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Au Japon, le contrôle de la contamination de la nourriture passe par l'accès direct à la mesure

La catastrophe de Fukushima a renforcé l'action commune des deux organisations en lien avec la profession agricole japonaise Daichi Wo Mamoru Kai et Nouminren. Désormais, l'achat vente des produits s'accompagne d'informations sur leur radioactivité.

Risques  |    |  Camille SaïssetActu-Environnement.com
Au Japon, le contrôle de la contamination de la nourriture passe par l'accès direct à la mesure

Daichi Wo Mamoru Kai est une société coopérative au nom d'"association de protection de la terre", qui existe depuis 37 ans sous forme d'un réseau solidaire de consommateurs-producteurs agricoles de produits issus de l'agriculture biologique. Nouminren est le deuxième plus grand syndicat agricole japonais en nombre d'adhérents. Jusqu'à la catastrophe, ces deux organisations se rejoignaient dans la défense de la souveraineté alimentaire du pays dans un contexte de vieillissement de la population agricole et de négociation d'un nouveau traité multilatéral de libre-échange : le Trans Pacific Partnership (TPP) sur la région Asie-Pacifique.

La catastrophe du 11 mars 2011 les a contraint à faire face à une nouvelle réalité : la contamination de terres agricoles. Ce qui signifie, concrètement et entre autres choses, l'abandon désespérant de terres fertiles exploitées depuis des années, et l'arrivée sur le marché de fruits, légumes et produits de la mer cultivés ou pêchés dans un environnement contaminé. Un problème rendu d'autant plus aiguë que la province de Fukushima est justement une grande région agricole et de pêche du Japon. Résultat, l'effroi provoqué à l'idée de manger des "produits de Fukushima" demeure parmi les 127 millions d'habitants au Japon et provoque un vaste mouvement de création de stations de mesure de la radioactivité à travers le pays. "L'accès direct à la mesure est la réponse qui permet aux populations de contrôler par elles-mêmes la contamination de la nourriture", souligne l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (ACRO) dans son rapport "Initiatives citoyennes au Japon suite à la catastrophe de Fukushima", présenté à l'ASN, son commanditaire, en février dernier.

Pour le syndicat Nouminren, équipé d'un laboratoire de mesures des denrées alimentaires au niveau du siège à Tokyo, c'était une nouveauté. Partielle pour Daichi Wo Mamoru Kai : "Juste après la catastrophe de Tchernobyl, nous avons constaté la présence de césium 137 dans les carottes et le lait", explique T. Ebisudani, passé du poste de responsable d'achat des produits à celui de responsable des mesures de la radioactivité créé par nécessité. Cela les obligeait à envoyer des produits pour analyse une trentaine de fois par an. "C'est alors que nous avons commencé à nous mobiliser contre le nucléaire, certains restant cependant dans la croyance du mythe de la sûreté nucléaire, poursuit-il. Mais nous avons alors tous compris qu'il y a inadéquation entre agriculture biologique et énergie nucléaire".

Daichi Wo Mamoru Kai s'équipe grâce à son propre réseau interne

Suite à la catastrophe de Fukushima, Daichi Wo Mamoru Kai a décidé d'internaliser les mesures de contamination radioactive des denrées alimentaires. Tout en lançant une campagne d'apaisement à destination des 12.000 foyers de son réseau de consommateurs, la coopérative s'est engagée dans des campagnes de mesure du niveau de contamination des parcelles de terres cultivées. Contribuant ainsi à la forte mobilisation citoyenne d'identification des "points chauds", née en réaction à la faiblesse de la campagne de mesure menée par les autorités. Daichi Wo Mamoru Kai a pu effectuer des mesures de radioactivité grâce aux 40 millions de yens (380.000 €) réunis par des dons de solidarité de ses adhérents. Cela leur a permis d'acheter sept détecteurs à scintillation au iodure de sodium, dont un mis à la disposition des pêcheurs du port de Kamaichi. Un équipement d'un coût d'environ 16.000 € l'unité, peu commun sur le marché international et très recherché au Japon car à la base des diverses stations de mesure citoyennes. Suite à quoi, Daichi Wo Mamoru Kai a pu offrir à ses 2.500 producteurs agricoles membres le service de mesure de radioactivité de leurs produits. Et garantir, dans leur propre réseau, la distribution de produits bio présentant des niveaux de contamination inférieurs à des seuils limites qu'ils se sont fixés en interne. Par rapport aux standards officiels, basés surtout sur l'obligation de retrait de mise sur le marché, ces seuils sont bien inférieurs. "La première clause de nos standards internes pour les produits bio n'est pas seulement de créer un seuil qui permet de vendre les produits, mais d'arrêter le nucléaire, explique T. Ebisudani. Nous espérons que ce concept sera partagé par les organismes de certification des produits issus de l'agriculture biologique".

Tandis que Nouminren bénéficie de la solidarité des syndicalistes français de la CGT

Pouvoir atteindre la très haute résolution de mesures de radioactivité dans les denrées alimentaires suppose, notamment, de disposer d'un détecteur semi-conducteur au germanium. Pour Daichi Wo Mamoru Kai, ce fut chose faite six mois après la catastrophe. De son côté, le syndicat Nouminren, membre de Via Campesina, a dû faire appel à la solidarité internationale pour rassembler les 165.000 € nécessaires à l'achat d'un tel équipement. "La double catastrophe a vraiment provoqué une émotion profonde parmi nos adhérents, se souvient Mariannick Le Bris, une des responsables de l'action internationale de la CGT. Le soutien à hauteur de 55.000 € à l'achat du détecteur semi-conducteur constitue la plus grosse action de solidarité rendue possible par les 100.000 € de fonds collectés". Tout ceci s'est déroulé avec l'intervention du deuxième plus gros syndicat professionnel du Japon, Zenroren, auquel Nouminren est affilié et avec qui la CGT partage des préoccupations communes. Parmi elles, la superposition en cascade de niveaux de sous-traitance dans l'industrie nucléaire civile : jusqu'à 10 au Japon selon Zenroren, rarement en dessous de 5 selon la CGT, pouvant aller jusqu'à 8 selon le rapport de l'OPECST paru après la catastrophe.

L'équipe du laboratoire d'analyse de denrées alimentaires de Nouminren vient tout juste de commencer les mesures avec le détecteur semi-conducteur. Une pratique difficile, en raison d'une part de leur courte expérience en spectrométrie gamma - post-Fukushima - et d'autre part de la méconnaissance du fonctionnement du matériel par les commerciaux du fournisseur français Canberra (groupe Areva).

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