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Changer d'organisation financière mondiale pour un développement soutenable

ECONOMIE - Actu-Environnement.com - 18/11/2009
 
Fuite de capitaux, bulles financières, spéculation sur les matières premières et les denrées alimentaires… La financiarisation à outrance de l'économie explique très largement l'échec d'un modèle compatible avec la réalité des ressources et des besoins humains. Un changement s'impose pour un développement durable.
 
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Le débat des moyens autour d'un quatrième pilier du développement soutenable ressort périodiquement pour mettre en exergue l'importance de la culture et de l'éducation. C'est une évidence. Mais, l'évolution souligne un élément qui paraît encore plus fondamental en ce qu'il est à la fois la cause, certes non unique, mais fondamentale de la croissance non durable de nos sociétés et l'obstacle majeur à l'instauration d'un développement réellement soutenable.
En effet, la spéculation sous toutes ses formes, la tyrannie du court-termisme, des taux de rentabilité absurdes qui ont animé une cupidité à laquelle rien n'a pu résister, la financiarisation de l'économie avec les choix qu'elle a entraînés expliquent très largement l'échec, à l'échelle planétaire, de l'instauration réelle, au-delà des engagements effectifs de quelques-uns et du marketing massif de l'immense majorité, d'un modèle de développement compatible avec la réalité de nos ressources et des besoins humains.

Mais, à l'heure où l'opinion publique mondiale réclame, bien au-delà d'une prise de conscience que les politiques continuent à prôner - comme s'ils cherchaient à justifier leurs choix actuels en faveur du court terme et des grands lobbies qui les agitent - une action efficace à Copenhague qui nécessiterait d'immobiliser des fonds considérables et disposer à minima d'une taxe sur les transactions financières, force est de constater que la finance internationale s'y oppose. Elle n'est préoccupée que de maintenir voire de renforcer un système opaque, pour partie illégal, pour partie ''border line'' en tout cas parfaitement illégitime au regard des besoins du monde. Ce système multiplie les bulles et la déconnexion entre le système financier qui s'enrichit lui-même et une économie mondiale qui souffre et ne parvient pas à trouver les moyens de sa reconversion pour les uns, de son développement sobre pour les autres.
Tant que les multinationales pourront utiliser les paradis fiscaux pour ''optimiser'' leur fiscalité, c'est-à-dire en réalité détourner du budget des pays industrialisés, les impôts nécessaires à la mise en œuvre d'une économie verte sans bien évidemment dans le même temps alimenter les budgets des pays en développement, faisant à la fois peser sur les classes moyennes un impôt excessif et rendant impossibles de véritables politiques publiques en faveur d'un développement soutenable, ce concept restera virtuel.
Tant que la spéculation viendra gonfler les marchés des matières premières y comprises alimentaires accroissant la faim dans le monde, tant qu'elle continuera à trouver de nouveaux domaines d'expansion qu'il s'agisse du marché du carbone ou de l'achat de terres en particulier en Afrique créant ainsi de nouvelles injustices source de conflits futurs inévitables, il sera vain de s'escrimer à parler de changement de paradigme et de nouveau modèle de développement.
Tant que le modèle de la corruption deviendra, malgré les conventions internationales, le modèle dominant dans un à nombre croissant de pays du monde, conduisant progressivement l'économie ''blanche'' à devenir grise, dans le mouvement inverse de celui qu'utilise l'économie noire pour se blanchir, nous ne parviendrons pas à inverser l'évolution actuelle dont chacun ne peut que reconnaître qu'elle nous conduit à notre perte.

C'est la raison pour laquelle le changement de l'organisation financière commande la capacité de l'humanité de se doter d'une évolution soutenable. Il ne s'agit pas seulement de mesures techniques et encore moins du pseudo ripolinage du capitalisme financier prétendument rendu plus éthique. Il s'agit bien d'arriver à mettre dans le débat, au cœur des discussions sur les piliers du développement durable, le sujet de la finance dont on ne parle que pour vanter les mérites, au demeurant indiscutables, de l'investissement socialement responsable et de la responsabilité sociale des entreprises. Ce n'est évidemment pas de cela dont il s'agit mais de la volonté et de la capacité des politiques dont il convient de rappeler qu'ils sont en principe les représentants de l'intérêt général de leur population, de changer les règles du jeu de la finance internationale. Non seulement pour la réguler mais pour la contraindre à financer l'économie réelle, et ce, en respectant les règles de probité dont la transgression devrait être très vigoureusement sanctionnée, par tous les tribunaux du monde .Si cela s'avérait impossible, il faudrait alors songer à une juridiction pénale financière internationale dont l'objectif serait précisément de faire respecter les conventions internationales existantes luttant contre la corruption et celles qui devraient être signées pour mettre un terme non seulement aux paradis fiscaux mais surtout un aux paradis réglementaires. Leur seule existence constitue en effet l'outil de dumping social et environnemental qui prive de toute efficacité les efforts de tous ceux qui ont réalisé, qu'au-delà de leur pouvoir et de leur richesse, ils étaient des humains responsables en tant que tels de l'espèce à laquelle ils appartenaient.
Dès lors, la question de la finance est bien le pilier majeur d'une évolution soutenable.

Corinne LEPAGE
Avocate, ancien Ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21.

Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.

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Réactions à cet article
 
Il faut rendre son véritable rôle à la monnaie,
 
 
Pourquoi?
 
 
comment agir (1 réponse)
 
 
Moraliser l'étatisme, l'agent infectieux du capi.. (1 réponse)
 
 
De la repartition des pouvoirs
 
 
de la bonne idée au pouvoir de l'appliquer
 
 
Qui compte ?
 
 
Une nouvelle conscience
 
 
opposition réel/virtuel ?
 
 
C'est très révoltant
 
 
une ligne de fracture
 
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