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Les coûts cachés de l'automobile estimés à 373 milliards d'euros par an

Dans l'Union européenne, chaque automobile immatriculée génère, en moyenne, 1.600 € de coûts non couverts chaque année. La somme globale de ces externalités représente 373 milliards d'euros par an, soit environ 3% du PIB européen.

Transport  |    |  Actu-Environnement.com

La voiture fait partie intégrante de la vie quotidienne des Européens. Son utilisation présente des avantages pour ses utilisateurs. Reste que, selon une étude menée par la chaire de l'économie des transports de l'Université technique de Dresde (Allemagne) et présentée le 6 décembre au Parlement européen, le bruit, la pollution, le changement climatique, les accidents de circulation causés par les automobiles ne sont pas pris en compte dans les prix du marché. Ces externalités se retrouvent reportées sur d'autres citoyens, d'autres régions, et d'autres générations : "les personnes résidant le long des routes principales, les contribuables, les personnes âgées ne possédant pas de voiture, les pays voisins, les enfants, les petits-enfants et toutes les générations futures subventionnent le trafic actuel". A court terme, "le tarif déloyal" des déplacements en automobile encourage leurs utilisateurs à prendre "des décisions économiquement et socialement fausses", note l'étude.

Cette distorsion, voire cette myopie, est rendue possible par le fait qu'une grande partie des coûts totaux engendrés par l'utilisation des automobiles n'est pas couverte, malgré les taxes et les impôts payés par les automobilistes. L'étude s'appuie sur la méthodologie IMPACT (Mesure et politiques d'internalisation pour tous les coûts externes des transports), élaborée sous l'égide de l'Union européenne dans le contexte de la directive Eurovignette, qui fournit une base normalisée à l'ensemble des mesures d'internalisation. Elle se fonde aussi sur plusieurs autres sources, comme la Convention méthodologique pour les estimations des externalités environnementales produite par l'Agence fédérale allemande de l'environnement (UBA Methodenkonvention 2007-2008), ainsi que sur une étude sur les coûts externes des transports en Suisse (2008) et plusieurs autres recherches en Europe.

Des dispositifs insuffisants

L'Union européenne a déjà créé un ensemble d'instruments qui tentent d'internaliser les coûts externes des transports ou des parties de ces coûts. La directive sur la taxation des poids lourds, dite directive Eurovignette, du 27 septembre 2011, crée un cadre juridique pour les Etats-membres désireux de percevoir un péage, selon les émissions du véhicule, la distance parcourue, le lieu et la durée d'utilisation de la route. La taxe sur les coûts externes des poids lourds est laissée à la discrétion des Etats-membres. Elle sera transposée en droit français en 2013. En Allemagne, ce péage est obligatoire depuis 2005 pour tous les véhicules utilisés pour le transport de fret routier de plus de 12 tonnes. Ces coûts varient selon le nombre de kilomètres parcourus et sont aussi fonction du nombre d'essieux et des normes d'émissions du véhicule concerné. Les recettes totales de cette mesure se sont élevées à environ 4,5 milliards d'euros en 2011.

Autre dispositif d'internalisation des externalités, le système européen d'échange de quotas de CO2 a été étendu au transport aérien en 2012 et englobe la totalité des vols au départ ou à destination de l'UE, mais l'attribution de ces quotas, dont seuls 15% sont mis aux enchères, a été si généreuse que les prix actuels des certificats de CO2 demeurent très bas et ne constituent pas des indicateurs fiables des efforts entrepris pour réduire les émissions. La Commission a également annoncé une réglementation régissant les déclarations d'émissions du transport maritime sur la base du suivi de la consommation de carburant, mais sans imposer de taxes ou de quotas pour le moment.

Intégrer les coûts dans le prix des transports

L'étude européenne menée par l'Université de Dresde a estimé, pays par pays, les coûts externes liés à l'utilisation de l'automobile, relatifs au bruit, à la pollution, aux accidents et aux frais liés aux infrastructures en amont et en aval. Le rapport utilise les données recueillies par le cabinet CE Delft en 2011 : effets des particules sur la santé, dommages aux bâtiments et aux matériaux, récoltes déficitaires endommagées par l'ozone et les substances acidifiantes émises par les véhicules, impacts sur les écosystèmes et la biodiversité causés par les polluants atmosphériques acidifiants (Nox, SO2) et par l'eutrophisation (NOX, NH3).

Le bruit a des effets sur la santé que l'étude prend en considération à travers de multiples critères, qui vont du coût de l'immobilier mesurant le consentement à payer pour un environnement plus calme, aux coûts de traitement médical liés, par exemple, à l'hypertension. D'autres estimations incluent les pertes d'habitats naturels, les pertes de temps des piétons causés par les séparations de la voirie. Le coût des accidents intègre les impacts humains comme la souffrance, les pertes de production et les coûts médicaux et administratifs : ils représentent 41% de l'ensemble des externalités, dont la somme globale est chiffrée par l'étude à 373 milliards d'euros, soit 730 € par citoyen européen, qu'il possède ou non une voiture, avec des fortes disparités entre les pays européens.

L'estimation des coûts climatiques est plus complexe. Le rapport se fonde sur l'objectif de réduction des émissions de CO2 de 60% d'ici à 2050 évoqué dans le Livre blanc sur les Transports de la Commission européenne. Les coûts relatifs à la limitation du réchauffement climatique à 2°C (coûts d'évitement) sont estimés sur la base des différentes hypothèses du prix du CO2. Un facteur de coût de réduction du CO2 de 72 €/t de CO2 est utilisé comme valeur faible, et 252 €/t de CO2 comme valeur élevée. L'étude note que "la discussion sur les réductions de gaz à effet de serre dans les transports est pour l'essentiel laissée aux experts de la technologie automobile. Cette approche est trompeuse, parce qu'elle néglige d'autres domaines".

L'étude préconise d'imaginer une combinaison de toutes les approches possibles : internalisation des coûts externes, mesures de tarification, développement technologique, changement dans l'affectation des sols, réglementation solide. "Il n'est nullement question de créer des recettes supplémentaires sur le dos des usager des transports : l'intention est d'envoyer des signaux de prix de manière à ce que tout le monde s'adapte et que personne, espérons-le, n'ait à payer ces prix". Un traitement multidimensionnel.

Réactions8 réactions à cet article

 

Il faut se méfier de ces calculs trop généralisateurs!
730 € par citoyen européen? Comment tenir compte du fait que j'ai fait l'effort de diviser par 2 mon kilométrage annuel? Du fait que désormais je roule 3 fois moins que le conducteur moyen? Que je limite ma vitesse à 100 km/h sur autoroute? De plus a-t-on chiffré - et déduit!-les apports positifs de l'usage d'un véhicule notamment là où les transports en commun sont insuffisants? Privé de déplacements, isolé, je risquerais de déprimer, de me rabattre sur l'alcool ou les antidépresseurs, de même que ceux qui ne pourraient compter sur les services que je leur rends avec ma voiture...Avant tous ces calculs j'aimerais que l'on engage de véritables politiques d'éducation à la conduite raisonnée!

Théo | 14 décembre 2012 à 18h41
 
 

Article très intéressant! Enfin une étude qui prend en compte tous les paramètre ayant une influence sur l'impact environnemental.
Le procédure de réalisation de cette étude s'appuie sur IMPACT. Méthode mise au point dans le contexte de la directive Eurovignette.

Je ne connais pas grand chose à ce domaine mais dans la mesure ou des signaux de prix (taxes) sont réalisés et qu'il seront émis par l'union Européenne, Il y a ici un problème de juge et parti.

L'utilisateur de l'automobile pourra-t-il être taxé sur la base de cette étude? Je ne sais pas si aujourd'hui il existe des foyers qui n'ont pas de voiture.

Bref, bravo! C'est bien de réfléchir à tous les impacts que peuvent avoir l'utilisation d'une automobile. Il serait encore mieux de l'étendre à toutes les sources possibles de pollution.
Profitons de cette bonne volontée environnementale pour l'étendre à d'autres technologies ou activitées !

Merci

Benco | 17 décembre 2012 à 06h22
 
 

Il faut faire une taxe à 10 c€/km pour le véhicule particulier.
Ca permettrait de payer les externalités tout en incitant à utiliser moins la voiture !
Je suis d'accord, c'est à généraliser à toutes les sources de pollution : l'électricité d'EDF, le gaz, etc.

taluen | 18 décembre 2012 à 01h59
 
 

Si ce genre d'étude peut avoir un intêret dans la planification des coûts, il faut intégrer toute ses limites. Comment comparer les coûts de l'automobile "outils", c'est à dire le seul moyen de transport adapté, à ceux de l'usage plaisir, le vrom vroum des véhicules trop gros, trop puissants, n'ayant aucune justifications d'usages à part celui de se "faire plaisir" et à la limite d'assoir sa position sociale.
De plus il ne faudrait pas se limiter à l'automobile, car la problématique peut s'appliquer aussi aux vélos: développement des pistes cyclables payées elles aussi par tous les contribuables qu'ils soient adeptes de la petite reine ou alergiques à tout efforts.

Claude Duport | 18 décembre 2012 à 09h02
 
 

Enfin, on commence à refléchir aux coûts indirects liés à nos sacro-saintes bagnoles (attention, j'en use aussi), et ainsi on va se rendre compte qu'il est (bien sûr) plus économique (au final) de prendre les transports en commun (bus/tram en ville ; train en longue distance) que l'automobile.
Alors oui, ce n'est pas le cas aujourd'hui !... et non ce n'est pas normal ! mais, c'est logique car qui se rend compte des coûts induits, jamais identifiés comme tels dans nos autres charges (impots, taxes & cotisations divers).

Maintenant attention, amoureux de l'auto, vous allez hurler : je serais pour une taxation fonction des km parcouru (avec un petit compteur "mouchard" sur chaque voiture ; bien verrouillé le compteur, hein ?!!), et fonction de l'impact pollution du véhicule. Si-si, je roule en voiture env. 20000 km/an en 2012, mais je crois vraiment qu'il faut amorcer la transition vers autre chose...

PS : puis j'interdirais aussi les voitures si il n'y a pas au moins 3 pers. à bord !...... aïe-aïe, pas tapper !... moi aimer les autres.

pluch63 | 18 décembre 2012 à 11h35
 
 

Ne faites vous pas partie, Messieurs, de ceux qui accusent le gouvernement actuel d'augmenter les taxes et impôts divers ?
Nous n'habitons pas tous à Paris ou dans une grande agglomération et la voiture reste un outil indispensable en "province" pour se déplacer, ce qui nous pénalise déjà fortement. Alors pourquoi vouloir nous mettre une taxe de plus ?
Une taxe pour les habitants des grandes agglomérations qui refusent de prendre les transports en commun, je suis entièrement d'accord.
Quant aux coûts cachés, je pense que d'autres produits de consommation courante pourraient fort bien faire l'objet d'une étude qui pourrait certainement nous surprendre (alcool, tabac, médicaments, ordinateurs, télévision, ....)

kali63 | 18 décembre 2012 à 18h15
 
 

Avec nos politiques locaux, régionaux et nationaux, doublés de leurs "analogues" Européens on ne peut craindre d'eux que leur inventivité à créer toujours de nouvelles taxes et impôts et non à penser à une société "circulaire" respectueuse de l'environnement et des générations futures. En fait, l'homme a un impact sur l'environnement (c'est indubitable). L'environnement s'épuise. Taxons ces hommes qui génèrent ces impacts et non les utilisateurs !!!

Lesqwale | 20 décembre 2012 à 11h21
 
 

PLuch63 ce que vous dites n'a aucun sens.

Oui, le transport en commun doit être encouragé ... mais à condition d'être réellement efficace. Efficient même.

Dans les grandes villes il est facile de se passer de voiture. Pour ceux qui habitent en campagne c'est bcp plus difficile. voir impossible...

3 personnes par voiture au moins ? ... Mais comment feront les commerciaux et autres professionnels en déplacement ? Vous vous rendez dans une ville (pas de train ni rien) vous êtes le seul à y aller. Alors quoi, vous attendez que 2 bonnes âmes daignent y aller également ?

Le système peut s'appliquer aux grandes villes, à condition de développer les infrastructures de type parking relais... On voit le succès des peages urbains au royaume unis. Et que le transporteur ne profitent pas de cette clientèle obligatoire pour augmenter leur tarif.

La voiture EST UTILE ! Ce qu'il faut ce n'est pas l'interdire, mais encourager les alternatives, si elles sont rentables et facile d'accès, les usagers iront d'eux même.

Terra | 19 décembre 2013 à 14h19
 
 

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