Actu-Environnement
 
   
 

De la difficulté de créer des continuités écologiques en ville

Rareté et cherté du foncier, priorités économiques, manque de connaissance de la biodiversité urbaine sont autant de freins au développement de trames vertes et bleues en ville. Néanmoins, une dynamique se crée autour de projets de réaménagement.

Nature / Ecologie  |    |  Actu-Environnement.com

Volet majeur du Grenelle de l'environnement, la trame verte et bleue (TVB) peine à être mise en place. Le Centre de ressource de développement territorial Etd s'est penché sur dix actions menées en milieu urbain, afin d'identifier les freins et les leviers à la mise en place de continuités écologiques en ville.

"La notion de TVB est encore récente et la connaissance de ses enjeux est souvent incomplète ou se limite à la seule dimension écologique. Les fonctions socio-économiques potentielles des corridors (support d'agriculture urbaine, développement d'emplois verts…) sont encore peu appréhendées ce qui conduit à un diagnostic incomplet alors que la TVB pourrait être une véritable opportunité pour réfléchir à un projet global de territoire, au croisement des enjeux sociaux, économiques et écologiques", analyse Etd.

Les freins pour une TVB en ville

Le contexte actuel est peu favorable aux actions de préservation de la biodiversité : "Au niveau local, les préoccupations économiques ont tendance à prendre le pas sur les problématiques écologiques. L'investissement public doit servir à attirer des entreprises pour créer de l'emploi ou à améliorer de manière visible, les conditions de vie des citadins de la ville dense, avant de préserver la biodiversité". Les fonctions sociales et économiques d'un espace de préservation de la biodiversité ne sont pas toujours appréhendées par les décideurs et le public et ces espaces peuvent être perçus comme des "espaces vides voire abandonnés".

De ce fait, "c'est l'aménagement d'espaces récréatifs et de déplacements doux qui est prioritaire sur ceux en faveur de la biodiversité, tels les passages à faune au droit des infrastructures ou les friches urbaines".

La question financière est prépondérante. La difficulté d'acquisition du foncier (rareté et coût élevé) et son morcellement constituent un autre obstacle à la création de continuités écologiques. Une politique foncière "volontariste incluant des outils de veille et d'acquisition foncière" apparait nécessaire, estime Etd. La qualité des terrains (friches industrielles à dépolluer…) et leur nécessaire accessibilité au public (personnes à mobilité réduire, éclairages, voies cyclables…) augmentent d'autant les coûts du projet.

Enfin, le manque de connaissances scientifiques sur la biodiversité en milieu urbain freine la conception de projets voués à la biodiversité. "Caractérisé par une matrice composée de milieux hétérogènes dont certains peuvent constituer une barrière pour plusieurs espèces et être en même temps une zone de refuge pour d'autres, le milieu urbain fait encore aujourd'hui l'objet d'études et de débats quant à son rôle de vecteur ou de frein aux déplacements des espèces. De même la distance de dispersion propre à chaque espèce pour lui permettre les déplacements nécessaires à son cycle de vie est encore inconnue pour les espèces du milieu urbain".

Une dynamique se crée malgré tout

Parmi les dix projets analysés, peu ont pour vocation première la préservation de la biodiversité par la création de continuités écologiques. La plupart "trouvent leur fondement dans des projets souvent anciens d'amélioration du cadre et des conditions de vie sur le territoire comme la mise en défens et l'aménagement de berges pour lutter contre des crues ou des milieux humides impropres à l'urbanisation, la réhabilitation de friches industrielles polluées et impactant fortement le paysage urbain ou encore la valorisation d'emprises d'infrastructures qui n'ont finalement pu être réalisées ou qui sont devenues obsolètes (voie ferrée)". Cependant, note Etd, au fur et à mesure de leur développement, ces projets se rapprochent du concept de TVB. L'intégration du projet d'aménagement au territoire, l'accessibilité de ces espaces, le recours aux associations naturalistes pour réaliser des études d'impact ou des états des lieux et l'association des habitants et des usagers (pêcheurs, agriculteurs…) permettent à ces projets de revêtir un caractère social et environnemental non prévu initialement.

Le fait que, depuis le Grenelle de l'environnement, les documents d'urbanisme (SCoT, PLU) doivent prendre en compte le Schéma régional de cohérence écologique (SRCE), permet de pérenniser les projets d'aménagement et "parallèlement d'y associer élus et techniciens en charge des questions d'urbanisme et de diffuser les enjeux de continuité écologique". Cependant, des difficultés apparaissent lorsqu'il s'agit d'adapter cette démarche transverse, interservices et intercollectivités, note l'Etd qui préconise d'organiser le jeu d'acteurs : coopérations avec les acteurs locaux (associations naturalistes, bailleurs, agriculteurs, habitants..), organisation du travail entre les services communaux et articulation des compétences entre les collectivités. La TVB "aura par ailleurs, d'autant plus de chance d'être mise en œuvre qu'elle sera servie par un portage politique fort et pérenne, assuré par un élu convaincu et impliqué. Son positionnement stratégique dans la structure, tel un vice-président ou un adjoint, donnera à la TVB une place importante à l'heure des arbitrages politiques".

Concernant le volet financier, l'Etd préconise "des financements spécifiques pour la TVB, au niveau de l'Etat et des collectivités territoriales, régions et départements, mais aussi au niveau des acteurs fonciers telsles Etablissements publics fonciers (EPF) et les Sociétés d'aménagement foncier et d'établissementrural (Safer), et des porteurs d'opérations de restructuration urbaine de typeAgence nationale pour la rénovation urbaine (Anru)…".

Réactions1 réaction à cet article

 

La démarche de TVB impose un sérieux état des lieux de l'existant (hors zonages des documents d'urbanisme qui ne reflètent pas la réalité) en lien avec les associations d'environnement, de paysage, de la nature, d'histoire locale qui font un travail de fond et ont généralement une bonne connaissance des milieux (sols, espèces, topographie, risques d'inondations, culture identitaire... ). Hors cela n'est quasiment pas le cas dans la réalité.
Le SRCE travaille sur des grandes masses (fleuves, forêts, grandes zones agricoles...). Lorsque l'on travaille au niveau de l'agglomération et de la ville, nous sommes dans le particulier, le cas par cas, les secteurs ; jardins maraîchers, zones humides, continuités de jardins particuliers, rivières, continuités paysagères... l'intérêt est de développer l'existant et de le relier aux autres potentiels urbains à restaurer (zones commerciales pléthoriques, cimetières, parcs et espaces verts pauvres en biodiversité aux sols imperméables, esplanades minérales, ilôts de chaleur...) La TVB doit être structurante du projet urbain (ceinture verte urbaine...) Le décret sur l'évaluation environnementale qui vient d'être sorti va sûrement être un point positif, celui sur la taxe pluviale également (zone de commerces sans souci de densité). Il ne faut pas hésiter à solliciter les services de l'Etat lorsque les élus n'en font qu'à leur tête. Les collaborateurs DDT en lien direct avec le préfet se forment et sont informés. www.loire-baratte.com

Association Saint-Fiacre Loire-Baratte | 06 septembre 2012 à 12h26
 
 

Réagissez à cet article

1500 caractères maximum
[ Tous les champs sont obligatoires ]