Cette dépose permettrait d'abaisser la pointe de consommation pour revenir à des niveaux du début des années 2000 : 73 gigawatts de pointe de consommation à l'horizon 2035.

Par ailleurs, le développement des renouvelables dans le système électrique nécessitera le développement des interconnexions avec les pays voisins. L'Allemagne, le Danemark se sont déjà engagés sur la voie de la transition électrique et fournissent déjà sur le marché européen de forts volumes d'électricité renouvelable. Il faudra également développer le stockage. Notre scénario propose un développement des stations de transfert d'énergie par pompage et, à partir de 2030, l'essor du stockage par gaz de synthèse : transformer de l'électricité par hydrolyse en hydrogène ou par méthanation. Ce méthane pourra ensuite être réutilisé soit pour produire de l'électricité, soit pour produire de la chaleur, en l'injectant dans le réseau de gaz existant.

AE : Quel coût pour ces mesures et plus globalement de votre scénario ?

Nous n'avons pas évalué le coût global mais un certain nombre d'aspects de notre transition. Dans notre scénario, nous évaluons à 286 milliards d'euros les investissements nécessaires à la transition de moyens de production électrique pour 2013-2035, qui correspond à la période de sortie du nucléaire.

Pour les investissements, pour la production de chaleur, nous établissons la facture à 165 milliards d'euros.

Sur la période 2013-2050, nous pourrions économiser jusqu'à 130 milliards d'euros grâce au retrait des matériaux fossiles et fissibles : nous n'importerions plus d'uranium, de gaz, de charbon pour produire de l'électricité.

Au global, le scénario de transition énergétique Greenpeace nécessite un volume global sur 2013-2050 de 655 milliards, auxquels il faut retirer 130 milliards d'économie.

Quelles pistes avez-vous identifiées pour financer cette transition ?

C'est le travail du législateur et du gouvernement. Dans notre scénario, nous avons voulu montrer que ces investissements seront nécessaires, que nous changions de production d'électricité ou de chaleur, ou que nous restions dans le système actuel. Dans les deux cas, les volumes d'investissements s'avèrent équivalents.

Comment s'inscrira votre scénario dans le débat sur la transition énergétique ?

Nous entendons verser au débat ces éléments : nous avons soumis ce scénario au groupe des experts du débat sur la transition. Il est nécessaire que les autres parties fournissent également des éléments d'hypothèse, de méthodologie, qui nous permettront de comparer les différents choix et chiffres.

Réactions10 réactions à cet article

 

Il faut faire très attention au fait que rénover environ 1 million de logements par an d'ici à 2020 risque en pratique d'aboutir à de mauvaises rénovations sans contrôles. Très peu d'entreprises sont en effet vraiment qualifiées et assez sérieuses pour que les logements soient réellement efficients et conformes aux objectifs fixés (voyez la réalité qui nécessite plusieurs spécialitées, ce qui est la cas en énergie aussi). De même les techniques évoluent notamment dans le solaire (capteurs hybrides, solaire plasmonique etc) et avant de fixer des objectifs trop rigides il faut surtout envisager les techniques les plus en pointe et abouties, quitte à parfois attendre un peu, beaucoup de choses arrivent. Par ailleurs ne pas oublier les réseaux de chaleur (seulement 4% du parc en France contre plus de 50% en Scandinavie), l'hydrogène qui reste un peu à l'écart malgré ses multiples applications (énergie, chauffage, stockage, tous transports y compris navires etc), un meilleur urbanisme et types de logements (exemple : 8 logements sur 2 étages avec jardins, sources d'approvisionnements locaux plutôt que zones pavillonaires et lotissements étendus). Il faudrait citer aussi l'agriculture "verticale" très efficace en ville : production locale, dépollution, biodiversité, pédagogie, gain d'espace, de transports, économies etc

Energie+ | 12 février 2013 à 00h08
 
 

Vieil écolo, je suis théoriquement pour. Mais qui va financer tout çà ?

On ne paye pas les plus ou moins gros frais d'isolation avec les futures économies.

Et encore faut-il que Goldman Sachs y voit son intérêt.

Jean-Marie | 12 février 2013 à 09h11
 
 

Et que dit son collègue de GreenPeace Allemagne ou celui de GP Suisse?
Eux se battent contre la construction de part et d'autres de l'Allemagne de centrales au lignite avec des mines gigantesques sur des dizaines de kilomètres carrés. Eux sont conscients de la pollution 50% plus élevée en Allemagne qu'en France.
Ceci n’empêche en rien un effort important d'isolation thermique.

VD69 | 12 février 2013 à 11h37
 
 

Le scenario de Greenpeace ressemble furieusement à celui de l'association NEGAWATTS (sortie du nucléaire vers 2030, isolation des bâtiments, transport, méthanation etc). Par déontologie, il aurait été élégant de cites les sources et surtout de jouer collectif (l'enjeu en vaut la chandelle)...

Fab | 12 février 2013 à 11h53
 
 

Programme ambitieux mais "qui se lave les mains" du très gros problème financier (c'est "le travail des politiciens") dans une période de récession et de déficit beaucoup trop élevé. Je ne répèterais jamais assez que les finances de l'état CE SONT NOS IMPOTS.
Certes, le chauffage des batiments tertiaires et pas seulement le logement représente près de 50% de notre consommation énergétique et il est ou sera nécessaire de rénover, mais le prix en est trop élevé et la France n'a plus actuellement les moyens de supporter une charge aussi importante. Peut-être serait-il plus sage d'attendre des jours meilleurs ? Il sera également nécessaire de modifier la législation de l'architecture et de l'urbanisme pour assouplir les contraintes de la rénovation en centre ville.
En attendant, n'oublions pas que la dépense énergétique de la France ne représente qu'environ 4% de la consommation mondiale et que nous ne sauverons pas la planète à nous seuls.

kali63 | 16 février 2013 à 18h19
 
 

Petite suggestion pour faire avancer le scimilibilic concernant l'isolation des logements: un crédit d'impôt de 90% pour l'solation par l'extérieur des habitats individuels...tout en supprimant complètement tout crédit d'impôt pour les équipements de chauffage économisant l'énergie,ruineux à l'investissement pour le français moyen...Cà va pénaliser les fabricants puisqu'on pourra se passer de leurs matériels, ainsi que les artisans (plombiers, électriciens...)...mais tant pis.

Lily la Souris | 14 mars 2013 à 09h42
 
 

Un peu d'accord avec la souricette, mais.
Effectivement l'isolation, qu'elle soit intérieure ou extérieure, a un coût important, mais ce coût est constitué essentiellement de main d'oeuvre non délocalisable donc le temps de retour pour le pays doit être extrêmement court ( pour le pays, payer des maçons et des peintres coûte aussi cher que de leur verser des indemnités de chômage). 90% de crédit d'impot serait très attractif effectivement mais 50% contribuerait déjà à saturer la profession.
Quant au renouvellement des moyens de chauffage, il ne faut pas en négliger l'impact tant en efficacité énergétique qu'en sécurité.

VD69 | 14 mars 2013 à 10h46
 
 

Toutes les mesures intelligentes à prendre, outre els aspects positifs pour, l'économie et l'emploi ont aussi des inconvénients provisoires, mais le bilan final est positif

Il faut réduire la durée du travail

Essayez de lire "Travaillez deux heures par jour" , il date mais les analyses restent bonnes et les solutions aussi; car c'est très réaliste

Jean-Marie | 14 mars 2013 à 11h23
 
 

OK VD69... Je précise ma pensée: quand on isole avec soin une maison par l'extérieur voire par l' intérieur(c'est moins efficace), c'est incroyable mais on n'a pratiquement plus besoin de chauffage du tout ou trois fois rien... Ce qui fait que les équipements de chauffage, on n'en a presque plus besoin ! Et ces équipements, même s'ils permettent d' économiser beaucoup d'énergie, deviennent inutiles. Connaissez vous le prix d'une Pompe à Chaleur ? d'une Chaudière
même à granulés ? C'est exorbitant, réellement...En proposant des
crédits d'impôts sur ces équipements, on pousse les gens à chauffer
à bas prix c'est vrai, mais avec des investissements très lourds
des maisons qui restent des passoires énergétiques...Actuellement
on fait travailler les fabricants de chauffage et les artisans en ruinant le Français moyen, sans isoler les maisons...On est très fort...non ?

Lilly la souris | 14 mars 2013 à 12h05
 
 

"Greenpeace prévoit une réduction de - 95% des émissions..." Une réduction de 95%, je vois à peu près ce que ça donne. Il ne reste que 5% de la quantité initiale. Mais une réduction de -95% ??? Ça ressemble furieusement à une augmentation de 95%, non ? C'est à dire à un quasi doublement. Vite, je cours démarrer tous mes appareils électriques, mettre ma chaudière fioul en marche forcée. Faut pas perdre de temps si on veut atteindre cet ambitieux objectif !!!

jfp51 | 21 mars 2013 à 23h06
 
 

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