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Quels polluants respire-t-on au bureau ?

Alors que l'OQAI mène actuellement une campagne nationale de mesures des polluants de l'air intérieur visant 300 immeubles de bureaux, le projet européen "Officair" démontre l'impact des émissions des produits d'entretien.

Bâtiment  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°343 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°343
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"Le bureau, 2ème lieu de vie des Français travaillant dans ces espaces, moins étudié que le logement", présente des spécificités susceptibles d'avoir un impact "réel et conséquent" sur la qualité de l'environnement quotidien des travailleurs, a prévenu Andrée Buchmann, présidente de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) le 8 décembre.

L'OQAI a dévoilé les premiers résultats du projet de recherche européen "Officair" qui a étudié, entre fin 2010 et 2014, les polluants présents dans l'air intérieur (aldéhydes, COV, ozone, particules fines PM 2,5…) et le confort (thermique, acoustique, visuel) de 167 immeubles de bureau - neufs ou réhabilités depuis moins de 10 ans -, dans 8 pays européens : Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas et Portugal.

Très peu d'études en matière de confort et de qualité de l'air intérieur des bureaux ont jusqu'ici été menées. Ce projet, soutenu par la Commission européenne, a réuni 13 partenaires dont le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour la France. Il a été coordonné par l'Université grecque de Macédoine Ouest. Une part importante du temps passé en intérieur l'est au bureau : 7 à 8 h par jour en moyenne. "La qualité de l'air qu'on y respire est donc importante", souligne l'OQAI.

Quelles sources d'exposition ?

Si l'interdiction de fumer en vigueur depuis 2007 a supprimé la pollution intérieure liée au tabagisme, d'autres équipements et activités peuvent émettre des contaminants chimiques et biologiques dans ces espaces. Les ordinateurs, imprimantes et photocopieurs pourraient être "une source non négligeable de composés organiques volatils (COV), d'ozone et de particules fines et ultrafines", précise l'Observatoire.

L'utilisation de produits d'entretien, émetteurs de COV du type alcools, terpènes, éthers de glycols, cétones, etc., est également fréquente dans les espaces de bureaux. De même, les immeubles de bureaux sont souvent équipés de systèmes mécaniques de ventilation et de conditionnement d'air. "L'impossibilité d'ouvrir les fenêtres dans les immeubles de grande hauteur conditionne le renouvellement et la qualité de l'air au bon fonctionnement de ces systèmes", rappelle-t-il.

Le projet européen "Officair", achevé en 2014, a mené trois phases d'enquête de terrain : audit d'immeubles avec questionnaires, mesures approfondies de la qualité de l'air à deux saisons contrastées (du lundi au vendredi) et étude d'intervention. Selon les questionnaires, 19% des bâtiments étaient rénovés (52% pour les 21 immeubles français audités). 80% des bâtiments étaient ventilés mécaniquement (100% de l'échantillon français) et seulement 5% naturellement, tandis que 93% des immeubles étaient climatisés (76% en France). Les deux principales sources d'inconfort remontées par les usagers interrogés, quel que soit leur pays d'origine sont "l'air trop sec et le bruit", analysent les porteurs de projet.

Des mesures de polluants ont également été réalisées dans 37 immeubles : 7 aldéhydes, 12 composés organiques volatils (COV), dioxyde d'azote (NO2), ozone (O3) et particules fines inférieures à 2,5 μm ont été étudiés. Les mesures ont eu lieu durant une semaine en été (2012), puis une semaine en hiver (2012-2013).

Des concentrations "globalement faibles"

Les concentrations mesurées dans l'air des espaces sont "globalement faibles par rapport aux valeurs de référence", indique Corinne Mandin, chef de division "Expologie" à l'OQAI. Toutefois, des concentrations en terpènes, émis notamment par les produits d'entretien sont "plus élevées" que celles des autres COV, en particulier pour le limonène en hiver, ajoute-t-elle. La qualité de l'air varie en fonction de la saison : les concentrations en formaldéhyde et en ozone s'avèrent ainsi plus élevées en été tandis que les concentrations sont supérieures en hiver pour le benzène, le limonène et le dioxyde d'azote. Les particules fines n'ont pas été mesurées dans tous les immeubles "en raison de contraintes techniques".

Le choix de produits d'entretien contenant très peu de COV et sans parfum permet "d'abaisser les concentrations en aldéhydes, irritants des voies respiratoires, dans l'air des bureaux", souligne Mme Mandin.

La phase 3 du projet consistait en la mesure d'espèces chimiques issues de la réactivité des polluants en présence dans l'air des bureaux, avant et après intervention. "Pour la première fois, ces espèces réactionnelles, pouvant être impliquées dans les phénomènes d'irritation des yeux et du nez, ont été mesurées dans des environnements de bureaux", précise l'OQAI.

Le projet "Officair" fournit "un premier référentiel" de qualité d'air intérieur dans les immeubles de bureaux "directement utile pour mettre en perspective toute mesure que réaliserait un gestionnaire de bâtiments", indique Mme Mandin. Ce projet rappelle la nécessité de dimensionner et entretenir "correctement" les systèmes mécaniques de ventilation et le contrôle des sources d'émission intérieures, comme les produits d'entretien.

Campagne nationale de mesures

En France, l'OQAI a démarré en juin 2013 une campagne nationale de mesures de polluants dans 300 immeubles de bureaux de plus de 50 personnes. Le CSTB coordonne cette campagne. L'enquête dans chaque immeuble ne dure qu'une journée. La première phase, en cours, vise à mener des mesures pour les COV, les aldéhydes, les particules ultrafines, la température, l'humidité relative et les concentrations en CO2, dans cinq espaces de bureaux différents pendant six heures. La campagne vise également à recueillir, via des questionnaires, un descriptif d'éléments techniques du bâtiment, de ses équipements et de son environnement, ainsi que la perception de confort et de santé par les occupants. Les consommations énergétiques et les composantes de la performance énergétique des immeubles sont également renseignées.

Selon les résultats obtenus lors de cette phase 1, une phase 2 de la campagne pourrait avoir lieu en 2016 ou 2017 intégrant des mesures plus complètes, couvrant une semaine de travail : particules, fibres, COV et aldéhydes, ozone, allergènes d'animaux domestiques, contaminations fongique et bactérienne, débits d'air extrait, niveau de bruit et niveau d'éclairage.

"Avec ces deux programmes majeurs que sont Officair et la campagne nationale de l'OQAI, les connaissances sur l'environnement et la qualité de l'air intérieurs dans les bâtiments de bureaux vont être considérablement étoffées", souligne l'Observatoire.

Réactions2 réactions à cet article

 

De toute façon c'est pas compliqué il suffit de faire attention à ce que l'on achète comme mobilier et revêtements dans le bâtiment au moment de la construction et en cas de rénovation.

Après il faut demander à son prestatire d'entretien d'utiliser des produits écolabellisés.

Sam | 11 décembre 2014 à 14h02
 
 

C'est curieux que les parfums ne soient pas concernés. Seuls les terpènes le sont et encore il semble que ce soient ceux des produits d'entretien (odeur de citron, de lavande, de pin). Si j'évoque les parfums c'est par rapport à la gamme de mesure ou l'on cherche des traces.

ami9327 | 12 décembre 2014 à 21h26
 
 

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