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La difficile évaluation du bilan des rejets radioactifs de Fukushima

Le bilan des rejets radioactifs et l'évaluation des impacts sanitaires font l'objet de premières publications. Cependant la qualité médiocre des données proposées par Tepco et les autorités japonaises complexifie le travail.

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La difficile évaluation du bilan des rejets radioactifs de Fukushima

Divers organismes internationaux tentent d'évaluer l'impact sur le territoire et la population des rejets radioactifs de l'accident intervenu à la centrale de Fukushima Daiichi. En France, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a réalisé cette évaluation à partir des données publiées par Tepco et le ministère japonais en charge des Sciences et Technologies.

Plus de 7.000 pétabecquerels

A l'heure actuelle, la dernière évaluation de l'IRSN estime les rejets à 7.189 pétabecquerels (PBq, soit 1015 becquerels) : 6.550 PBq de rejets gazeux (du même ordre que Tchernobyl), 408 PBq d'iodes radioactifs (10% des rejets de Tchernobyl), 145 PBq de tellures radioactifs, 58 PBq de césiums radioactifs (un tiers de ceux de Tchernobyl) et 28 PBq d'éléments divers dont du plutonium. Les rejets les plus importants ont eu lieu entre le 12 et le 25 mars 2011, estime l'IRSN qui considère qu'ils sont liés à une quinzaine d'épisodes.

L'impact à long terme sera déterminé par les éléments se fixant dans les sols et à longues demi-vies. Il faut en effet 10 demi-vies pour réduire d'un facteur 1.000 la pollution radioactive initiale. Les 21 PBq de césium 137, dont la demi-vie est de 30 ans, constituent donc le cœur de "la contamination chronique" évoquée par Didier Champion, directeur de la crise de l'IRSN. Et de prévenir : "on retrouvera du césium dans la prochaine récolte de légumes à feuille".

La "chance" des japonais

Malgré tout, pour l'expert de l'Institut, les japonais "ont eu de la chance" car seuls les rejets des 12, 15 et 16 mars auraient été déposés sur l'archipel, les autres ayant été dispersés au dessus de l'océan. Une chance toute relative cependant, car selon la cartographie des dépôts de césium 134 et 137 réalisée par le ministère japonais des Sciences et Technologies, il y aurait environ 625 km2 de terres contaminées à un niveau égal ou supérieur à 600.000 becquerels par m2 (Bq/m2), dont 400 km2 à un niveau supérieur au million de becquerels par m2. Cette contamination importante s'étend jusqu'à une quarantaine de km et couvre partiellement le périmètre de 20 km entourant la centrale et totalement évacué.

Ces éléments radioactifs fixés au sol soulèvent la question de la décontamination des terres. Une décontamination qui ne constitue pas une solution miracle puisqu'elle consiste "à déplacer la radioactivité", prévient Jacques Repussard, directeur général de l'IRSN. Au problème des sols contaminés se substitue donc celui des volumes importants de déchets radioactifs. Le sujet est au cœur d'un rapport de l'Agence international à l'énergie atomique (AIEA) de novembre 2011 qui invite les autorités japonaises à éviter l'excès de zèle. Alertant sur le fait que certaines opérations de décontamination pourraient "créer beaucoup plus de déchets que nécessaire", le rapport recommande de ne pas "nettoyer les sols au delà de ce que les considérations liées à la protection contre les radiations recommandent". De même, afin d'éviter l'accumulation de déchets classés comme radioactifs, le rapport recommande "d'établir des limites réalistes et crédibles" dans le classement des déchets.

Quatre études épidémiologiques…

Concernant la contamination des personnes, le bilan semble plus délicat à réaliser faute de données fiables sur l'exposition des japonais à la radioactivité. Le gouvernement a donc lancé quatre études épidémiologiques pour évaluer l'impact sanitaire de la catastrophe.

La première est une enquête d'évaluation des doses reçues par les 2 millions d'habitants de la préfecture de Fukushima. Cette estimation est réalisée à partir d'un questionnaire dans lequel les personnes concernées doivent consigner leur situation, leurs activités, leur consommation alimentaire lors des rejets les plus importants.

La deuxième s'appuie sur un bilan thyroïdien réalisé chez les 360.000 enfants âgés de moins de 18 ans vivant dans la Préfecture de Fukushima lors de la catastrophe. Le but est de suivre l'évolution du nombre de cancer de la thyroïde chez les jeunes. Cependant, bien que la hausse des cancers de la thyroïde chez les jeunes ayant été au contact d'iodes radioactifs est un des impacts reconnus de Tchernobyl, les autorités japonaises n'ont pas pris les mesures qui s'imposaient. "Il aurait fallu des stratégies différentes de celles retenues par les autorités japonaises", déplore Jean-René Jourdain, adjoint à la directrice de la protection de l'homme de l'IRSN, ajoutant que "maintenant c'est trop tard, il faut dire les choses comme elles sont". Il reproche en particulier aux autorités de s'inquiéter du problème plusieurs mois après la catastrophe alors que, passé trois mois, la demi-vie de 8 jours de l'iode 131 rend impossible la mesure des doses reçus.

La troisième étude vise les enfants nés des 20.000 femmes qui ont déclaré une grossesse entre le 1er août 2010 et le 31 juillet 2011. Elle cherche à déterminer l'incidence de la catastrophe sur les anomalies génétiques et congénitales. Enfin des "bilans médicaux spécifiques" seront réalisés chez les personnes évacuées des zones les plus exposées aux retombées radioactives afin de déterminer l'incidence des dépôts radioactifs sur des pathologies telles que cancers, leucémies, diabète, troubles hépatiques et rénaux. 210.000 personnes sont concernées.

… à l'impartialité critiquée

Reste qu'avant même d'aboutir, ces études sont critiquées et le responsable de la supervision des travaux, Shunichi Yamashita, professeur à la faculté de médecine de la préfecture de Nagasaki et conseiller en radioprotection auprès de la préfecture de Fukushima, fait l'objet de reproches.

Il lui est reproché notamment d'avoir tenu des propos jugés choquants et de douter ouvertement des impacts sanitaires liés à la radioactivité. Pour l'expert, interrogé par l'agence de presse Reuters, "il faut apprendre à vivre avec le risque lié aux radiations, tout comme nous sommes habitué à vivre avec les risques liés aux pesticides, et faire notre possible pour éviter les aliments et l'eau contaminés". Par ailleurs, l'expert estime que "du fait des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, le peuple japonais connaît bien les dangers des radiations ce qui le rend plus anxieux". Or, selon Shunichi Yamashita, l'augmentation de l'anxiété pourrait expliquer l'éventuelle recrudescence de certaines maladies.

Actuellement, une pétition demande donc que le professeur ne puisse plus intervenir en tant que conseiller de la préfecture. "On ne peut lui pardonner de nous avoir dit qu'il n'y avait aucun problème et que nous pouvions laisser jouer nos enfants dehors comme d'habitude", plaide Seiichi Nakate l'un des promoteurs de la pétition.

Le "filtre Tepco"

Enfin, le dernier sujet d'inquiétude concerne les travailleurs qui se relayent sur le site de la centrale pour assurer le refroidissement des combustibles et préparer le démantèlement des installations. Environ 3.000 travailleurs, employés par Tepco et ses sous-traitants, s'activent sur le site intervenant de quelques jours à une semaine en fonction des doses reçues.

Les seules données disponibles sont celles fournies par l'opérateur et ne concernent que les travailleurs affiliés à Tepco. Il n'existe pas de données concernant les pompiers, policiers et membres de la sécurité civile qui ont participé aux travaux sur le site et à proximité. Quand Tepco suit 19.594 personnes (3.368 travailleurs Tepco et 16.226 travailleurs pour les contractants), Jean-René Jourdain avance un total de 80.000 personnes "impliquées à un moment ou un autre".

Selon les chiffres produits par Tepco, les doses maximales reçues par les employés sont de 679 millisieverts (mSv) pour un employé de Tepco et de 238 mSv pour un sous-traitant. Par ailleurs, 167 travailleurs auraient reçu des doses supérieures à 100 mSv et la moyenne des doses reçues serait de 11,55 mSv.

L'absence d'informations fiables "rend la situation beaucoup plus compliquée", déplore Jean-René Jourdain, précisant qu'une des principales inconnues reste l'exposition des travailleurs au cours des premiers jours, alors qu'ils n'étaient pas équipés de dosimètres individuels. Comment cette exposition a-t-elle été évaluée par Tepco ? Personne ne le sait et les données "ne peuvent pas être qualifiées de sincères, faute de résultats publics", regrette le responsable de l'IRSN.

Réactions4 réactions à cet article

 

Une étude a-t-elle été entreprise sur les conséquences de la pollution sur l'environnement océanique et la vie marine ? Qu'en est-il des produits pêchés dans la région de Fukishima ?

Nicole | 13 mars 2012 à 01h02
 
 

On parle toujours de l'impact terrestre. Qu'en est-il de l'impact sur l'océan et tous ses occupants ? Comme l'être humain de base, l'être vivant qui habite l'océan n'a rien demandé, pourtant il se retrouve contaminé à cause de la pollution et de la bêtise humaine. Pourquoi on ne parle pas de cette grave contamination ? La radioactivité ne s'arrête pas aux portes de Fukushima, les courants marins ne l'entraînent-ils pas partout ? Pauvres habitants de l'océan !

einna8992 | 14 mars 2012 à 12h23
 
 

Enfin je ne suis pas seule à réagir, adhérente active de l'Observatoire du Plancton Port Louis Morbihan je suis sensible aux pollutions diverses déversées dans les Océans.... plastiques, pesticides et voilà Fukushima.
Cette pollution par les atomes n'est pas la seule.... que font les Russes et leurs sous-marins atomiques qui pourrissent dans leurs ports ?

Nicole | 14 mars 2012 à 13h32
 
 

N'y a-t-il pas eu un rapport de fait sur l'impact de la radioactivité sur les mammifères marins ? J'ai retrouvé ce lien : http://www.actu-environnement.com/ae/news/baleine-commission-baleiniere-jersey-fukushima-radioactivite-pacifique-japon-13014.php4
ca date de juillet 2011par contre...

Caroline | 14 mars 2012 à 14h20
 
 

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