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Recréer des zones humides pour la qualité de l'eau et la biodiversité

Ce 2 février, les zones humides sont à l'honneur. Alors que la France a perdu les deux tiers de ces écosystèmes, leurs intérêts pour le traitement des eaux et le développement de la biodiversité encourage la création de zones humides artificielles.

Nature / Ecologie  |    |  Actu-Environnement.com

Au cours du siècle dernier, plus de la moitié des zones humides en Europe et dans le monde a disparu. La France n'est pas épargné. Deux tiers de la superficie des zones humides originelles françaises ont été détruits dans le cadre de l'aménagement du territoire (zones de culture, étalement urbain, infrastructure de transport). En cent ans, cette disparition représente 2,5 millions d'hectares, soit trois fois la superficie de la Corse. Même si un ralentissement de la tendance de régression a été observé entre 1990 et 2000, ces zones restent menacées surtout les zones humides ordinaires souvent très localisées et dont la disparition peu sembler sans importance. Pourtant leurs intérêts en matière de maintien de la biodiversité et de traitement de l'eau sont désormais bien connus. A tel point que depuis quelques années, on tente de recréer des zones humides dites artificielles.

Des zones tampons entre les milieux agricoles et les cours d'eau

En France, 35% de la superficie du pays sont traités par des produits phytosanitaires. Par ruissellement, une bonne partie rejoint les cours d'eau et participe à la dégradation de la qualité du milieu. Selon le Cemagref et l'Onema, changer les pratiques et réduire l'utilisation des pesticides ne va pas suffire à améliorer la situation pour respecter les engagements de la Directive Cadre sur l'Eau. Ces deux organismes travaillent donc de concert pour encourager la mise en place de zones tampons entre les champs et les cours d'eau. Une zone humide artificielle comme par exemple un plan d'eau peu profond peut recueillir les eaux de ruissellement polluées et les stocker suffisamment longtemps pour que la faune et la flore dégrade la pollution. Le temps de séjour de l'eau, la température, le type de sédiment et les espèces présentes conditionnent l'efficacité de l'épuration. D'après les travaux du Cemagref, en moyenne 55% des polluants peuvent être retenus par ce biais. Ce taux peut atteindre plus de 80% pour certaines molécules comme le tebuconazole, un fongicide appartenant à la famille de triazoles utilisé sur les cultures de blé, de fleurs, arbres fruitiers, cultures oléagineuses.

Des zones humides artificielles pour affiner l'épuration en station

Avec le renforcement des réglementations sur les concentrations des polluants en sortie des stations d'épuration, les capacités épuratoires des zones humides intéressent également les professionnels. "Le traitement des eaux usées, basé principalement sur des processus biologiques naturels optimisés, a fait ses preuves sur des dizaines de molécules mais ne se révèle pas suffisamment efficace sur ces centaines apparues en cible potentielles", a expliqué Eric Blin responsable du projet Zone Libellule® chez Lyonnaise des Eaux à l'occasion du colloque Chimie et Nature organisé fin janvier par la Fondation de la Maison de la Chimie.

Les professionnels du secteur développent des systèmes épuratoires extensifs installés en sortie de station qui, là aussi, font office de zones tampons avant le rejet dans le milieu naturel. Outre l'affinage des traitements des nitrates et du phosphore, ces zones humides artificielles peuvent être efficaces pour le traitement des polluants émergents tels que les médicaments, les perturbateurs endocriniens ou encore les pesticides. "Pour agir sur ces « cocktails » de polluants, l'idée est de les faire transiter dans un « cocktail » d'écosystèmes aquatiques qui grâce à la diversité des états physiques, chimiques, biologiques rencontrés, dégradera en fonction de leur propriété propre chacune des molécules visées", précise Eric Blin.

Lyonnaise des eaux a ainsi installé en 2009 un ensemble d'écosystèmes à la station d'épuration de Saint-Just dans l'Hérault. En sortie de station, l'eau traverse une cascade, une roselière, des méandres rapides, un bassin herbier créés de toutes pièces avant de rejoindre la rivière. Après trois ans d'études les premiers résultats sont satisfaisants selon Eric Blin : "en sortie de la "Zone Libellule® ", l'eau est mieux oxygénée (…) sans impact thermique sur le milieu, avec une amélioration de qualité sur les paramètres azote et phosphore ainsi qu'une concentration en Echerichia Coli inférieure au seuil préconisé pour les zones de baignade". Les effets constatés sont majeurs sur des perturbateurs endocriniens comme les alkylphénols issus des résidus de savon, sur des médicaments comme les antibiotiques, le Diclofénac, le Naproxène, ou encore certains pesticides, avec des réduction de plus de 80% en concentration dans l'eau. "Le suivi écologique a démontré le développement de la biodiversité avec une augmentation d'un facteur 6 du nombre des espèces", ajoute Eric Blin. Ces résultats vont être affinés dans les mois à venir.

Réactions2 réactions à cet article

 

C'est très bien de réussir à épurer de plus en plus les eaux usées rejetées dans l'environnement. Par contre, ce qui m'inquiète particulièrement ce sont toutes ces eaux de piscines privées qui sont rejetées directement dans le réseau des pluviales et partent tout droit dans l'environnement avec tous les polluants (chlore, produits de nettoyage, acide) qu'elles contiennent. Là, il n'y a pas d'épuration DU TOUT !

einna8992 | 02 février 2012 à 11h19
 
 

une quesiton pas souvent traitée : quel entretien pour ces zones de traitement de finition (cfg. Lyonnaise des Eaux) ou zones-tampon ? car peuvent-elles indéfiniment accumuler des polluants ou nutriments ? et transformùer du NO3 (nutriment) residuel en N2 ou pire, NO ou N2O (GES) n'est pas une solution satisfaisante...

pdenoroy | 09 février 2012 à 16h34
 
 

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