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Zones humides : leur préservation se justifie économiquement

Selon une analyse du service de statistiques du ministère de l'écologie, la préservation des zones humides présente un rapport cout-bénéfice positif. Acquérir les 20.000 ha prévus par le Grenelle coûterait jusqu'à 300 M€ mais rapporterait bien plus.

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Véritables zones de transition entre le milieu terrestre et le milieu aquatique, les zones humides jouent un rôle important dans la régulation des débits des cours d'eau et l'épuration des eaux. Elles abritent par ailleurs une faune et une flore spécifiques notamment de nombreuses espèces rares ou menacées. Cependant, l'extraction de matériaux, le drainage agricole ou encore l'urbanisation en auraient détruit les deux tiers en 30 ans en France.
Dans le cadre du Grenelle de l'environnement, l'Etat s'est donc engagé à en acquérir 20.000 hectares via le Conservatoire du littoral et les Agences de l'eau afin de les préserver de l'activité humaine. Selon une étude réalisée par le Service de l'économie, de l'évaluation et de l'intégration du développement durable (SOeS), l'acquisition et l'entretien de ces superficies coûteront entre 200 et 300 millions d'euros sur les 50 prochaines années. Une somme significative mais justifiée au regard des bénéfices environnementaux qui en résulteront.

En effet, selon cette même étude, les bénéfices correspondants, actualisés sur 50 ans, s'élèveraient entre 400 et 1.400 millions d'euros. Pour arriver à ces chiffres, le SOeS s'est appuyé sur une quinzaine d'études françaises et une analyse néerlandaise ayant évalué les services rendus par les zones humides. Ainsi, un hectare de zone humide permettrait d'économiser entre 37 et 617 euro par an au titre de la lutte contre les inondations, entre 45 et 150 euro/an pour le soutien des débits d'étiage dans les cours d'eau en été et entre 15 et 11.3001euros/an pour l'épuration de l'eau.

Outre ces fonctions écologiques, les zones humides rendent des services culturels. En effet, ce sont des milieux très recherchés pour la pratique de diverses activités récréatives. Dans le calcul économique des services rendus, il faut donc ajouter les bénéfices liés à la pêche (80 à 120 €/an), la chasse (230 à 330 €/an), la navigation/plaisance (15 €/an), le canoë/kayak (28 €/an) et surtout la valeur sociale (usages récréatifs, biodiversité) attribuée à ces zones humides (de 200 à 1.600 €/an).
Dans le cas des tourbières, se rajoute le bénéfice lié au stockage de carbone. Cette valeur est estimée à 1.728€/ha/an dans un rapport du Centre d'analyse stratégique. Pour une zone humide quelconque une étude étrangère réalisée en 1999 a estimé cette valeur à 150 €/ha/an par an.

Orienter et justifier les politiques de préservation

Avec cette analyse, le SOeS confirme le bien fondé de protéger ces zones naturelles particulières et fournit une raison supplémentaire pour passer à l'action. C'est tout l'intérêt de l'approche économique de la préservation de la nature, outil d'aide à la décision de plus en plus utilisé. Longtemps, en France, les analyses coûts-bénéfices ne relevaient d'une obligation réglementaire que pour un nombre limité de domaines comme les transports (dans le cas par exemple de projets d'infrastructures autoroutières). Les autres biens environnementaux étaient alors perçus comme des ressources quasi-illimitées et gratuites. Mais progressivement, ces approches investissent les politiques environnementales. Ainsi la loi du 15 avril 2009 relative à l'application des articles 34-1, 39 et 44 de la Constitution institue l'obligation pour l'Etat d'accompagner le dépôt des projets de loi d'une étude d'impact intégrant, notamment, l'estimation des conséquences environnementales. D'autres études sont également en cours afin d'affiner les résultats notamment suite aux rapports de Pavan Sukhdev à l'internationale et Bernard Chevassus-au-Louis en France.
En effet, la complexité des écosystèmes et le manque de connaissances font craindre une certaine simplification des phénomènes et par conséquent une évaluation incomplète et bancale de la valeur économique. Certains s'inquiètent par conséquent des premières évaluations et surtout de l'utilisation de ces données. Le risque étant de passer de la monétisation à la marchandisation.

Notes

1 - La grande variabilité des résultats dépend notamment de la densité de la population bénéficiant du service. 2 - Consulter l'étude

Réactions5 réactions à cet article

 
Propos vaseux

Si la chasse va rapporter 230 à 330 €/an, qu'en est-il du coût du dommage créé par la chasse aux zones humides du fait d'avoir dispersé méthodiquement pendant des décennies des plombs en quantité telle que maintenant manger du poisson péché dans un étang devient dangereux ?
Va-t-on les dépolluer avec les recettes ?

Tartarin de la Bresse | 21 septembre 2010 à 12h08
 
 
références de la publication

Auriez vous la référence de cette étude que je n'ai pas réussi à retrouver sur le site du SoES?

zh_31 | 22 septembre 2010 à 12h31
 
 
Re:références de la publication

Bonjour

Suite à votre remarque nous avons mis l'étude en lien.
Bonne lecture

La rédaction | 22 septembre 2010 à 12h52
 
 
Et la valeur intrinsèque ?

Je suis affolée et écoeurée par cette volonté de vouloir tout appréhender en fonction de l'utilité des choses pour l'homme. Nous ne sommes pas le centre du monde, et je rappelle que la Charte mondiale de la nature, du 28 octobre 1982, proclame dans son préambule que « toute forme de vie est unique et mérite d'être respectée, quelle que soit son utilité pour l'homme ».
Nous en sommes bien loin aujourd'hui...

Valérie | 23 septembre 2010 à 16h34
 
 
fantaisie

ces chiffres semblent fantaisistes: comment parler de pêche ou navigation dans des prairies humides (la majorité des zones humides), même en tenant compte d'effets indirects. Si c'était vrai, pourquoi des agriculteurs drainent ou creusent des plans d'eau d'irrigation en zone humide, avec un retour sur investissement bien plus faible que ces chiffres? Pour préserver les zones humides, la seule solution est l'acquisition collective ou l'indemnisation des propriétaires qui les conservent, et ce faisant rendent service à la collectivité. Par ailleurs, comment affirmer que 2/3 des zh aient disparu depuis 30 ans, alors que leur inventaire est loin d'être réalisé?

régulaqua | 26 septembre 2010 à 21h55
 
 

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