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Rénovation énergétique : la filière toujours à restructurer, selon l'UFC-Que choisir

L'UFC-Que Choisir a renouvelé l'enquête qu'elle avait déjà lancée en 2014 sur les prestations de professionnels de la rénovation thermique reconnus RGE. Son constat reste le même : la formation, le contrôle, l'obligation de moyens doivent être revus.

Bâtiment  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com

"La situation est très préoccupante, les consommateurs ne peuvent pas avoir confiance dans le dispositif, estime Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir, lors de la présentation à la presse mercredi 7 décembre de leur étude sur la rénovation énergétique. Pour nous, la mention RGE signifie Risque généralisé d'échec de la transition énergétique".

Pour évaluer son efficacité, l'association de consommateurs a réalisé un test entre mi-août et début septembre de cette année : elle a sollicité une cinquantaine d'artisans ou auditeurs reconnus RGE pour des travaux de rénovations de maisons construites avant 1975. Trente-cinq ont remis un devis et sept une évaluation ou un audit thermique. Les dix logements sélectionnés se situent dans des départements différents.

"Nous raisonnons en terme de professionnels présents aux alentours de la maison, nous avons une vision d'entre 5 à 10% des opérateurs du périmètre, cela donne une bonne estimation", assure Nicolas Mouchnino, responsable des questions d'énergie pour l'UFC-Que Choisir.

L'UFC-Que Choisir avait déjà réalisé une enquête du même type mais sur un panel plus restreint en mai 2014. Elle pointait alors les dysfonctionnements sur la formation, la structuration de la filière ainsi que le système d'aide et appelait à une modification du système. Le constat que l'association dresse avec ce nouveau test s'avère sensiblement le même.

Tout d'abord, elle déplore que le diagnostic du bâti effectué par les professionnels sollicités soit trop partiel. Pour elle, seuls 9% des professionnels ont inspecté correctement le logement et deux auditeurs sur cinq se sont appuyés sur les trois critères de ventilation, isolation et production de chaleur.

Des travaux pas assez ambitieux, selon l'UFC-Que Choisir

"Les résultats des propositions de travaux sont loin des objectifs attendus", constate Jacques Blindauer, animateur de la commission logement de l'UFC-Que Choisir. L'association a pris comme point de repère l'objectif de la loi de transition énergétique de disposer d'un parc immobilier dont l'ensemble des bâtiments seraient rénovés en fonction des normes bâtiment basse consommation ou assimilées à l'horizon 2050.

"En moyenne, le parc des logements consomme en énergie primaire environ 186 kWh/m2/an, explique Nicolas Mouchnino. Pour obtenir la consommation des bâtiments basse consommation fixée à 50 kWh/m²/an, il faut grossièrement diviser par quatre". Or, les solutions proposées par l'ensemble des professionnels sollicités ne permettent en moyenne de diviser que par 1,37 la consommation d'énergie, soit une baisse de 27%, selon l'association.

Concernant la facture, l'UFC-Que-Choisir considère également que les prix sont trop élevés notamment pour des travaux d'isolation des combles (prix constaté dans l'enquête de 33 à 55 euros H.T/m2 contre 15 à 20 euros HT/m2 conseillé par un expert spécialisé) ou d'enduit (77 à 80 euros H.T/m2 contre 27 à 30 euros HT/m2).

"Les professionnels méconnaissent le système d'aide mis à part les crédits d'impôts, souligne Jacques Blindauer. Seulement un quart a mentionné les certificats d'économie d'énergie et les aides locales. Pourtant, grâce à elles pour un même prix nous pourrions faire des travaux plus performants".

L'UFC-Que Choisir déplore également les pratiques commerciales des personnes sollicitées : 94% des devis seraient imprécis sur le libellé des travaux, 83% n'indiquent pas les détails de la qualification RGE et enfin 71% ne mentionnent pas le nom de la compagnie d'assurance du professionnel, utile en cas de malfaçon.

Une situation identique à celle de 2014

"Les causes de l'échec sont les mêmes que celles de notre précédente enquête", estime Nicolas Mouchnino. Tout d'abord, pour l'association, les temps de formation sont trop courts. "Depuis janvier 2014, 51.000 entreprises ont été qualifiées RGE, soit 100 par jour", complète le responsable des questions d'énergie pour l'UFC-Que Choisir.

Malgré la simplification du dispositif par l'Etat en janvier dernier, le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) avait également relevé en avril des dysfonctionnements dans la formation professionnelle des artisans en matière de rénovation énergétique. UFC-Que Choisir déplore également la rareté des contrôles, l'obligation uniquement de moyens des professionnels et une offre de rénovation qui ne soit pas le fruit de compétences complémentaires.

D'autres acteurs expriment des critiques similaires. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait dénoncé en novembre 2015 des anomalies dans les pratiques commerciales des professionnels RGE contrôlés. Des organismes de qualification Qualibat, Qualifelec et Qualit'EnR ont également signalé la recrudescence de l'usage abusif de la mention RGE.

"Les pouvoirs publics ont une responsabilité, ils doivent garantir une architecture fiable. Nous leur demandons d'assainir le marché", lance Alain Bazot.

L'UFC-Que Choisir souhaiterait que des renforcements du contrôle et de la formation soient initiés. Sur le même modèle qu'en Allemagne, elle propose que se développe une filière d'architectes énergéticiens pour accompagner dans leurs projets de rénovation les consommateurs. Elle vise également l'instauration d'une obligation de résultats. Enfin, l'UFC-Que Choisir appelle à ce qu'il y ait une responsabilisation de l'organisme prêteur dans le cadre d'un crédit affecté, pour qu'il vérifie la complète réalisation de la prestation ainsi que la solvabilité et les capacités du professionnel. "Souvent les consommateurs font appel à des crédits affectés au financement des travaux, et dans de nombreux cas ils ont dû rembourser les mensualités sans que les professionnels n'aient respecté leurs engagements contractuels, pointe Nicolas Mouchnino. Or souvent, les sociétés de crédit sont partenaires des professionnels".

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