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Quid du rapport présenté à l'UNESCO sur l'évaluation de l'agriculture mondiale ?

AGRICULTURE - Actu-Environnement.com - 18/04/2008
 
Parrainé par l'ONU, un rapport évaluant l'agriculture mondiale a été rendu public le 16 avril. Fruit de 4 années de travail mené par 400 experts originaires de 64 pays, ce document prône une agriculture plus durable et souhaite relancer la recherche.
 
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Le statu quo n'est plus une option selon Fabrice Dreyfus, l'auteur coordinateur du chapitre évaluation globale du rapport sur l'évaluation de l'agriculture mondiale. Présenté et commenté mardi 16 avril dernier, dans les locaux de la maison de l'UNESCO, mais aussi en simultané dans plusieurs régions du monde, ce rapport a été lancé à l'initiative du professeur Robert Watson, l'ancien président du Groupe international des experts sur le climat. Parrainée par la FAO, le PNUD, l'OMS, l'Unesco et le PNUE, sa rédaction a mobilisé de nombreux acteurs : les représentants de 64 pays, industrialisés ou non, des membres de la société civile et du secteur privé ainsi que de nombreux scientifiques. Officiellement intitulé Evaluation des sciences et technologies agricoles au service du développement, ce rapport tire la sonnette d'alarme et fournit de quelques recommandations aux gouvernements du monde, notamment en matière : sociale, sanitaire, énergétique et environnementale.

Biocarburants ou pas ? Priorité à l'alimentation

D'abord et avant tout, les auteurs du rapport ont insisté sur la dimension sociale de leur rapport. La flambée internationale des prix alimentaires qui se poursuit actuellement provoque en effet de fortes tensions sociales, surtout en Afrique. Une situation inquiétante qui a même fait sortir cette semaine Jacques Chirac, l'ancien Chef de l'Etat français, de son silence. Dans une tribune au Monde il prévient : Le monde est confronté au spectre des grandes famines alors même qu'il traverse une crise financière dangereuse. Tandis que dans l'urgence l'Europe et les Etats-Unis viennent d'envoyer de nouvelles aides (160 millions d'euros et 200 millions de dollars) et que le Président Sarkozy a annoncé le doublement de l'aide française, les auteurs du rapport présenté à l'UNESCO prônent, eux, une meilleure gestion des denrées sur le long terme. Guilhem Calvo, consultant de l'UNESCO, estime : In fine, les denrées sont mal partagées. Le coût social mais aussi environnemental du système actuel est devenu trop élevé. A propos de biocarburants, les auteurs ont conforté les propos tenus ces derniers jours par le suisse Jean Ziegler. Rapporteur spécial des Nations unies chargé du droit à l'alimentation, celui-ci a qualifié la fabrication de biocarburants de crime contre l'humanité. A Paris, les auteurs du rapport ont pour leur part, rappelé que le recours aux biocarburants de première génération, que les européens subventionnent (45 euros l'hectare) et souhaitent à l'avenir utiliser pour 10% de leurs modes de transports, n'est souhaitable que si les populations ne manquent pas de vivres. La production de biodiesel et d'éthanol, produits avec des graisses, des sucres tirés de végétaux (blé, colza, maïs, betterave) mais aussi avec beaucoup d'eau, ne doit pas selon eux nuire à l'alimentation humaine. Pour Marianne Lefort, auteur coordinateur du chapitre évaluation régionale – Europe/Amérique du Nord, l'UE doit donc revoir sa politique en matière de biocarburants. Un avis que partage Dominique Strauss-Kahn. Le directeur du Fonds monétaire international (FMI) interrogé à ce sujet vendredi matin, leur a d'ailleurs emboîté le pas : les biocarburants issus de produits agricoles alimentaires posent un problème moral a-t-il dit, n'excluant pas de proposer à l'avenir un moratoire.

Les OGM doivent être plus contrôlés

Michel Barnier, Ministre de l'agriculture français, a déclaré cette semaine l'Europe doit produire plus et mieux. Grâce à l'agriculture bio ? Mariane Lefort, elle, n'y croit pas : Quelques groupes travaillant à la FAO en sont convaincu mais cette approche est peu crédible. Grâce aux OGM ? Concernant les organismes génétiquement modifiés, les auteurs du rapport ont estimé que ceux-ci ne pouvaient pas être considérés comme une solution unique pour accroître encore la production. De plus, selon eux, si les OGM peuvent se révéler bénéfiques, leurs évaluations doivent être renforcées. Sur les moyens et longs termes, celles-ci doivent non seulement tenir compte des conséquences des disséminations mais aussi appréhender les impacts sociaux et économiques. En matière de brevets pour les transgènes, le rapport se montre méfiant : on peut craindre que les instruments relatifs aux droits de propriété intellectuelle actuellement en place n'entravent à terme la conservation des semences, ainsi que l'échange, la vente et l'accès aux matériaux brevetés dont les chercheurs indépendants ont besoin pour effectuer leurs analyses et expériences relatives aux impacts. Pour démultiplier la productivité, plutôt que les OGM, les auteurs préfèrent donc promouvoir : l'accès des petits exploitants à la terre, l'organisation des marchés locaux, l'organisation de l'exportation, l'ouverture au crédit ou l'aide à la mise sur le marché de plantes locales comme que le mil par exemple.

Soutenir davantage la recherche publique

Au final, pour amorcer une nouvelle gouvernance, le rapport insiste bien sur la nécessité pour les gouvernements du monde d'investir davantage dans la recherche publique. Les multinationales de l'agroalimentaire pèsent trop, selon les auteurs, sur l'orientation des recherches en matière de sciences agricoles. Pour des raisons commerciales, le privé ne pousse pas en effet les agriculteurs à utiliser des engrais naturels ni à préserver la ressource en eau et la biodiversité. Un constat que partage globalement le Président de la nouvelle Fondation Chirac : Il est nécessaire d'investir à la fois dans la recherche - pour développer des productions et des variétés adaptées aux nouvelles donnes du changement climatique et de la raréfaction des ressources en eau -, et dans la formation et la diffusion des techniques agricoles. Il faut miser sur les hommes, sur les producteurs locaux, qui doivent percevoir la juste rémunération de leurs efforts. Longtemps partisan d'une agriculture intensive, défenseur des intérêts français dans les négociations de la PAC, Président à l'époque ou le développement massif des biocarburants a été décidé, Jacques Chirac semble ces derniers mois aborder les problématiques agricoles avec un nouveau regard, plus soucieux des impératifs environnementaux, comme l'ont fait les auteurs de ce rapport rendu public mardi à l'UNESCO. Toutefois, une question se pose. Aujourd'hui, Jacques Chirac sera-t-il écouté ?

M.DUCHESNE

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