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Véhicules hors d'usage : le réemploi pour échapper à la chute des cours des matières recyclables

Pour ne plus dépendre des fluctuations des cours des matières recyclables, les centres VHU peuvent se tourner vers la vente de pièces d'occasion. Les conditions économiques, la réglementation et les assureurs les y incitent vivement.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Véhicules hors d'usage : le réemploi pour échapper à la chute des cours des matières recyclables
Environnement & Technique N°357 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°357
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Finie la "casse", le traitement des véhicules hors d'usage (VHU) passe progressivement à la "déconstruction automobile". Cette évolution est accentuée par la règlementation européenne de 2011 qui impose depuis 2015 un taux de recyclage de 95%. Ce taux, qui combine le réemploi des pièces détachées, le recyclage matière et la valorisation énergétique, doit être atteint conjointement par le centre VHU (qui déconstruit la voiture) et l'unité de broyage (qui broie la carcasse et sépare les matériaux valorisables). Actuellement, 1,7 million de voitures sont mises au rebus chaque année.

Autre contrainte, le taux de recyclage de 95% doit être atteint en préservant l'équilibre économique de la filière VHU, c'est-à-dire sans faire appel à une éco-participation des constructeurs. Dans ces conditions, il devient impératif d'obtenir un maximum de revenu à partir des véhicules. La première option est la revente en l'état pour l'exportation. Certains véhicules économiquement irréparables (VEI) en France ne le sont pas à l'étranger, compte tenu des coûts de main d'œuvre plus bas. Environ 450.000 voitures suivent cette voie. Si le véhicule n'est pas vendable, il s'agit alors de démonter les pièces réutilisables, principalement des pièces de carrosserie destinées au marché de la réparation. Enfin, la carcasse constitue le "tas de platin" du centre VHU qui sera envoyée au centre de broyage pour récupérer la matière valorisable.

Chute vertigineuse des cours des matières recyclables

 
Passer du local au national Le marché de la pièce d'occasion devrait prendre une ampleur nationale, notamment avec la mise en œuvre de loi de transition énergétique. Actuellement, il reste limité à la vente directe de pièces aux carrossiers se présentant au comptoir des centres VHU. Mais, pour atteindre un niveau national, il est indispensable de disposer de bases de données recensant les pièces disponibles en France. Cette information doit par ailleurs être croisée avec les bases de données recensant les pièces nécessaires à la réparation de l'ensemble des véhicules ayant été commercialisés en France.
Deux outils dédiés au professionnels (centres VHU et carrossiers) se lancent dans la création de stocks nationaux mutualisés de pièces de réemploi garantis. Indra a créé Precis en s'associant à Sidexa qui détient les bases de données des constructeurs qui référencent les pièces utilisées (ou nécessaire à la réparation) de chacun des véhicules immatriculés en France. Le second, Global Pre, lancé par le réseau de pièce d'occasion Caréco, propose sa propre nomenclature et son référentiel de pièces de réemploi.
 
Le problème est bien connu et l'ensemble des opérateurs de recyclage le déplatorent : dans la foulée des cours du pétrole, les prix de rachat des matières recyclables se sont effondrés en 2015. Ainsi, le prix à la tonne des VHU vendus aux broyeurs est passé de 170/180 euros à 40 euros au cours de l'année écoulée. En revanche, la vente des pièces de carrosserie réemployables, voire à terme certaines pièces de moteur, reste attrayante avec des prix allant de 30 à 70% de la valeur du neuf. "Ceux qui s'en sortent bien sont ceux qui ont investi pour produire des pièces détachées", estime Loïc Bey-Rozet, directeur général de Indra Automobile Recycling qui milite activement pour que les membres de son réseau développent au maximum cette approche. Selon lui, "la vente du platin ne doit plus être que la cerise sur le gâteau", le bénéfice supplémentaire qu'on peut obtenir de la carcasse après avoir récupéré les pièces valorisables.

Mais cette solution impose des contraintes aux centres VHU. Tout d'abord, il faut qu'ils soient bien organisés pour traiter efficacement les voitures qu'ils recoivent. Quatre compétences doivent être réunies : un savoir-faire technique, règlementaire, administratif et commercial. Par ailleurs, la traçabilité des pièces est essentielle, chaque pièce étant unique. En effet, outre la couleur, les pièces d'une même série d'un même modèle peuvent varier selon l'année de construction du véhicule. Pour s'assurer de la compatibilité des pièces, il faut donc mettre en œuvre un suivi rigoureux en s'appuyant, par exemple, sur les fichiers de première immatriculation qui peuvent être recoupés avec les bases de données des constructeurs.

Malgré ces contraintes, le marché est appelé à un bel avenir puisque la loi de transition énergétique prévoit que "tout professionnel qui commercialise des prestations d'entretien ou de réparation de véhicules automobiles permet aux consommateurs d'opter pour l'utilisation, pour certaines catégories de pièces de rechange, de pièces issues de l'économie circulaire à la place de pièces neuves". L'obligation, qui devait prendre effet en janvier 2016, doit encore être précisée par décret, mais les acteurs se préparent. D'autant qu'en dehors de l'obligation légale, les assureurs semblent très intéressés par le recours aux pièces de carrosserie d'occasion. Dans certains cas, il propose déjà cette option après accord de l'assuré. Ce dernier obtient en contrepartie un avantage (réduction ou suppression de la franchise). Surtout, il devient possible de réparer des véhicules âgés de cinq à dix ans qui ne le seraient pas, compte tenu du prix des pièces neuves. Ce dernier avantage est déterminant à l'heure où les Français éprouvent des difficultés à acquérir des véhicules neufs ou récents. Pour preuve, le marché des véhicules de 16 ans et plus "a littéralement explosé" en 2015 pour atteindre 850.000 ventes, rapporte Loïc Bey-Rozet. Il y a cinq ans, ce même marché s'établissait autour de 100.000 ventes. Autant de véhicules qui, pour être réparés, ont besoin de pièces de réemploi.

Réactions4 réactions à cet article

 

Il y a quelques temps les Burkinabè surnommaient les véhicules européens qu'on y recyclait une "Bonjour Paris" ou une "Bonjour Berlin", etc.. Il y a peut-être toujours un marché en Afrique

Si on répare ce qui est possible (mais pas électronique), c'est écolo en soi, mais ça va créer du chômage chez les uns et peut-être de l'emploi chez les autres, si on n'a pas un copain bricoleur pour vous le faire

Sagecol | 09 mars 2016 à 11h45
 
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Le marché des véhicules de 16 ans et plus a littéralement explosé en 2015. 16 ans, ça paraît très vieux. N'est-ce pas plutôt 6 ans et plus ?
Seconde remarque : l'âge moyen des véhicules (véhicules de collection compris) est de 11,4 ans. Aujourd'hui, les véhicules d'âge supérieur à 10 ans sont équipés d'organes de sécurité et de composants électroniques dont n'étaient pas dotés les véhicules des modèles précédents (airbags, calculateurs, ABS, ESP, ...). Ces véhicules terminent à la casse alors qu'ils pourraient continuer de rouler et de donner satisfaction à leur propriétaire si ceux-ci pouvaient trouver ces pièces de réemploi dans les centres VNU ou, autre solution, obliger les constructeurs, par une obligation légale, à continuer de fournir ces pièces aux propriétaires des véhicules et aux garagistes.
Désormais, et c'est l'esprit de la loi de transition énergétique, il faut augmenter la durée de vie du parc automobile.

Natura | 09 mars 2016 à 13h50
 
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Bonjour Natura,

Il n'y a pas d'erreur concernant les ventes des véhicules de 16 ans et plus. Pour être tout à fait précis les chiffres officiels de l'Association auxiliaire de l'automobile (AAA), qui émane du comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), font état de 5,562 millions de véhicules d'occasion vendus en 2015, dont 15% de 16 ans et plus (soit quelque 834.000 voitures).

Ces chiffres sont impressionnants et la profession automobile découvre le phénomène depuis 2 ou 3 ans. Il y a cinq ans ce marché était de l'ordre de 100.000 unités et ne faisait pas l'objet d'un suivi particulier. Ce n'est qu'à partir de l'année 2015 qu'il est suivi de près, compte tenu de sa hausse fulgurante. Il est difficile de dire avec exactitude quand son essor a eu lieu, mais il semble que ce soit très récent. Les chiffres de l'AAA sont très précis, et l'information doit sûrement exister, mais l'AAA est un organisme qui vend des bases de données pour des études marketing... L'Association ne communique publiquement que les grandes tendances du marché automobile.

Cordialement,

Philippe Collet Philippe Collet
10 mars 2016 à 10h46
 
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C'est certainement de la calomnie, mais il se raconte que les constructeurs disent aux concessionnaires et garagistes "D'accord vous ne gagnez pas beaucoup sur une vente d'un véhicule neuf, mais vous pouvez-vous rattraper quand nous vous aidons à faire en sorte qu'il faille vite changer assez vite nos coûteuses pièces en cas d'accident ou autres".

Les gens sont méchants

Sagecol | 10 mars 2016 à 10h58
 
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